Contre le gaz russe, vive le gaz de schiste yankee ! Industrie nucléaire française, Verts allemands et armateurs grecs : une sacrée union...

12-02-2019 tlaxcala-int.org 8 min #152084

 Ulrich Gellermann

Parlons affaires : de lourds nuages idéologiques s'amoncellent au-dessus du gazoduc de la Baltique Nord Stream 2. On cherche à établir un cordon sanitaire autour de l'entreprise publique russe Gazprom et de ses co-investisseurs, la filiale de BASF Wintershall et ses partenaires. L'industrie US du gaz de schiste, qui connaît actuellement de réels problèmes d'écoulement, veut naturellement aussi gagner de l'argent. Et, à peine camouflée par l'Etat français, il y a l'entreprise nucléaire française Orano (ex- Areva), qui considère à juste titre Gazprom comme un véritable concurrent sur le marché énergétique européen.

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Et puis, apparemment à la marge, il y a un groupe d'armateurs grecs dirigé par Peter Livanos. L'homme vit en Suisse, son père, malgré son nom grec, était un citoyen US et un grand ami du clan Papandreou. Parlons de milliards de dollars, de corruption légale, de la manière dont les intérêts du capital dirigent les gouvernements.

Mais de telles vérités brutales sur le profit ne peuvent bien sûr pas être assénées à la population. C'est pourquoi le capital a toujours besoin de nouveaux vêtements. Le gouvernement français a organisé le dernier bal costumé lorsqu'il a voulu modifier la réglementation européenne sur les importations d'énergie de manière à ce que l'énergie devienne au moins plus chère. Mais les Français soutenaient haut et fort que l'Europe était "dépendante du gaz russe". - Dans le village finlandais d'Eurajoki, non loin du golfe de Botnie, la société française Orano construit la plus grande centrale nucléaire d'Europe. Sur le marché finlandais, le fournisseur d'énergie russe Gazprom et son concurrent français Orano se heurtent directement. Au Mali, en Afrique, le groupe Orano, qui veut y extraire environ 5 000 tonnes d'uranium, résout les problèmes de marché avec l'aide de l'armée française et de l'armée allemande. C'est beaucoup moins compliqué et moins coûteux que de maintenir les nombreux parlementaires de l'UE.

High Noon, par RABE : face à face, l'ambassadeur US en Allemagne, avec ses lettres de menaces aux entreprises allemandes

Sur le devant de la scène on joue la pièce populaire sur la liberté de l'Ukraine, sur le territoire de laquelle passe le gazoduc existant à ce jour, sera jouée devant la scène. Les Polonais joueraient également un rôle, parce qu'ils ne peuvent tout simplement rien gagner sur Nord Stream 2. Derrière le rideau, on compte tout simplement l'argent. Et comme à chaque fois qu'on joue une pièce sur la liberté, les VERTS répondent présents : Reinhard Bütikofer, chef des Verts européens, a récemment déclaré : « Mais en s'en tenant obstinément au Nord Stream 2, Berlin a favorisé une fracture européenne plutôt qu'une compréhension mutuelle européenne ». Bütikofer a commencé sa carrière politique à la Ligue communiste maoïste d'Allemagne de l'Ouest (KBW). A cette époque, il se considérait comme un agent de la Chine et était donc un ennemi de l'Union soviétique. Bien que l'Union soviétique ait pris sa retraite depuis longtemps, le vieux réflexe de l'ennemi fonctionne toujours. C'est pourquoi Bütikofer n'a aucun problème à devenir aujourd'hui l'agent d'une entreprise nucléaire et de représenter sans détours les intérêts impérialistes du gouvernement français. Finalement, Orano fournit à la "Force de dissuasion nucléaire de la France" le matériau qui maintient en vie la force de frappe de l'armée française.

Le président de la commission parlementaire allemande des Affaires étrangères, Norbert Röttgen (CDU), est un autre homme aux réflexes du passé. Lui non plus ne veut tout simplement pas admettre que l'Union soviétique n'existe plus. Le voilà donc qui affirme : « La politique du gouvernement fédéral dans le dossier Nord Stream 2 est unilatérale depuis des années, sans tenir compte du rejet majoritaire au sein de l'UE et surtout des préoccupations sécuritaires de nos voisins d'Europe de l'Est » l. Mais Röttgen a aussi des raisons actuelles d'être hostile envers la Russie : il est membre du conseil d'administration du think tank transatlantique Atlantik-Brücke basé à Berlin.

Cette fabrique d'idées entretient une amitié inconditionnelle avec les USA. Et parce que les amis des USA ont un réel problème d'écoulement de leur gaz fracturé, l'Atlantik-Brücke s'occupe de trouver des solutions aux problèmes. Ainsi le VERT devient l'agent de l'industrie nucléaire française et le NOIR l'agent des USA. Ainsi, la coalition noir-vert au niveau fédéral propagée par le boss vert Winfried Kretschmann, se rapproche de plus en plus.

Sur l'îlot rocheux de Revithoussa, au large du Pirée, se trouve un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des USA. La société d'exploitation DEPA a été fondée en 2005 "pour libéraliser le marché du gaz naturel". Et là où la libéralisation est à l'ordre du jour, il y a concentration de capitaux : toute une cohorte d'armateurs grecs comme Peter Livanos gère le business avec le gaz US de schiste. Après tout, Livanos, par exemple, a loué ses pétroliers au groupe énergétique US Cheniere. Une origine US peut être utile. Angela Merkel, la meilleure amie allemande des USA depuis Konrad Adenauer, souhaite soutenir financièrement la construction du premier grand terminal DE GNL en Allemagne. Celle-ci sera soutenue par le gouvernement allemand à hauteur de 500 millions d'euros sous forme de prêts, de subventions ou d'absorption de pertes. Ils sont déjà à la recherche de sites : Stade sur l'Elbe et Brunsbüttel sur le canal de Kiel seraient possibles.

"L'un des principaux piliers du projet Poséidon Med II est de développer la masse critique de points d'approvisionnement en GNL en Méditerranée orientale. Cet objectif sera atteint en développant toutes les infrastructures nécessaires dans la région, à commencer par le terminal d'importation de GNL de Revithoussa, le port du Pirée et les principaux ports de Grèce, de Chypre et de Venise en Italie " ( source).

On »commence à être à l'étroit sur le marchepied US : on ne sait pas si les gouvernements français et allemand y trouveront place ensemble. Tous deux espèrent que la plus grande puissance militaire du monde représentera leurs intérêts. Mais cela coûte de l'argent : taxe de l'OTAN et maintenant aussi des frais de fracturation. Et l'appareil médiatique, qui vend cet horrible jeu étiqueté démocratie aux électeurs respectifs, devient lui aussi de plus en plus cher.

Conflit directionnel sur Nordstream 2, par  Kostas Koufogiorgos :
Politique énergétique de l'UE : "Gaz de Russie, frein français...volant allemand ?"

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  rationalgalerie.de
Publication date of original article: 11/02/2019

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