Maroc : la galère pour les familles des prisonniers politiques du Hirak

09-02-2019 tlaxcala-int.org 5 min #151964

 Lina Rhrissi لينا غريسي

Un mercredi sur deux, les mères, les femmes et les sœurs des 39 derniers manifestants du Hirak (mouvement) du Rif emprisonnés à Casablanca font 1200 km de bus pour aller voir leurs proches. Avec l'aide du Comité de soutien aux familles de détenus du Hirak, elles se battent pour améliorer leurs conditions de détention et pour faire face à un quotidien difficile.

Rhimou Saidi, la mère du détenu Mohammed Jelloul, dans le bus qui la ramène à Al-Hoceima, le 28 octobre 2018. Photo Youssef Afas

Le soleil surplombe les barbelés, le mirador ocre et les barrières bleues de la prison Ain Sebaâ 1, située dans la zone industrielle d'Oukacha, à vingt minutes du centre de Casablanca, quand un minibus noir se gare non loin de l'entrée. Ce mercredi matin, une quinzaine de femmes, quelques enfants et une poignée d'hommes se pressent de descendre du véhicule pour aller voir leurs proches. Comme c'est le cas deux fois par mois depuis maintenant plus de deux ans. Ils sont partis vers 20 h d'Al-Hoceima et ont fait dix heures de route éprouvantes, sans pause, pour arriver à l'heure de la visite.

Entre mai et juillet 2017, l'État a arrêté des centaines de manifestants du Hirak, un mouvement populaire qui a  démarré en octobre 2016 suite à la mort tragique de Mouhcine Fikri à Al-Hoceima, capitale du Rif. Le vendeur de poisson avait été broyé par une benne à ordures alors qu'il tentait de récupérer ses marchandises confisquées par les autorités. Les manifestations qui ont suivi dénonçaient, entre autres, la corruption, la marginalisation de la région du nord-est et le manque d'hôpitaux et d'universités. Aujourd'hui, 39 des hommes arrêtés sont toujours enfermés loin de chez eux, à Casablanca, où sont historiquement incarcérés les prisonniers politiques au Maroc. Leur procès en appel a commencé il y a près de trois mois, le 14 novembre 2018, et trois audiences ont déjà eu lieu.

« Mon garçon mérite une médaille »

À leur sortie de la prison, vers 13 h, les Rifaines, qui viennent de passer deux heures au parloir, sont davantage disposées à nous parler, malgré le regard inquisiteur des policiers qui nous suivent discrètement. « Ça va, il va bien », souffle Oulaya, vêtue de noir, la mère de Nabil Hamjike, condamné à 20 ans d'emprisonnement. « Mais il n'a rien à faire là, il n'a pas volé d'argent, ils ont réclamé leurs droits. Mon garçon mérite une médaille, pas la prison ! », clame la femme de 61 ans qui appelle tous les prisonniers « mes fils ». Aux tables du petit café en face de la maison d'arrêt, on commande des barquettes de frites et des sandwichs. Hanane, 31 ans, la sœur de Mohamed Harki, qui risque 15 ans, est plus inquiète. Son frère mène alors une grève de la faim pour réclamer son inscription en master, qu'il a depuis obtenue. Il y a aussi Souad, la femme de Karim Amghar, condamné à 10 ans, son fils d'un an sur les genoux. Le bambin, né deux mois après l'arrestation de son père, ne l'a jamais vu ailleurs que derrière les barreaux. « C'est dur pour lui, il ne fait que pleurer dans le bus », confie-t-elle. Mais la jeune maman tient à ce qu'il puisse venir de temps en temps.

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Courtesy of  OrientXXI
Source:  orientxxi.info
Publication date of original article: 07/02/2019

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