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L'âge d'Or du capitalisme

Une grave menace sur la Liberté

Dépitée par ce que paraissent fumeuses mes explications pour justifier un long non-emploi, le jour de la signature du contrat d'insertion fut l'occasion de rencontrer une personne quelconque représentante du président du conseil général des Hauts de Seine.
Il fallait faire venir quelqu'un spécialement pour jeter un oeil sur ce cas précis de long non-emploi, qui paraît curieux voire même abusif.

Le principal grief qui m'était fait était que le RMI ne servait pas à « monter un projet professionnel », mais que c'était une mesure de survie, et qu'en ce sens j'aurais dû accepter le premier emploi venu dans un but alimentaire. On m'a bien posé la question avec insistance pour savoir si je captais ce concept.

Dans ces moments de haute pression morale, sur des sujets qui sont connectés d'aussi près à d'aussi nombreux développement philosophiques, on ne dispose que d'une phrase pour répondre, soit par oui madame soit par une grimace réprobatrice qui voudra tout dire.

C'est sûrement cela qui rend difficile la conversation.
C'est plus fort que moi, (suis-je mal éduqué ?) je ne peux pas dire « oui madame » quand je me sens, par exemple, outré par autant de sous-entendus malencontreux.

La plupart des gens auront la bienséance d'acquiescer et d'accepter discrètement tous les malentendus, mais là quand même il devient question d'avoir une très forte influence sur la vie, le destin et les choix des gens (pas que la mienne).

Car ce qui me pend au nez maintenant que la loi Sarkozy est advenue, est qu'au deuxième refus de proposition d'emploi je sois débouté de tous droits en raison d'une mauvaise volonté manifeste.

J'avais déjà narré comment mon refus de stages sans aucun intérêt, d'évaluation sur des thèmes qui n'avaient rien à voir avec ce que j'avais expliqué, et de différentes autres propositions pour des séances médicales collectives (comme je les nomme), avaient conduit l'ANPE à déduire officiellement la fausseté de mes intentions.

Déjà un an auparavant, tous les versements s'étaient subitement taris suite à une enquête approfondie sur mes ressources, suite à quoi, une fois feuilletées les désertiques relevés de banque sur deux ans, avec un dépit certain et même un peu de compassion (450 euros de dépenses par mois), et puis encore certains papiers qui étaient presque superfulus, on m'avais finalement réhabilité.

Oui, oui en effet Madame le RMI est un système de maintient en vie, souvent il arrive que ce soit cela ou la mort, je suis bien placé pour le savoir.
Non, non madame, comment pouvez-vous dire que je n'ai pas fait les démarches de recherche d'emploi ? Vous pensez que je suis sensé faire quoi dans ma vie ? Que je mange des bonbons devant la télé aux frais de l'état ?

Eh oui c'est depuis Sarkozy que ce genre d'idée préconçues se répandent, faisant courir à la contradiction flagrante une fois confrontées avec la réalité, ce qui fait augmenter la tension nerveuse dans tout le système.
Exactement comme à l'époque du nazisme, avant que ce ne soit « mal », à l'époque où il ne s'agissait que de promouvoir la beauté de corps et d'esprit des Allemands formant une race quasiment supérieure. Personne n'a eu de mal à croire à ces sornettes tant qu'il s'agissait de les conforter dans leur image d'eux-mêmes.

- Et donc à un moment donné j'explique que j'ai eu raison, que j'ai fait ce qui était le plus intelligent.
Je n'explique pas mais je me rattrape ici, que le concept d'emploi alimentaire », qui selon l'envoyée spéciale du monsieur de la télé, est ce que font toutes les personnes qui ont un projet professionnel ou font des études, pourquoi en serai-je dispensé ?

Comment peut-il se faire qu'il y ait une différence entre le standard de la beauté et une personne quelconque, si ce n'est que celle-ci est de mauvaise volonté, de mauvaise foi, voire bientôt pourquoi pas, de la mauvaise race mentale, de la race des cafards.
Cafards dont la fonction neurologique est de sous-tendre l'ultime beauté du système capitaliste tel qu'il serait s'il n'y avait pas les cafards.

Alors que tout simplement il s'était agi de persévérer dans un domaine où l'emploi est chaotique car régit par des lacunes de compétences (à la détection des compétences des autres) effroyables, un domaine où il y a autant de secteurs que dans tous les emplois en général, de se voir refuser des postes pour des raisons illégales qui n'étaient clairement pas en rapport avec les compétences (ce que personne n'ose apparemment reprocher aux employeurs).

C'est vrai, si finalement on ne reproche jamais rien aux employeurs, et si on reproche tout aux sans-emploi, y compris de ne pas être « adapté socialement », suite à quoi l'état est prêt à investir dans des stages de « con »-formation, alors il est légitime de se demander s'il n'y a pas trop de poids d'un côté de la balance de la justice.

L'état est maintenant ouvertement prêt à modifier les gens pour qu'ils soient conformes aux requêtes jamais critiquées des entreprises.
C'est bien ça qu'on peut nommer une dictature.

Quand une personne veut être danseuse, artiste, artisan-menuisier, ou n'importe quoi, s'il a l'amour du bois ou de la photo ou de la musique, question : n'est-ce pas une lourde perte si on contraint cette personne à accepter un « emploi alimentaire » ?

Si je décide, après maints encouragements à « changer de domaine professionnel » (ce qui est toujours sympa à entendre, surtout si on a 15 ans d'expérience dans ce domaine), si on cède une fois, alors :
on devient officiellement obligé d'accepter en priorité tous ces types d'emploi
on peut faire une croix sur l'utilité des précédentes années d'acquisition d'expérience, c'est comme tout recommencer et tout perdre
on se précipite sur un job qui aurait dû revenir à une autre personne qui, elle en revanche, n'a aucune chance de faire l'échange de domaine professionnel avec moi
je suis contraint dans une voie professionnelle où j'ai le plus de difficultés et de contrariétés, abandonnant celui où j'ai le plus de facilités, qui si elle s'arrête, n'aura fait que retarder mon « projet professionnel », voire l'annhilier
et enfin, ce ne sera pas un service donné à l'employeur que de leur envoyer des gens forcés d'accepter un emploi sélectionné par les soins d'une autorité injuste et irrémédiable, et qui refuse toute discussion.

Comment faire comprendre dans le feu acharné de la discussion à vouloir faire pénétrer de force dans mon petit crâne des préceptes sarkozystes, le concept de vision à long terme.

Pourquoi, après avoir refusé ma proposition d'organiser des rencontres avec les employeurs, passer directement à l'opposite, à savoir forcer les gens d'accepter « le premier emploi venu » ?

Si encore je pouvais choisir l'emploi qu'on me forcerait à accepter, ça serait très sympathique, mais cela est-il raisonnable ?

Que pense l'employeur de ce type de procédé, si ni lui ni l'employé ne veulent de ce contrat ?
Et aussi une question pratique, que faire si, malencontreusement, on se rendait compte qu'il n'y a que 7 emplois disponibles pour 10 personnes ?

Et question inverse, quand on se fait jeter pour un emploi qu'on aurait largement pu remplir, ne peut-on forcer l'employeur à accepter une candidature ? Pourtant n'est-ce pas ceci précisément qui prétend vouloir être fait ?

De là se pose le terme fonctionnel et extrêmement porteur pour l'avenir de « l'agencement ».
Avec un simple algorithme, on pourrait faire entrer un grand nombre de paramètres, les compétences, les capacités, la disponibilité, la distance géographique et le temps de transport, pour obtenir des vecteurs de cohésion probable afin d'indiquer les connexions à faire entre employeurs et demandeur d'emploi qui auront été calculées en première approximation, puis avalisées en second lieu, par l'employeur et l'employé.
Un tel système résoudrait en dix seconde le problème du chômage, ou en tout cas celui du non emploi indu.

Mais est-ce dans l'intérêt des entreprises de ne pas avoir une offre en énergie humaine supérieure à leur demande ?
De ce point de vue, il est certain que le capitalisme est aujourd'hui à son âge d'Or.

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