Ce n'est pas seulement Maduro, c'est aussi la Chine

08-02-2019 reseauinternational.net 8 min #151902

par Xulio Ríos

La politique américaine de harcèlement et de démolition de Nicolás Maduro a un deuxième destinataire géopolitique principal, la Chine. La crise actuelle du Venezuela n’est pas seulement due à des causes endogènes, mais aussi à une lutte exacerbée entre les États-Unis et le géant de l’Est. En Amérique Latine et dans les Caraïbes, Washington est passé de l’observation attentive à la confrontation ouverte avec Pékin en raison de sa présence croissante dans la région. Au Venezuela, la Maison-Blanche envoie un message fort à Pékin et lance un avertissement solennel aux pays de la région.

S’appuyant dans une large mesure sur les gouvernements progressistes de la région, l’inhibition relative de l’administration américaine – avec d’autres priorités à l’ordre du jour -, les besoins généraux de l’Amérique Latine et son intérêt pour la diversification des partenaires commerciaux et les exigences mêmes de l’économie chinoise, Pékin a fait un bond spectaculaire dans ses relations avec les pays d’Amérique Latine et des Caraïbes.

L’éclatement de la crise économique et financière, la transition vers un nouveau modèle de développement en Chine, les difficultés de son économie et la succession d’alternances conservatrices au sein de plusieurs gouvernements de la région ont ouvert une période d’incertitude. Néanmoins, Pékin a clairement indiqué que son engagement en Amérique Latine est stratégique et pragmatique en proposant l’extension de la nouvelle Route de la soie à la région avec un agenda d’engagements qui donnerait une forte impulsion aux relations non seulement dans le commerce mais également avec les investissements dans tous types d’infrastructures (ports, routes, chemins de fer, centrales hydrauliques, etc.). Dans l’ensemble, les gouvernements de la région ont applaudi cette attitude. En 2018, le commerce bilatéral de la Chine avec l’Amérique Latine a atteint le chiffre record de 307,4 milliards de dollars, soit une augmentation de 18,9 %, ce qui confirme son statut de deuxième partenaire commercial d’Amérique Latine. Au total, 16 pays de la région ont signé des mémorandums d’accord avec la Chine pour la construction conjointe de la nouvelle Route de la soie. La Chine est le principal partenaire commercial du Chili, de l’Argentine, du Brésil et du Pérou.

La Chine a été en mesure de faire face à des difficultés, notamment en matière d’alternance. Elle ne manque pas d’expérience. Souvenons-nous des Chilis de Allende et de Pinochet. C’était l’époque de Mao. Mais une fois de plus, ce qui menace de déséquilibrer cette marche « triomphale », c’est l’intervention déterminée des États-Unis pour contenir leurs rivaux et préserver leur hégémonie dans la région. Et ils la défendront avec tous les moyens à leur disposition. Personne n’en doute.

Lors de sa tournée en Amérique Latine en octobre dernier, le Secrétaire d’État Mike Pompeo l’a dit haut et fort : chacun doit « choisir son camp ». Son prédécesseur Rex Tillerson avait dit la même chose lors de sa visite dans la région en 2017, mettant en garde les pays d’Amérique Latine contre la possibilité de faire des affaires avec la Chine. La rupture des relations avec Taïwan par des pays comme le Salvador, la République Dominicaine et le Panama a déclenché l’alarme. En septembre dernier, les États-Unis ont demandé des consultations avec leurs ambassadeurs dans les trois pays. Comme le dit le vice-Président Pence, il est temps d’agir.

La Chine et le Venezuela

Hugo Chávez a encouragé le rapprochement avec la Chine comme contrepoids aux États-Unis. Pour rassurer la Maison-Blanche, Pékin a toujours voulu éviter ce jeu en évitant d’idéologiser sa relation, en la renvoyant à la gestion des intérêts économiques des deux parties. Entre 2003 et 2012, les échanges commerciaux sont passés de 800 millions de dollars à 20 milliards de dollars, faisant du Venezuela le quatrième fournisseur de pétrole de la Chine. Les prêts accordés à Caracas par la Chine s’élèvent aujourd’hui à quelque 62 milliards de dollars, soit 53 % du total des prêts accordés à l’Amérique Latine. La dette de Caracas envers la Chine s’élève actuellement à 23 milliards de dollars, soit 16,4 % de sa dette extérieure totale.

Au cours des deux dernières années, la Chine a modéré ses engagements avec le Venezuela en raison des difficultés de toutes sortes dans ses relations avec son gouvernement, tout en faisant preuve d’empathie et de solidarité. Lors du dernier voyage de Maduro en Chine en septembre dernier, Pékin a accordé un nouveau prêt et engagé davantage d’investissements dans les gisements d’Orinoco et d’Ayachuco, où la CNPC, propriété de l’État, a effectué des dépenses considérables.

Le Venezuela est aujourd’hui un catalyseur de la rivalité stratégique féroce entre les États-Unis et la Chine, mais ce n’est pas le seul cas pertinent dans la région. Le prochain assaut pourrait bien être celui de la station spatiale que la Chine a construite en Patagonie argentine, à Nauquén, en activité depuis avril dernier et qui a joué un rôle clé dans l’atterrissage récent d’un engin spatial sur la face cachée de la Lune. Malgré le fait que Pékin et Buenos Aires se sont donné des garanties mutuelles quant à la nature civile et pacifique de l’installation, le bruit médiatique sur sa prétendue finalité militaire augmente avec les différentes autorités américaines qui mettent en garde jour après jour contre les dangers des « accords chinois opaques et prédateurs qui compromettent la souveraineté des nations« … L’Agence spatiale européenne a signé un accord similaire avec l’Argentine dans une province voisine… Washington veut chasser la Chine de la région et ne s’arrêtera pas avant de l’avoir fait.

Au Venezuela, le coup d’État perpétré par les États-Unis n’est rien de plus qu’une leçon pour la Chine (comme ce fut le cas en Libye) et aura des conséquences pour toute la région. Un sérieux groupe d’opposants vénézuéliens veut contrer les plans de Pékin pour toute la région dans le cadre du « prolongement naturel » de la nouvelle Route de la soie qui rend Washington si nerveux. L’importance croissante de la Chine dans son « arrière-cour » la rend fatale. La doctrine Monroe est de retour et les pays de la région doivent retourner au bercail. Pékin ne s’est pas mis de côté et n’a pas attendu que Poutine – qui préfère garder le silence – exprime des opinions. La Chine a manifesté son soutien à Maduro, lancé un appel au dialogue et condamné les ingérences extérieures, mais il reste à voir si ce sera suffisant.

Source :  No es solo Maduro, también es China

traduit par Pascal, revu par Martha pour  Réseau International

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