N'est pas Gilet jaune qui veut, par exemple au Portugal

12-01-2019 tlaxcala-int.org #150686

 Luis Casado

Qui fixe le calendrier ? Les Gilets jaunes. Le gouvernement aimerait mettre sur la table la réforme de la sécurité sociale et le recul de l'âge de la retraite. L'extrême-droite aimerait parler seulement de l'immigration. Patatras ! Les Gilets jaunes imposent les thèmes : pouvoir d'achat, distribution des richesses créées par l'effort de tous, pouvoir populaire, referendum d'initiative citoyenne, revalorisation des retraites, impôt sur la fortune, réduction de la TVA. Pendant ce temps apparaissent çà et là des gilets caca d'oie...Luis Casado met les points sur quelques i.

La quantité des revendications auxquelles on a répondu par des atermoiements, des fins de non-recevoir, le mépris et le rejet est telle que les Gilets jaunes réveillent des vocations aussi variées que multiples.

Les policiers chargés de réprimer les manifestations, exténués par des millions d'heures supplémentaires non payées, fatigués des horaires improbables d'un métier ingrat et des projectiles reçus sur leurs casques, ont menacé de changer de camp et d'enfiler des gilets jaunes. La très brève mutinerie policière, vite apaisée par de généreuses primes salariales et le paiement de quelques heures supplémentaires a reçu le nom de « gilets bleus ».

Les enseignants, qui depuis des dizaines d'années voient leurs conditions de travail se détériorer, subissent d'invraisemblables réformes qui ont réussi l'exploit de détruire l'excellence du système éducatif français, public, laïque et gratuit, annoncent, eux, l'émergence d'un mouvement appelé les « stylos rouges »

Le troisième acte des gilets Jaunes s'est déroulé avec le concours des « Gilets Verts », mouvement écologiste qui soutient la transition énergétique devant conduire à la fin d'un usage indiscriminé des énergies fossiles.

En même temps, des dizaines de maires de communes (très nombreuses en France : presque 36000) démissionnent. Beaucoup menacent de ne pas représenter leur candidature face au gigantesque mouvement de décentralisation amorcé par Mitterrand en 1981 dont profite Macron pour réduire le financement local, laissant les municipalités sans ressources propres. Au point qu'on en revient à une vraie centralisation aux couleurs d'ancien régime, d'absolutisme monarchique d'il y a trois siècles et non au jacobinisme comme le clament certains philosophes charlatans. Ce mouvement de démission n'a pas de couleur : je me permets de proposer alors celui d « écharpes délavées » car, le symbole des élus est une écharpe tricolore qui, à cause de Macron, se déteint et devient blanche, couleur de la monarchie.

En attendant de voir apparaître le mouvement des « strings roses » ou des « tangas rouges », voilà que surgissent en Europe des copies couleur caca d'oie de nos braves Gilets Jaunes.

Par exemple au Portugal où deux rassemblements des « Coletos Amarelos » ont réuni une petite poignée de nostalgiques de la dictature de Salazar, dont des rombières brandissant des pancartes anti-immigrés dans un pays dont la diaspora compte 82 millions de migrants pour une population métropolitaine d'à peine 10 millions 720 000 personnes et avec des affiches anti-islamiques alors que toute la culture du pays est imprégnée par huit siècles de présence arabe. Heureusement pour eux, le ridicule ne tue pas.

Parmi les rares hommes des manifs lisboètes on voyait quelques vieux coiffés de bérets militaires arborant des médailles gagnées pendant les guerres coloniales. Il se dit que Steven Spielberg les a recrutés pour la vingtième version de Jurassic Park dans laquelle ces violeurs impunis de Guinéennes, Angolaises et Mozambicaines poseraient dans le musée de dinosaures.

Des Gilets caca d'oie se prennent en selfiesà Lisbonne... Photo de Horacio Villalobos (voir son reportage photiographique  ici)

Horacio, dont le sens du placement est supérieur à celui de Cristiano Ronaldo, en a fait un cliché historique. C'est ainsi qu'il a immortalisé José Pinto Coelho, président du Parti National du Renouveau raciste et d'extrême droite, défilant avec son gilet jaune entouré de ses gardes du corps. Un couillon qui passait par là a même crié : « Vive la police ! » Horacio le raconte avec cette même verve qui m'avait enchanté la première fois que nous avions bu un demi ensemble dans une brasserie de Créteil spécialisée dans les bières et les flammekueche :

« Les policiers souriaient et contrôlaient aimablement la circulation pour que les manifestants puissent faire le tour du monument du Marquis de Pombal (qui fut la fine fleur des fils de pute) en criant « La rue est à nous ! ».

C'était le 5 Janvier, il y avait 80 pelés et trente tondus en comptant tous les bérets militaires sans nous compter, nous autres, sales journalistes qui n'avions pas de gilets et qui sommes responsables de tout ce qui arrive en ce bas monde ! Il ne manquait que la morue à lagareiro, les drapeaux portugais, il y en avait déjà (peu). à chaque tour de la place, quelques-uns des pelés ou tondus disparaissaient et avant qu'une douzaine de fanatiques n'enfilent l'Avenue de la Liberté, le président et ses chiens de garde du Rénovateur National étaient partis ».

Les Portugais, toujours braves gens,ont la chose bien claire dans la tête et n'adhèrent pas aux bouffonneries de ces primates droitiers, racistes et anti-immigrés. Beaucoup d'entre eux, anciens travailleurs émigrés eux-mêmes, se souviennent avoir écouté Amalia Rodriguez en France et en Allemagne, chantant La maison sur le port.

Ou bien le magnifique Salvador Sobral triomphant à l'Eurovision 2017 à Kiev avec son émouvante chanson « Amar pelos dois »

Rien de plus éloigné du fascisme qu'un peuple qui a vécu sous une des pires dictatures de l'histoire européenne pendant presque 50 ans et s'est libéré en mettant des œillets aux canons des fusils.

Depuis l'Italie, Matteo Salvini, néofasciste au pouvoir, imite le Duce en prenant l'air martial, bombant le torse et saluant à la manière nazie. Comme son idole, il clabaude « Armons-nous et partez en guerre ». Notre matamore transalpin, à l'abri de son bunker romain,, appelle les Gilets Jaunes « à résister et continuer le mouvement ».

Mais ces gilets caca d'oie n'ont aucun futur, même si la presse française enfle leur importance avec l'intention persistante et avouée de discréditer la révolution citoyenne.

« La confiance vient d'en bas, le pouvoir vient d'en haut » : la formule d'Emmanuel-Joseph Sieyès (1748-1836), un des artisans du Consulat et de l'Empire napoléonien, qui ont restauré l'esclavage et supprimé le suffrage universel, reste en travers de la gorge des Français.

En matière de confiance, les Gilets Jaunes ne se fient qu'à eux-mêmes. La démagogie les laisse froids. Les promesses, ils le savent, n'engagent que ceux qui y croient. La devise de Politika semble avoir été faite leur par des millions de citoyens : « N'écoute pas ce qu'ils disent, regarde ce qu'ils font. »

Comme je le disais en titre : « N'est pas Gilet jaune qui veut ».

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  politika.cl
Publication date of original article: 08/01/2019

 tlaxcala-int.org

 Ajouter un commentaire