La Société-Réseau  - Chapitre 19 : Synthèse

08-01-2019 6 min #150506

Nous allons maintenant recoudre ensemble les chapitres que nous avons vus. Le schéma montre pourquoi ce n'était pas facile de tout présenter dans le bon ordre. Nous avons étudié trois classes de considérations : celles qui sont de l'ordre des pré-requis indispensables, celles qui sont de l'ordre du framework, et celles qui sont de l'ordre de l'usage que nous proposons de faire de ce framework, c'est à dire les mécanismes qui utilisent ces composants.

On est bien dans le cadre d'un système, je n'ai pas triché en plaçant l'étude du système social depuis la perspective de la conception d'un logiciel.

19.1 - Les pré-requis

Nous avons peint une jolie déclaration des Devoirs des systèmes sociaux, étudié l'intégrité des structures sociales, élucidé les objectifs du fait de s'organiser en société humaine, disserté sur la nature de la gratuité et défriché une discipline qui est celle de la législation algorithmique.

19.2 - L'infrastructure

Nous avons noté qu'il serait pertinent en tout état de cause de pouvoir disposer d'un bilan solide de tout ce qui existe et a été fabriqué, autant que d'avoir une estimation fiable des besoins (grâce à la gratuité), et que pour répartir équitablement les richesses, en fonction de mille et un paramètres, il fallait émettre des droits, de différentes natures.

19.3 - Le logiciel-système

Sur la base de tout cela, nous pouvons concevoir des systèmes d'estimation de la valeur des biens, de sorte que ces valeurs obtenues correspondent aux besoins exprimés. Pour cela nous avons d'une part une politique algorithmique (qui joue sur les instruments d'évaluation des biens), et une institution qui consiste à socialiser les transactions, c'est à dire à prendre en charge leur raison d'être.

Ce qui permet l'administration d'un système est de pouvoir jouer simultanément sur les paramètres de ses règles, et sur ses règles occasionnellement. Cette grande leçon de l'informatique nous apprend le sens du mot « tricher », qu'on retrouve aisément quand les lois sont faites sur-mesure pour que leur respect profite aux industriels. C'est de la triche, mais cette triche n'est qu'un procédé de la systémique, qui évolue.

De la pratique informatique s'est dégagé une compréhension, qui consiste à savoir poser les règles qui soient les plus pérennes possibles, et à devoir distinguer le procédures qui se solidifient de celles qui doivent encore évoluer pour répondre aux attentes inassouvies par le système. Cette pratique consiste à disposer les règles sous forme de couches logicielles, allant de la plus dure à la plus souple. Quand on modifie « le noyau » les impacts sont considérables et presque imprévisibles, mais déterminants. Tandis que les couches molles sont conçues pour être adaptatives, fluides, et pouvoir s'enrichir régulièrement.

19.4 - Schéma global

Ce n'était pas facile de tout remettre en ordre.

Illustration 26: Sur ce schéma, les flèches montrent le cheminement d'une action courante de transfert de bien. Les traits sont les relations de cause à effet.

On peut voir que le cheminement d'un transfert de bien passe par la transaction sociale, qui avant d'agir s'informe auprès de deux principales sources de données, que sont la quantification de l'existant et l'estimation des besoins à l'échelle globale.

La valeur d'usage est un produit entre le mécanisme de la valeur et l'étude de la (justesse de la) transaction sociale. Elle renvoie un score, qui tend vers zéro quand les raisons sont insuffisantes, ou que le produit est excessif par rapport aux besoins, ou à d'autres droits.

19.5 - Schéma de l'architecture systémique

Illustration 27: Architecture systémique. L'important dans un schéma est le verbe entre les sujets.

19.6 - Conclusion

Il est facile de remarquer qu'on pourrait très bien se contenter de ne retenir de cette étude que ce que nous nommons le framework, à savoir l'infrastructure sociale, notamment capable de référencer tout l'existant dans des clusters. C'est une idée qui fait son chemin grâce aux monnaies électroniques auxquelles on s'amuse à attacher des fonctionnalités. C'est de la simple logique, et une vraie nécessité, on a juste besoin de savoir qui fait quoi, et à quoi cela a servi. Cette base est fondamentale, quel que soit le système social de l'ère informatique. Et les conséquences sur la justice sur tout aussi phénoménales.

On pourrait très bien se contenter de cette infrastructure et utiliser notre bonne vieille monnaie afin d'évaluer l'existant, mais cela va devenir périlleux quand il faudra évaluer, par exemple, l'intérêt de l'éducation. Ils essaient de le faire, les optimistes du capitalisme, ces gens qui excellent dans des cadres étroits, mais pour en arriver à quoi, à motiver et réfréner financièrement des êtres humains ?

Culturellement, ces questions sont seulement des tenseurs qui déforment à outrance le système capitaliste pur, tout en lui donnant d'autant plus de puissance pour qu'il reprenne sa forme idéale, qui est dictatoriale. En fait on peut admirer comme tout ne fait que nourrir ce contre quoi on veut se battre, et que le meilleur moyen de s'en défaire, c'est juste de remettre en cause son principe fondateur, qu'est le besoin de pratiquer le commerce.

Et pour l'abandonner, il faut seulement avoir mieux à proposer, qui soit plus en adéquation avec la réalisation de l'humain, son rôle dans le cosmos, et son accord avec lui-même, et son « Bien-vivre ».

Nous avons simplement, au cours de cet ouvrage, posé les bases qui permettent de rendre possible, ou plutôt de rendre facile à imaginer les solutions qui permettent de corréler l'offre et la demande. En fin de compte, on a divisé l'énormité du problème en problèmes simples à résoudre, et cela, uniquement grâce à la magie de la structuration des composants d'un système social générique.

On prit soin de laisser la porte ouverte aux algorithmes qui permettront de mettre en mouvement les pièces du jeu, et qui permettront de choisir, à quelques réglages près, si on veut vivre dans une dictature ou dans un paradis utopique. Je suppose que c'est toujours mieux d'avoir le choix !

Toute l'idée d'une révolution, c'est de mettre en œuvre les moyens de donner corps à ce qui aurait dû exister, et de rendre impossibles ou illogiques les mauvaises tournures dont nous avons souffert.

dav - networksociety 180718

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