Philippe Vi défendra-t-il le respect des droits humains du peuple sahraoui face à Mohamed Vi lors de sa visite au Maroc ? Lettre ouverte au roi d'Espagne

12-02-2019 tlaxcala-int.org 6 min #152082

 CEAS-Sáhara

Felipe et Letizia, le couple régnant de la monarchie espagnole, effectueront un voyage d'État au Maroc les 13 et 14 février, à l'invitation du Roi Mohamed VI, comme l'a annoncé lundi le ministère des Affaires étrangères, de l'UE et de la Coopération. Ils seront accompagnés de cinq ministres - Affaires étrangères, Intérieur, Agriculture, Culture et Commerce - et d'un secrétaire d'Etat - Énergie - qui signeront des accords politiques avec leurs homologues marocains. Voici le communiqué de la Coordination d'Etat des associations de solidarité avec le Sahara, CEAS-Sahara, qui coordonne plus de 200 associations de solidarité avec le peuple sahraoui dans l'État espagnol.-Tlaxcala

Don Felipe, nous nous adressons à vous, une fois de plus, en tant que Roi d'Espagne et chef de l'Etat avec l'espoir que, dans la mesure de vos possibilités, vous contribuerez à la recherche d'une solution définitive à un conflit que l'État espagnol a créé et que, par responsabilité historique et obligation juridique, il doit contribuer à résoudre : la décolonisation du Sahara occidental.

Il y a 44 ans, avant la "Marche verte" marocaine sur le Sahara occidental, quelque chose d'inattendu s'est produit à El Ayoun : la visite du Prince Juan Carlos, chef de l'Etat par intérim suite à la grave maladie du dictateur Franco. Il a alors dit aux commandants militaires que l'armée espagnole conserverait intact son prestige et son honneur, qu'ils tiendraient les promesses faites aux Sahraouis de décider librement de leur destin, et qu'en tant que citoyens espagnols, représentés au parlement, ceux-ci n'étaient pas seuls. Mais ses paroles n'ont pas duré longtemps, presque deux semaines plus tard nous les avons enfermés dans leurs quartiers entre des barbelés et les avons livrés à l'envahisseur marocain.

La honte de la trahison et de l'abandon d'un peuple qui avait une carte d'identité espagnole, qui vivait dans la 53ème province espagnole, continue. Il est temps que le chef de l'État répare les dommages que l'Espagne a causés à un peuple qui parle notre langue, qui aime notre pays et que nous aimons aussi. La tragédie du Sahara occidental, dernière colonie d'Afrique, est notre affaire, ce sont nos réfugiés et nous avons une grande responsabilité envers eux. Le conflit sahraoui trouvera une solution si l'État espagnol et l'Europe ne ferment pas les yeux sur l'occupation, l'intransigeance et l'impunité marocaines. Le respect des droits humains doit être exigé ; le respect des arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne et du droit international doit primer sur les intérêts économiques.

Votre voyage au Maroc avec un grand nombre d'hommes d'affaires espagnols, est une grande occasion de défendre devant le roi Mohamed VI les droits humains des militants sahraouis emprisonnés dans les prisons marocaines, comme les condamnés de Gdeim Izik, purgeant des peines allant jusqu'à la prison à vie. Vous qui avez évoqué à maintes reprises la défense des droits humains, vous avez maintenant l'occasion de parler du Sahara occidental, où ils sont systématiquement violés avec le silence complice de l'Espagne.

Nous exigeons que les droits du peuple sahraoui ne soient pas utilisés comme une "monnaie d'échange " pour s'entendre avec le Maroc. Les intérêts des entreprises espagnoles ne peuvent servir d'excuse face à cette réalité grave et injuste. La sentence ferme de la Cour de justice de l'Union européenne du 21 décembre 2016 et les deux sentences suivantes de 2018 doivent être respectées, qui établissent que, "compte tenu du statut séparé et distinct reconnu au territoire du Sahara occidental en vertu de la Charte des Nations Unies et du principe de l'autodétermination des peuples", les accords d'association et de libéralisation entre le Maroc et tout autre pays ne peuvent être appliqués au territoire du Sahara Occidental, par rapport à l'exploitation de ses ressources naturelles, sans le consentement de son peuple, convertie ainsi en simple pillage, illégal et extrêmement cruel, vu la situation humanitaire du peuple sahraoui.

Le droit international soutient le peuple sahraoui qui, en 1991, a renoncé à son droit légitime à la lutte armée et a fait confiance aux promesses des Nations Unies d'organiser un référendum et de décider librement de son avenir, un référendum convenu qui n'a pas encore été organisé du fait de l'opposition et de l'intransigeance du Maroc. Entretemps, la Mission des Nations Unies sur le territoire, créée pour l'organisation du référendum, n'a toujours pas de compétence pour veiller au respect des droits humains.

Lors de votre précédent voyage au Maroc, vous n'avez pas évoqué les droits humains du peuple sahraoui, qui souffre de la répression du régime marocain et qui est divisé par un mur de plus de 2 700 kilomètres, parsemé de mines.

Aurez-vous le courage de le faire en cette nouvelle occasion et de réparer la promesse non tenue de Don Juan Carlos il y a 43 ans ? Nous le devons à la justice, mais surtout à notre propre dignité et au peuple sahraoui.

Madrid, le 11 février 2019

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Source:  tlaxcala-int.org
Publication date of original article: 11/02/2019

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