Rassemblement à Gaza en faveur de Caracas : À propos du jeu dangereux de l'Occident au Venezuela

13-02-2019 reseauinternational.net 12 min #152112

Des centaines de Palestiniens ont défilé dans les rues de Gaza en état de siège afin de témoigner leur soutien au gouvernement démocratiquement élu du Venezuela et à son dirigeant légitime, le président Nicolas Maduro.

Le Venezuela lutte actuellement afin de venir à bout d’une tentative de coup d’État soutenue par les États-Unis, Israël et un grand nombre de gouvernements occidentaux.

Les relations entre le Venezuela et la Palestine ont été particulièrement fortes sous les présidences de feu le dirigeant vénézuélien Hugo Chavez et du président actuel Nicolas Maduro. Aucun des deux dirigeants n’a manqué une occasion de témoigner sa solidarité envers le peuple palestinien, un fait qui a toujours passablement irrité Tel-Aviv et ses bienfaiteurs occidentaux.

Les rassemblements de Gaza, toutefois, ont été davantage qu’un étalage de gratitude envers un pays qui a eu assez de courage pour rompre les liens avec Israël suite à la guerre de ce dernier contre Gaza, en 2008-2009 – une campagne sanglante connue sous le nom « Opération Plomb durci ». Des milliers de Palestiniens avaient été tués dans cette guerre à sens unique. Aucun gouvernement arabe entretenant des liens diplomatiques avec Israël n’avait durci ses relations avec Tel-Aviv. Tandis que Caracas – à plus de 10 000 km de là – l’avait fait. À l’époque, le président Chavez avait accusé Israël de « terrorisme d’État ».

Mais il y a bien davantage que cette histoire récente, dans la solidarité palestinienne avec le Venezuela. Les Palestiniens ont connu des décennies de traumatisme collectif de la part du colonialisme et de l’occupation militaire par Israël financièrement soutenu par les États-Unis. Ces derniers se sont imposés comme « honnêtes faiseurs de paix » de manière à masquer leur ingérence politique au Moyen-Orient tout en soutenant pleinement et aveuglément les agressions israéliennes.

Alors que le peuple vénézuélien a entièrement le droit de protester contre son gouvernement, exigeant davantage de comptes de sa part ainsi que des solutions économiques à la pauvreté écrasante à laquelle le pays est confronté, personne n’a le droit de s’ingérer dans les affaires du Venezuela ou de quelque autre pays souverain où que ce soit dans le monde.

Nous devons nous rappeler que le gouvernement américain n’a jamais été vraiment une source de stabilité en Amérique du Sud, et certainement pas depuis qu’est apparue la doctrine de Monroe en 1823. Depuis lors, en effet, les États-Unis ont fait bien davantage que s’ingérer, mais y sont allés d’interventions politiques et militaires directes, soutenant divers coups d’État qui ont renversé ou tenté de renverser des gouvernements démocratiquement élus.

Ce qui se passe aujourd’hui à Caracas est une répétition de cette histoire triste et tragique.

Les relations malsaines entre les États-Unis et leurs voisins du Sud avaient pris une tournure encore plus sombre quand, en 1904, le président de l’époque, Theodore Roosevelt, avait proclamé le « droit » de son pays à détenir un « pouvoir policier international » en Amérique latine. Depuis lors, la totalité de la région est devenue le business de Washington.

Toujours en quête d’occasions à exploiter, Washington découvre aujourd’hui une opportunité de saper le Venezuela et son gouvernement élu.

Le peuple vénézuélien est aux prises avec une pauvreté écrasante et une situation sociale particulièrement instable. L’hyperinflation et l’effondrement de l’industrie pétrolière du pays ont abouti à une crise économique dramatique qui a vu quelque 10 pour 100 de la population quitter le pays. Des choix politiques peu judicieux ont débouché sur une escalade de la corruption déjà endémique et sur un affaiblissement significatif de la production locale ainsi que sur une dévaluation croissante de la monnaie nationale.

Néanmoins, le consensus autour du gouvernement socialiste du président Maduro est toujours large, comme en a témoigné sa victoire aux élections présidentielles de 2018. Malgré la présence de quelque 150 observateurs internationaux en provenance de 30 pays et organisations internationales, observateurs qui ont déclaré que les dernières élections vénézuéliennes avaient été transparentes, les opposants domestiques, soutenus par les États-Unis et leurs alliés occidentaux et régionaux, les ont dénoncées comme une « fraude prévue d’avance », avant même que le président Maduro ait tenu son discours de la victoire.

Les États-Unis et leurs alliés occidentaux sont frustrés par le fait qu’en dépit des problèmes économiques, la plupart des Vénézuéliens sont restés unis autour de Chavez naguère et de Maduro aujourd’hui, qui sont présentés, en particulier par les classes plus pauvres, comme des dirigeants nationaux indépendants combattant contre la déstabilisation et le néocolonialisme des États-Unis.

L’ordre mondial connaît une vaste mutation, mais les élites dirigeantes américains refusent tout changement. Tout en s’exprimant sur le besoin de Washington de « protéger la démocratie » au Venezuela, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, l’infâme supporter d’Israël John Bolton a admis que le coup d’État au Venezuela était une occasion d’exploiter le pétrole et les ressources naturelles du pays.

« Économiquement, cela fera une différence pour les États-Unis » a déclaré Bolton cette semaine dans une interview sur Fox News, « si nous pouvions faire en sorte que les compagnies pétrolières américaines investissent dans les capacités pétrolières du Venezuela et les fassent produire ».

Tragiquement, le boycott américain contre le Venezuela a obligé le pays à vendre son or en échange de devises valables, ainsi que de biens de consommation, de nourriture et de produits médicaux. Le coup est censé mettre Caracas complètement à genoux.

Les prédateurs européens sont tous occupés à entrer dans le pays, chaque parti jouant le rôle qu’on peut attendre de sa part, comme si l’histoire se répétait. La Banque d’Angleterre (BoE – Bank of England) a empêché les fonctionnaires de Maduro de retirer 1,2 milliard de USD sur l’or vénézuélien. Pire encore, l’ingérence éhontée des pays étrangers devient si prononcée que le ministre britannique des Affaires étrangères, Sir Alan Duncan, a suggéré que la BoE accorde l’accès aux réserves d’or au dirigeant autoproclamé de l’opposition, Juan Guaido.

L’Allemagne, la France et l’Espagne ont adressé un ultimatum à Maduro : le président a huit jours pour appeler des élections, sinon elles reconnaîtront Guaido comme président. Hier, le Parlement européen a reconnu Guaido comme dirigeant de fait du Venezuela, et ce, dans un mépris complet des droits démocratiques du peuple vénézuélien.

Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, Maduro bénéficie toujours d’une légitimité plus grande dans son pays que, par exemple, Donald Trump aux États-Unis ou Emmanuel Macron en France. Néanmoins, aucune entité ne menace d’intervenir en France, par exemple au nom des « Gilets jaunes », qui ont protesté à plusieurs centaines de milliers des semaines durant en réclamant que soit mis un terme au pouvoir de Macron.

Il est doublement important que le Venezuela ne s’effondre pas face à cette campagne sinistre menée par les États-Unis, en raison des pouvoirs d’extrême droite apparus en Amérique du Sud et en Amérique latine, et notamment la montée en puissance des forces réactionnaires au Brésil.

Si l’ordre politique du Venezuela se désintègre, d’autres vont également se retrouver dans le point de mire : la Bolivie, Cuba et même le Mexique.

Depuis le retrait partiel des États-Unis de l’Irak en décembre 2011, le « pivot vers l’Asie » de l’administration Obama en vue de défier la dominance inévitable de la Chine, les décideurs politiques américains se sont assidument appliqués à orchestrer un retour en Amérique du Sud aussi. Plus récemment, l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Nikki Haley (qui a démissionné depuis) a été très active dans le modelage de la politique agressive des États-Unis envers le Venezuela.

Maintenant que le pays est aux prises avec une pauvreté extrême – résultant elle-même de la manipulation des prix pétroliers – les États-Unis voient une occasion d’effectuer leur démarche et de revendiquer leur rôle destructeur et dominant dans cette partie du monde. L’élection au Brésil d’un dirigeant d’extrême droite, Jair Bolsonaro, qui veut « rendre au Brésil son ancienne grandeur », fait pencher la balance en faveur des forces réactionnaires dans l’ensemble de la région.

Mais le complot contre le Venezuela constitue également une opportunité pour ceux qui veulent défier l’ordre ancien, dire au gouvernement américain « assez, c’est assez » ; que l’ère des coups d’État et des interventions sanglantes devrait être révolue et que l’Amérique du Sud ne doit plus être soumise à nouveau.

De même que les Palestiniens combattent la tyrannie israélienne depuis des années, les Vénézuéliens continueront à combattre la tyrannie étrangère ainsi que les interventions politiques et militaires illégales. Et, avec l’aide d’une solidarité mondiale réelle et tangible, les deux nations obtiendront tôt ou tard gain de cause.

Publié sur  The Palestine Chronicle

Ramzy Baroud est journaliste, écrivain et rédacteur en ched de Palestine Chronicle. Son tout dernier livre est intitulé « The Last Earth: A Palestinian Story » (La dernière terre : une histoire de la Palestine – Pluto Press, Londres). Baroud est titulaire d’un doctorat en Études palestiniennes de l’Université d’Exeter et il a été spécialiste non résident au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, à l’Université Santa Barbara de Californie. Son site internet est www.ramzybaroud.net.

Romana Rubeo est une traductrice free-lance installée en Italie. Elle détient une maîtrise en langues et littératures étrangères et elle s’est spécialisée dans la traduction audiovisuelle et journalistique. Lectrice boulimique, ses centres d’intérêt comprennent la musique, la politique et la géopolitique. Elle a contribué au présent article pour PalestineChronicle.com.

Photo: Manifestation à Gaza en soutien du président du Venezuela Nicolas Maduro. (Photo : via Twitter)

source: pourlapalestine.be

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