La Société-Réseau  - Chapitre 22 : L'unité des peuples

08-01-2019 5 min #150509

Pour bâtir un monde, toutes les cultures, tous les savoirs traditionnels, les diverses philosophies et religions sont susceptibles de contribuer à l'éthique nécessaire et sa stabilité. Pour la même raison qu'on souhaite la biodiversité, on souhaite trouver dans le foisonnement de la vie les réponses aux grandes questions. Le monopole de la culture occidentale, et son simulacre de rationalité ne peuvent pas continuer ainsi à conduire à la misère et la famine, des peuples qui, auparavant, étaient auto-suffisants.

Alors, on entend des gens lancer des twit-sentences(1) : « Ah voilà les conséquences du multiculturalisme » ; Cet élément de langage a été l'objet d'une caisse de résonance sociale, au point d'en devenir exorbitant, comme c'est le cas à chaque fois qu'une idée circule de cerveaux en cerveaux jusqu'à ce que se résolve la bêtise qu'elle renferme.

Il faut guérir ces virus psychologiques qui contaminent les esprits, et le plus souvent cela est faisable avec des démonstrations simples et instructives. Cet exercice consiste à requalifier un vocabulaire défaillant, normalisé, auquel s'attachent des idées noires. Le pouvoir des mots est bien plus vaste que ce que la rationalité ne le laisse entendre, tout en en faisant la démonstration. Le guerrier des idées qui part à l'attaque des soubassements de la douleur doit se battre contre le dragon cracheur de feu qu'est le manichéisme institutionnalisé. Que les choses soient sous contrôle, qu'elles ne nous dépassent pas ; qu'on leur assigne une valeur arbitraire pour les rétrécir. De quoi a-t-on peur ? De ne pas trouver les mots pour se défendre ? Mais cette peur n'a plus lieu d'être quand on est soutenus par ceux-là mêmes qu'on agresse.

Les gens sont parfois dévorés de craintes irrationnelles, qui sont comme des superstitions à l'envers. D'instinct, ils se protègent contre l'inconnu, de peur d'une imprégnation fallacieuse d'idées auxquelles ils n'ont aucun traitement critique à opposer, et qui les trompent, ce qui les fait souffrir. C'est long à acquérir, la connaissance, ça doit se diluer, s'assimiler, et se positionner délicatement dans l'arbre de sa propre gnoséologie, son mental. Il est toujours possible de se glisser dans les interstices laissés par la glu qui colle les conceptions incorrectes au système déductif (le psychisme). Cela demande des compétences intellectuelles qui sont de l'ordre de sa musculature, son souffle et sa souplesse. Cette simple analogie doit sûrement vous faire penser à quelqu'un ! Qu'est-ce que la musculature sans la souplesse ou le souffle ? (Un robot.) Qu'est-ce que le manque de souffle, quand on a expérimenté une croissance de sa capacité à focaliser assez sur une idée pour en décortiquer les rouages ? Et cette fameuse psychorigidité dont souffre le monde obstiné dans des routines inutiles ?

Dans cet ouvrage qui relate le plan qu'il faut garder en tête pour graduellement conduire le monde vers un résultat probant de son action collective, vers l'unité des peuples, nous n'avons fait appel à aucune idée clivante, sensée mettre au pluriel l'humanité. Elle est celle de tous. Elle est définie par le fait de se comporter comme un humain tel qu'il est idéal de le faire au sein d'une société, telle qu'idéale pour l'humain. (Cela inclut qu'il est parfois idéal d'être révolutionnaire.)

C'est toujours triste d'entendre des virus ronger la bonté et la sensibilité affective des gens. Et pourtant ce n'est que le reflet du capitalisme-darwiniste, prônant la loi du plus fort (qui est en réalité celle du hasard, et donc de l'absence de loi), qui s'affiche sur l'écran de l'esprit des gens qui le considèrent comme le socle inamovible de leur essence. Leur erreur est seulement de croire en ce monde, tel qu'il apparaît, et tel qu'on le leur raconte. Ils doivent plutôt, mais cela on s'est bien gardé de le leur enseigner pour qu'ils le comprennent, le sentir, l'entreprendre, le désirer, le sculpter. Bouddha disait que l'univers n'avait que la forme qu'on lui donnait ; Que toute la réalité, n'était qu'embellissement. C'est le travail de l'humain de jeter du beau dans le froid glacial du néant. C'est cela, la création, l'acte de Dieu. C'est un acte volontaire. C'est à nous de le faire !

La réponse de l'humanité est la tolérance, la patience, l'éducation populaire. C'est un courant néguentropique puissant, un effet de vie, porteur de liberté, d'espace et de temps, de sagesse et de recul, qui réactive les courants qui unissent les humains entre eux. Comme d'autres penseurs, je suis convaincu que la révolution se fera dans cet état d'esprit pacifique, coloré, et unanime. Et qu'un jour les âmes se mettront à l'unisson. L'ancien monde n'est pas un être qu'il faut tuer, c'est seulement le symbole d'un besoin vital progresser. Son acte de naissance ne doit rien être d'autre que la première leçon, la première loi divine qui se soit insufflée en nous au point que nous en devinssions les détenteurs, et les réalisateurs. C'est celle qui nous portera vers un avenir meilleur et qui pardonnera les fautes commises.

C'est celle pour laquelle la conscience ne peut qu'avoir besoin de grandir encore et encore, dans un champ infini de connaissance encore à conquérir. C'est celle qui dit, vous le saviez déjà, « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse », ou autrement dit, « Ne te fais pas subir à toi-même ce que tu ne pourrais faire subir au monde ». Ce n'est qu'une déclinaison de la raison initiale qui dit « Ne fais pas d'erreur ». C'est une loi du Yin et du Yang, où les deux sujets de la phrase sont inclus l'un dans l'autre, et s'influencent mutuellement, au point que certaines choses peuvent se renforcer de manière surprenante.

Muni de cette strate de la sagesse, l'humain peut prendre un bon bol d'air frais, lever les yeux au ciel, et aspirer un jour à devenir comme leurs aînés qui peuplent les étoiles.

(1)Petites phrases courtes qui sont sensées vouloir tout dire, typiques des narcissiques

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