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Xxii - Le mystère du temps et la politique

Rien ne nous éclaire davantage sur les apories de la condition simiohumaine qu'une réflexion d'anthropologue sur le mystère du temps et sur ses relations avec la politique et l'histoire - puisque vous savez que, depuis Platon, la philosophie est devenue l'anthropologie abyssale dont la vocation est de peser l'encéphale du simianthrope .

1 - Les premières mésaventures du sens commun

Ne vous étonnez pas de ce que je vous entretienne du dieu Chronos, parce que rien ne nous éclaire davantage sur les apories de la condition simiohumaine qu'une réflexion d'anthropologue sur le mystère du temps et sur ses relations avec la politique et l'histoire - puisque vous savez que, depuis Platon, la philosophie est devenue l'anthropologie abyssale dont la vocation est de peser l'encéphale du simianthrope .

Le cerveau de notre espèce a entrepris fort tard de s'interroger sur le temps considéré " en lui-même " . Pascal jugeait encore que certaines évidences s'imposaient si clairement au sens commun qu'on ne pouvait que les obscurcir à tenter de les éclairer à la lumière de la raison des philosophes et de la foi des croyants. Et pourtant, dès le IVè siècle, saint Augustin s'était interrogé sur la " nature " de l'espace et du temps , parce que l'œuvre du Créateur du cosmos mythologique de l'époque se trouvait nécessairement enclose d'avance dans l'étendue et la durée .

Vous savez que l'homme de génie n'est jamais qu'un spécimen de notre espèce dont la boîte osseuse se veut un peu plus conséquente que celle de ses congénères. L'auteur de la Cité de Dieu a donc éprouvé quelque surprise de ce que le crâne les théologiens, ses confrères, ne s'étonnait en rien de ce que les deux œuvres majeures de l'artisan originel qui avait créé le ciel et la terre par le seul énoncé de sa décision de les faire comparaître devant lui, que cet opérateur fabuleux dont toute la démiurgie tenait à la puissance de sa parole, que ce géniteur absolu auquel nous devons tous d'exister en chair et en os , n'ait pas créé au préalable les prémisses de son raisonnement, à savoir l'espace et le temps dans lesquels il allait enchâsser l'univers.

Soucieux d'armer la notion de création d'une logique interne un peu moins incohérente que celle de son siècle, le saint avait enjoint à la divinité de s'expliquer avec un peu plus de rigueur , sinon sur la nature de l'espace, dont " l'existence " n'avait pas encore commencé de faire difficulté, du moins sur celle des heures ; et comme la physique allait attendre dix-sept siècles pour seulement commencer de découvrir des relations plus compliquées qu'on ne se l'était imaginé du mouvement, donc de l'espace avec les horloges, saint Augustin avait fini par conclure que la coulée des sabliers était une " distension de l'âme ", dont Dieu avait doté sa créature.

2 - Un temps bizarre

Vous voyez, à ce seul exemple, comment une problématique théologique nouvelle s'ouvre un instant sur le mystère du monde pour se refermer aussitôt au bénéfice de la logique cadenassée qui la commandera et qui bridera ou emprisonnera son élan. Il fallait une religion monopolisée par un empereur du ciel pour s'interroger sur les clepsydres. Tout le polythéisme colloquait les dieux de l'Olympe dans un espace et un temps dont personne ne se demandait pourquoi ils se trouvaient là. Les spectateurs ne vont pas au théâtre pour s'interroger sur le machiniste qui a planté les décors, mais pour suivre le déroulement de la pièce. Mais s'il n'y a plus qu'un seul tragédien à se déplacer sur la scène , on se demande s'il n'occuperait pas également les coulisses et sur quel épilogue heureux ou catastrophique le rideau tombera .

Pour l'heure, la physique d'Aristote s'était contentée d'enseigner combien il était utile à la compréhension de l'intrigue de définir le temps comme " la mesure du mouvement ". Certes, la proposition inverse n'était pas moins exacte, mais beaucoup moins utile . Pourquoi se casser la tête à s'interroger sur la nature de l'espace et du temps considérés " en eux-mêmes ", puisque la raison pratique avait trouvé la boîte à outils qui assurait le bon usage du temps en physique et qui, du coup, explicitait ipso facto non seulement les calendriers, mais le mystère du temps ? Ce type de folie appartient à la déraison proprement simiohumaine ; il fait délirer toutes les sciences de la nature où les verbes " expliquer " et " comprendre " demeurent livrés au chaos mental originel d'un animal qui confond depuis des millénaires la connaissance du personnage qu'on appelle le monde avec les étiquettes qu'il lui colle dessus et qui lui en livrent seulement les divers modes d'emploi .

Cependant une interrogation transzoologique sur Chronos commençait de s'insinuer dans les calculs d'Aristote : si tout mouvement se mesure à la vitesse d'un mobile et si la rapidité ou la lenteur de ce dernier expriment la durée de son parcours, l'espace s'est déjà glissé dans le temps. La découverte de ce héros n'allait éveiller un embryon de curiosité philosophique des physiciens qu'au début du XXe siècle, quand il est clairement apparu à Poincaré, puis à Einstein, que la vitesse d'un objet joue un rôle décisif dans le cosmos en ce qu'elle modifie le comportement d'un temps décidément bizarre, celui qu'enregistraient maintenant les aiguilles de la gigantesque montre flottante qu'un temps désinvolte était devenu à lui-même. Car les heures s'écoulent à un rythme changeant.

Comment se faisait-il que Chronos fût une pendule éclatée et disséminée entre des milliers de cadrans autonomes ? Une révélation aussi traumatisante commençait de rendre angoissant le mythe du débarquement uniformisé et monolithique de l'espace rigide d'Aristote dans des mathématiques marchant à la parade, parce que si le temps se mettait à danser le menuet et à changer de cadence au gré de l'accélération ou du ralentissement de la course de tous les mobiles qui lui servent de véhicules, alors ces nuées de chorégraphes orchestraient les heures d'insectes qui les transportaient. Un espace disséminé à l'école d'un temps fractionné demeurait-il unifiable sous le sceptre d'un Chronos désormais éparpillé à l'infini ? Comment mettre en équations les caprices du dieu ?

Du coup, au contraire de l'escargot , ce visqueux qui transporte sa dure coquille sur son dos, je véhicule ma portion d'espace flasque mêlé à mon squelette de fer. La preuve, la voici : si je dresse une table de ping-pong dans un avion , le lopin de l'espace artificiellement raidi que l'avion et ma charpente charrions de conserve me permet d'échanger des balles avec mon partenaire comme si les distances parcourues par leur blancheur étaient identiques à ce qu'elles étaient sur la terre ferme, alors que ces pauvresses du cosmos sont soumises à trois contorsions conjuguées de Chronos : d'abord elles girent avec notre globe tournoyant sur son axe , puis leur course se conjugue avec celle de notre astéroïde en voyage autour du soleil et enfin, elles se ruent vers la constellation de Bételgeuse où le système solaire les emmène; et ces trois carrousels entrecroisés ne parviennent pas harmoniser les aiguilles de leurs montres.

3 - D'où vient le méson ?

Voyez maintenant comment les problématiques simiohumaines s'entrouvrent un instant, puis se grippent sur les tautologies qu'elles sécrètent: il fallait la découverte de la relativité de Poincaré et d'Einstein pour qu'une physique terrestre familière à Aristote, à Démocrite, à Ptolémée, à Copernic, à Galilée, à Descartes devînt interrogatrice de la nature énigmatique d'un espace et d'un temps emmêlés. Car si une malheureuse particule élémentaire, comme le méson, par exemple, ne jouit que d'une infime fraction de seconde de vie terrestre, mais si en raison de sa vitesse, qui ralentit l'horloge ambulante qu'elle est à elle-même, elle dévide son fil du temps à elle avec une lenteur telle qu'elle parcourra une distance suffisante pour que nos instruments en photographient la trajectoire prolongée , la question posée à la physique moderne demeurera-t-elle seulement de type mathématique ou bien serons-nous contraints de nous poser la question de la nature d'un espace et d'un temps tout grouillants de pendules locales ?

Supposons que nous nous trouvions soudainement expulsés de la problématique bancale de la physique classique et que nous ayons quelques chances de découvrir la terra incognita qui nous ouvrirait au décryptage anthropologique des verbes " être " et " exister " dans un espace et un temps éclatés. Supposez que les Christophe Colomb dont les caravelles aborderaient les rivages d'un monde où nous verrions s'étendre sous nos yeux les étranges plantations cérébrales du simianthrope - celles de ses mathématiques aux nombres entrelacés, puis celles de sa physique aux allées irrégulières et enfin celles de ses forêts flottantes d'arpents et de lopins spatio-temporels.

Car il se trouve que notre méson ne se met à " exister " à nos yeux qu' à " l'instant " où il surgit dans le temps qui nous est propre. Mais si vous vous demandez maintenant où il se trouvait avant d'apparaître sur l'écran de la durée que tisse notre planète et si votre curiosité vous conduit jusqu'à le pister après son trépas physique à la suite de l'expulsion de ce locataire par son propriétaire vous vous trouverez conduits à piétiner dans l'enceinte de Chronos où les mathématiques einsteiniennes vous poignardent dans le dos : que faire des différents modes d'emploi d'un mystère? Comment conquerrez-vous un regard de l'extérieur sur tout son territoire ? Comment jetterez-vous l'ancre au-delà de la physique où le temps enfante ses insectes.

4 - La poigne de la logique

Voici la pensée logique dont vous imposerez la poigne à la problématique des étiquettes de Poincaré et d'Einstein . De même que saint Augustin condamnait le Dieu machiniste de la Bible à remonter l'échelle de ses engrenages, vous soumettrez les rouages des mécaniciens de la relativité générale à la torture du chevalet qu'on appelle la dialectique: " Votre raison, leur direz-vous, souffre d'un défaut de fabrication évident; car si le méson " existait ", au sens matériel du terme, avant de débarquer dans l'empire des cadrans, alors une matière soustraite au temps des horloges se promènerait dans l'espace et il vous faudra vous expliquer sur une hypothèse métaphysique aussi ahurissante ; et, si une fraction d'atome se trouvait guillotinée à la suite de son court séjour sous l'échafaud du temps terrestre, comment rendrez-vous compte de la volatilisation d'une particule élémentaire par le seul effet de son évasion du temps que mesurent nos pendules? Et enfin, à quel temps pseudo unifié le simianthrope se réfère-t-il à l'école de l'équation E=mc ² . S'agirait-il d'une formule magique ?

Car enfin, on sait depuis Pierre et Marie Curie que la matière est un concentré d'énergie et on l'a démontré dans le désert du Nevada, puis à Hiroshima. Mais que signifie le talisman E=mc ² ? Suffit-il d'inventer le concept de masse pour le rendre quantifiable ? Suffit-il de rédiger l'étiquette " vitesse de la lumière " pour connaître le temps ? Comment le simianthrope transforme-t-il des vocables insaisissables en oracles , comment rend-il l'univers parlant à l'école des mots abstraits? Car la vitesse se ramène au calcul d'une distance , donc à une manifestation collatérale du temps. Comment poser une règle à calculer sur le mystère du temps , puisque même si la durée obéissait à une coulée unique dans le vide du cosmos, il demeurerait ridicule de confondre un parcours d'une longueur déterminée avec le temps en lui-même . Mais si vous introduisez de surcroît une vitesse toute relative et instable dans une équation figée et hiératisée , celle de la lumière dans sa course sur la terre , quel tour de sorcier que voilà !

Le temps n'est pas plus quantifiable que le concept de masse, qui ne renvoie ni à un volume , ni à un poids . Votre vitesse vous renvoie seulement au kilométrage du pourtour de la terre, puis à l'articulation de cette circonférence sur le temps de rotation d'un astéroïde sur son axe . C'est cela , la recette du sorcier : les traits du hiéroglyphe équationnel se changent en Sésame de l'infini. Puisque le méson ne survit pas à sa visite-éclair dans le temps qui l'aura mystérieusement enfanté, puis tué, qu'en est-il de l'espèce de raison du simianthrope qui lui fait croire que la coulée de l'eau des clepsydres ou des grains des sabliers, ou le tic tac des horloges lui ferait connaître le temps ? Je vous défie de jamais définir le verbe " être " en physique de telle sorte qu'il en viendrait à vous expliquer le passage du néant à l'existence .

Aussi Heisenberg, ce platonicien de la physique, avait-il imaginé que les atomes ne jouissaient que d'une " existence mathématique " ; mais comme il n'était ni philosophe, ni anthropologue , il ne pouvait se demander à quelle face de son propre psychisme le cerveau du simianthrope obéit quand il se fabrique " l'existence mathématique " de la matière. Quels sont les champs sur lesquels cette espèce fait pousser et récolte ces plantes-là ? Quels artisans interloqués de vos calculs allez-vous devenir ? Vous voici rendus spectateurs d'une nouvelle métamorphose du mythe de la création, puisqu'aucune matière ne pourra exister avant que le dieu Chronos ne l'ait enfantée .

5 - Qui est Chronos ?

Je vous vois précipités dans une physique mathématique transpercée de part en part par la flèche de la question de la "nature" du temps. Qu'était-il avant qu'il eût accouché des fameux verbes " être " et " exister " avec lesquels le simianthrope se débat depuis des millénaires ? Comment ces deux verbes sont-ils " tombés dans le temps ", alors que si la durée parvient à leur accorder une généreuse hospitalité , elle ne saurait se changer elle-même en habitante du verbe " être " , puisqu'elle jouit seule de la faculté de lui conférer l'existence dans son empire. Comment enseigne-t-elle à ce poussin à briser sa coquille? Comment Mozart brise-t-il la coquille du silence , Homère la coquille du langage, Léonard de Vinci la coquille de l'image, Einstein la coquille de la matière ? Direz-vous que Mozart est une substance musicale, Homère une substance poétique, Léonard une image, Einstein une physique et que le temps se confond à sa progéniture - les verbes " être " et " exister " ?

Essayez donc de faire glousser le temps à la lumière du jour et à l'école des verbes " être " et " exister ". Aussitot, vous retomberez dans une logique aussi incohérente et infirme que celle du Dieu que saint Augustin avait tenté d'initier à une problématique de la création de l'espace et du temps. Car l'enfermement de l'artisan biblique dans son œuvre avait contraint son saint à le situer dans un temps supposé antérieur à la création du temps , afin de le rendre relativement accessible à une créature tombée dans le temps, mais au prix de la même contradiction radicale que nous retrouvons à l'échelle du méson : comment le simianthrope oublierait-il que le verbe " exister " se trouve immergé dans le temporel par nature et par définition et qu'il se révèle donc aussi inapplicable au démiurge qui le couve et le fait éclore qu'à la " divinité " censée l'avoir créé - car si le temps était plongé dans le temps à son tour, il se laisserait définir à l'école des verbes " être " et " exister " dont le singe semi pensant s'est fait un outil .

Mais alors, quelle est la " réalité " du monde qui fait surgir le méson dans le temps simiohumain pour l'en retirer aussitôt ? Si l'adjectif " réel " vous glisse d'entre les mains , lui aussi, puisque vous ne pourrez jamais vous en servir comme d'un instrument en mesure de découvrir la " nature " temporelle du temps, n'allez-vous pas vous trouver engloutis dans un espace aussi angoissant que le temps rendu spongieux par le mouvement ?

Vous voici devenus des existentialistes en herbe de la pensée post-einsteinienne ; car si toutes choses de ce monde prennent les traits de ce que nous appelons " l'existence " dans le temporel qui nous définit et nous encercle en retour, l'espace "n'existera " , lui aussi, que capturé " d'avance " dans une forme de la matière que la durée aura fractionnée .

6 - Votre rendez-vous avec le verbe " être "

Puisque vous n'avez été créés ni par le Dieu de saint Augustin, ni par le Chronos de vos horloges , vous vous trouvez happés et à demi déglutis par un personnage bien plus mystérieux et insaisissable qu'une idole. Comment apprenez-vous à conjuguer le verbe " être " en " connaissance de cause ", comme on dit, alors que, depuis plus de deux siècles, la causalité " expliquante " est devenue un serpent de mer ? Quel langage privé de domicile et incapable de connaître la durée en elle-même allez-vous inventer pour évoquer le fabriquant du piège que la politique et l'histoire du monde appellent le temps ? Car enfin, pour tenter de vous poser la question - reconnue pour insoluble par définition - de la " nature " d'un temps non définissable sur le mode tautologique qu'affectionnent les physiciens , il faudra bien que vous soyez présents de quelque manière dans l'histoire de votre époque .

Je voudrais qu'au plus profond de vous-même, vous éprouviez un sentiment de félicité ; car la question que saint Augustin avait refermée sur un César des nues - voici qu'elle se rouvre au cœur d'une autre problématique, celle de l'avenir de votre intelligence du temps césarien . Car votre époque se cherche une lucidité régénérée à l'école même de la vassalité de l'Europe; et votre vassalité rencontre un mystère autrement plus digne de votre éveil que celui de tous les mystiques. S'agirait-il pourtant d'un mystère inscrit dans la logique secrète qui pilotait leur interrogation ? Que faisaient-ils d'autre, sans encore le savoir, les saints d'autrefois, que de désacraliser le verbe " exister ", que tous les Césars avaient tricoté ? Décidément, le tyran du ciel n'avait qu'à bien se tenir.

Que restait-il de son sceptre sur un instrument de torture ? Que reste-t-il de l'Europe clouée sur une potence ? Il reste votre vocation de résurrecteurs d'une civilisation qui se posait cette question-là. Vous voici cités à comparaître pieds et poings liés à la barre du tribunal qui vous jugera sur la qualité de votre verbe " être ". Depuis vingt-cinq siècles, la philosophie du "Connais-toi" vous place devant l'énigme d'un Œdipe qui vous disait : " Je suis le Sphinx que vous êtes à vous-même et avec lequel vous avez rendez-vous ". Allez me chercher ce Sphinx, si besoin est, afin que l'apprentissage de votre finitude dans le temps de l'histoire vous arme d'un glaive nouveau.

7 - L'ascension de votre soleil

Je vous ai déjà dit que je vous parlerai encore et toujours du prétoire de la politique. Quel est le rendez-vous de votre "être" avec le temps des vivants et des morts à l'heure où la domestication accélérée de l'Europe des valets de l'étranger vous demande d'éclaircir le sens que vous donnerez à votre existence politique ? Comment conjuguerez-vous le verbe " exister " s'il vous appartient de chercher dans la solitude le vrai secret de votre dignité dans le temps de l'histoire , parce que le Dieu des catéchistes a cessé de vous enseigner à secouer le joug des tyrans ? N'est-il pas réjouissant qu'à l'heure de l'asservissement de notre civilisation à l'idole d'un empire étranger, vous vous trouvez contraints de percer à nouveaux frais les secrets des peuples et des nations qui leur font conjuguer le verbe " exister " ?

Il est digne de la civilisation née avec la déesse de la pensée qu'à l'heure de l'agonie d'Athéna, une énigme plus profonde que celle qui a conduit les empires d'autrefois à la ruine se propose de tremper votre intelligence dans son acier. La Grèce et Rome sont descendues au tombeau à l'école du faux Dieu des Eglises. C'est pourquoi, à la suite du sac de Rome par les barbares en 410, saint Augustin a expliqué à ces deux civilisations que le temps de leur idole n'était pas celui des peuples et des nations en armes et qu'ils n'échapperaient à leur damnation éternelle dans un monde livré au péché que s'ils se réfugiaient en masse dans leurs prières. Mais vous, deviendrez-vous les serviteurs d'une divinité dont l'arme du salut est un instrument de torture ou bien porterez-vous une autre croix ? Dans ce cas, apprenez à penser la politique à l'école d'un autre nectar que celui d'une idole qui bénit les vaincus .

Savez-vous qu'aucune civilisation avant la vôtre n'avait pris rendez-vous avec un approfondissement de la connaissance politique de l'humanité ? Savez-vous qu'aucune civilisation avant la vôtre n'est sortie de son sépulcre à l'école d'une pesée du temps des vivants et des morts ? Et voici que le temps de votre solitude devient celui de la dignité politique de l'Europe retrouvée . Comment une civilisation capable de poser le verbe " exister " sur les plateaux de l'intelligence de l'humanité de demain serait-elle une civilisation d'esclaves ?

Décidément, vous jouissez d'un privilège spirituel bien plus grand que celui de feu les chrétiens ; car votre descente dans le sépulcre du verbe " exister " vous conduit à la résurrection de votre vraie royauté. Que vous disait le Sphinx? Que votre espèce naissait à quatre pattes , qu'elle poursuivait son chemin sur deux pieds et qu'elle achevait sa course sur trois . Entre le monde ancien, qui faisait de vous un animal livré au tombeau et les chrétiens dont le sceptre vous ensevelissait vivants dans la servitude politique, comment apprendrez-vous à rendre ressuscitatif le verbe " exister " et sa ciguë ? L'école de guerre qui vous attend sur le chemin des vivants vous enseignera que la souveraineté de la pensée est votre vrai maître et que l'Europe a pris un rendez-vous nouveau avec ce maître-là. Je salue l'ascension de votre soleil.

Le 25mars 2008

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