« Cessez de vous immiscer dans la politique intérieure du Venezuela » Lettre ouverte aux Usa de 73 intellectuels

11-02-2019 tlaxcala-int.org 11 min #152033

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Si Trump et ses alliés poursuivent leur fuite en avant au Venezuela, le résultat le plus probable sera l'effusion de sang, le chaos et l'instabilité. Lettre ouverte signée par 71 spécialistes de l'Amérique latine en science politique et en histoire, ainsi que par des cinéastes, des personnalités appartenant à la société civile et d'autres experts.

Le gouvernement des USA doit cesser de ­s'immiscer dans la politique intérieure du Venezuela, notamment dans le but de renverser le gouvernement du pays. Il est presque certain que les actions du gouvernement de Donald Trump et de ses alliés dans l'hémisphère Sud ne feront qu'aggraver la situation au Venezuela, entraînant souffrances humaines inutiles, violence et instabilité.

La polarisation politique du Venezuela n'est pas nouvelle ; le pays est divisé depuis longtemps par des lignes de fracture raciales et socio-économiques. Mais cette polarisation s'est accentuée ces dernières années. Cela est en partie dû au soutien donné par les USA à une stratégie d'opposition visant à renverser le gouvernement de Nicolas Maduro par des moyens extra-électoraux. Alors que l'opposition était divisée sur cette stratégie, le soutien des USA est allé aux tenants de la ligne dure des secteurs de l'opposition dans leur objectif de renverser le gouvernement Maduro par le biais de manifestations souvent violentes, d'un coup d'État militaire ou de toute autre voie permettant d'éviter les urnes.

Sous le gouvernement Trump, la rhétorique agressive contre le gouvernement vénézuélien a atteint un niveau encore plus extrême et menaçant, les responsables du gouvernement Trump évoquant l'idée d'une « action militaire » et condamnant le Venezuela, avec Cuba et le Nicaragua, comme partie prenante d'une « troïka de la tyrannie ». Les problèmes résultant de la politique du gouvernement vénézuélien ont été aggravés par les sanctions économiques US, illégales en regard de l'Organisation des États américains (OEA) et des Nations unies, mais aussi du droit US, ainsi que d'autres traités internationaux et conventions.

Ces sanctions ont sapé à leur base les moyens par lesquels le gouvernement vénézuélien aurait pu échapper à la récession économique, provoquant une chute dramatique de la production de pétrole, aggravant la crise économique et causant la mort de nombreuses personnes faute d'accès aux médicaments permettant de sauver la vie. Pendant ce temps, les USA et d'autres gouvernements continuent de blâmer le gouvernement vénézuélien - et lui seul - pour les dégâts économiques, même ceux causés par les sanctions des USA.

Aujourd'hui, les USA et leurs alliés, dont le secrétaire général de l'OEA, Luis Almagro, et le président d'extrême droite du Brésil, Jair Bolsonaro, ont poussé le Venezuela au bord du précipice. En reconnaissant le président de l'Assemblée nationale Juan Guaidó comme le nouveau président du Venezuela - chose illégale en vertu de la charte de l'OEA -, le gouvernement Trump a considérablement accéléré la crise politique au Venezuela dans l'espoir de diviser l'armée vénézuélienne et de polariser davantage la population, l'obligeant à choisir son camp. L'objectif évident, parfois revendiqué, est de pousser Maduro vers la sortie au moyen d'un coup d'État.

La réalité est que, malgré l'hyperinflation, les pénuries et une profonde crise économique, le Venezuela reste un pays politiquement polarisé. Les USA et leurs alliés doivent cesser d'encourager la violence en préconisant un changement de régime violent et extralégal. Si le gouvernement Trump et ses alliés continuent leur téméraire fuite en avant au Venezuela, le résultat le plus probable sera l'effusion de sang, le chaos et l'instabilité. Les USA auraient dû tirer des enseignements de leurs tentatives de changement de régime en Irak, en Syrie et en Libye, ainsi que de leur longue et violente histoire de parrainage de changement de régime en Amérique latine.

Aucune des parties en présence au Venezuela ne peut vaincre l'autre. L'armée, par exemple, compte au moins 235 000 membres actifs et au moins 1,6 million en réserve. Nombre de ces personnes se battront, non seulement pour défendre une souveraineté nationale largement défendue en Amérique latine - face à ce qui semble de plus en plus être une intervention menée par les USA -, mais aussi pour se protéger d'une répression probable au cas où l'opposition parviendrait à renverser le gouvernement par la force.

Dans une telle situation, la seule solution est un règlement négocié, comme ce fut le cas par le passé dans les pays d'Amérique latine, lorsque leurs sociétés politiquement polarisées étaient incapables de résoudre leurs différends par des élections. Des efforts prometteurs ont été faits en ce sens, tels que ceux engagés par le Vatican à l'automne 2016, mais ils n'ont reçu aucun soutien de la part de Washington et de ses alliés, attachés à l'option d'un changement de régime. Cette stratégie doit changer si l'on veut trouver une solution viable à la crise actuelle au Venezuela.

Pour le bien du peuple vénézuélien et de la région ainsi que pour le principe de la souveraineté nationale, ces acteurs internationaux devraient plutôt soutenir les négociations entre le gouvernement vénézuélien et ses opposants, négociations qui permettront au pays de sortir enfin de sa crise politique et économique.

Signataires

  1. Noam Chomsky, professeur émérite du MIT et professeur lauréat de l'université de l'Arizona
  2. Laura Carlsen, directrice du Programme des Amériques, Center for International Policy
  3. Greg Grandin, professeur d'histoire à l'université de New York
  4. Miguel Tinker Salas, professeur d'histoire latino-américaine et d'études chicanos-latinos au Pomona College
  5. Sujatha Fernandes, professeure d'économie politique et de sociologie à l'université de Sydney
  6. Steve Ellner, rédacteur en chef associé de Latin American Perspectives
  7. Alfred de Zayas, ancien expert indépendant des Nations unies pour la promotion d'un ordre international démocratique et équitable et seul rapporteur des Nations unies à s'être rendu au Venezuela en 21 ans
  8. Boots Riley, scénariste et réalisateur de Désolé de vous déranger, musicien
  9. John Pilger, journaliste et cinéaste
  10. Mark Weisbrot, codirecteur du Centre de recherche sur l'économie et les politiques, Washington
  11. Jared Abbott, doctorant, département du gouvernement, université de Harvard
  12. Dr Tim Anderson, directeur du Center for Counter Hegemonic Studies
  13. Elisabeth Armstrong, professeure d'études sur les femmes et le genre, Smith College
  14. Alexander Aviña, PhD, professeur associé d'histoire, université d'État de l'Arizona
  15. Marc Becker, professeur d'histoire à l'université d'État Truman
  16. Medea Benjamin, cofondatrice de Code Pink
  17. Phyllis Bennis, directrice de programme, New Internationalism, Institute for Policy Studies
  18. Robert E. Birt, professeur de philosophie à la Bowie State University
  19. Aviva Chomsky, professeure d'histoire à l'université d'État de Salem
  20. James Cohen, université Paris-III-Sorbonne-Nouvelle
  21. Guadalupe Correa-Cabrera, professeure agrégée, université George Mason
  22. Benjamin Dangl, PhD, rédacteur en chef de Toward Freedom
  23. Dr Francisco Dominguez, faculté des sciences professionnelles et sociales, université du Middlesex, Royaume-Uni
  24. Alex Dupuy, professeur émérite de sociologie à l'université Wesleyan
  25. Jodie Evans, cofondatrice de Code Pink
  26. Vanessa Freije, professeure adjointe en études internationales à l'université de Washington
  27. Gavin Fridell, titulaire de la chaire de recherche du Canada et professeur agrégé en études du développement international, université St Mary's
  28. Evelyn Gonzalez, conseillère, Montgomery College
  29. Jeffrey L. Gould, professeur d'histoire, université de l'Indiana
  30. Bret Gustafson, professeur agrégé d'anthropologie à la Washington University à St Louis
  31. Peter Hallward, professeur de philosophie à l'université de Kingston
  32. John L. Hammond, professeur de sociologie, Cuny
  33. Mark Healey, professeur agrégé d'histoire, université du Connecticut
  34. Gabriel Hetland, professeur adjoint d'études latino-américaines et caribéennes à l'université d'Albany
  35. Forrest Hylton, professeur agrégé d'histoire, université nationale de Colombie-Medellin
  36. Daniel James, chaire Bernardo- Mendel d'histoire latino-américaine
  37. Chuck Kaufman, cocoordinateur national d'Alliance for Global Justice
  38. Daniel Kovalik, professeur auxiliaire de droit, université de Pittsburgh
  39. Winnie Lem, professeure, études en développement international, université Trent
  40. Gilberto López y Rivas, professeur-chercheur, université nationale d'anthropologie et d'histoire, Morelos, Mexique
  41. Mary Ann Mahony, professeure d'histoire, Central Connecticut State University
  42. Jorge Mancini, vice-président de la Fondation pour l'intégration de l'Amérique latine
  43. Luís Martin-Cabrera, professeur associé de littérature et d'études latino-américaines, université de Californie à San Diego
  44. Teresa A. Meade, professeure d'histoire et de culture
  45. Florence B. Sherwood, Union College
  46. Frederick Mills, professeur de philosophie, Bowie State University
  47. Stephen Morris, professeur de science politique et de relations internationales à la Middle Tennessee State University
  48. Liisa L. North, professeure émérite, université York
  49. Paul Ortiz, professeur associé d'histoire, université de Floride
  50. Christian Parenti, professeur agrégé, département des sciences économiques, John Jay College Cuny
  51. Nicole Phillips, professeure de droit à l'université de la Fondation Dr Aristide, faculté des sciences juridiques et politiques, et professeure auxiliaire à l'université de Californie, collège de droit de Hastings
  52. Beatrice Pita, chargée de cours, département de littérature, université de Californie à San Diego
  53. Margaret Power, professeure d'histoire, Illinois Institut de technologie
  54. Vijay Prashad, rédacteur en chef du TriContinental
  55. Eleanora Quijada Cervoni FHEA, facilitatrice en éducation du personnel et mentor EFS, Centre pour l'enseignement supérieur, l'apprentissage et l'enseignement à l'université nationale australienne
  56. Walter Riley, avocat et militant
  57. William I. Robinson, professeur de sociologie à l'université de Californie à Santa Barbara
  58. Mary Roldan, professeure d'histoire latino-américaine Dorothy Epstein, Hunter College/Cuny Graduate Center
  59. Karin Rosemblatt, professeure d'histoire à l'université du Maryland
  60. Emir Sader, professeur de sociologie à l'université de l'État de Rio de Janeiro
  61. Rosaura Sanchez, professeure de littérature latino-américaine et de littérature chicano, université de Californie à San Diego
  62. T.M. Scruggs Jr., professeur émérite de l'université de l'Iowa
  63. Victor Silverman, professeur d'histoire, Pomona College
  64. Brad Simpson, professeur agrégé d'histoire, université du Connecticut
  65. Jeb Sprague, conférencier, université de Virginie
  66. Kent Spriggs, avocat international des droits de l'homme
  67. Christy Thornton, professeure adjointe d'histoire, Johns Hopkins University
  68. Sinclair S. Thomson, professeur associé d'histoire, université de New York
  69. Steven Topik, professeur d'histoire à l'université de Californie à Irvine
  70. Stephen Volk, professeur d'histoire émérite, Oberlin College
  71. Kirsten Weld, professeure associée de sciences sociales, département d'histoire, université de Harvard
  72. Kevin Young, professeur adjoint d'histoire, université du Massachusetts, à Amherst
  73. Patricio Zamorano, universitaire spécialisé en études américaines, directeur exécutif d'InfoAméricas

Courtesy of  L'Humanité
Source:  venezuelanalysis.com
Publication date of original article: 24/01/2019

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