La Rada enterre définitivement le Traité d'Amitié avec la Russie

08-12-2018 reseauinternational.net 15 min #149349

Hier, 6 décembre 2018, la  Rada (parlement ukrainien) a validé le décret présidentiel sur l’annulation du  Traité d’Amitié, de Coopération et de Partenariat entre l’Ukraine et la Russie.

Ce fut un vote sans surprise, bien que l’on aurait pu espérer un sursaut d’intelligence chez les députés ukrainiens, et un rejet de ce décret qui va porter un coup sévère à l’Ukraine.

Pour rappel, le 17 septembre 2018, le président ukrainien,  Petro Porochenko, signait un décret mettant en œuvre la recommandation du Conseil National de Sécurité de mettre fin au Traité d’Amitié entre l’Ukraine et la Russie.

Une semaine plus tard, le ministre ukrainien des Affaires étrangères informait officiellement son homologue russe de ce changement, interrompant ainsi le renouvellement automatique du traité pour 10 ans.

Mais il fallait que le parlement ukrainien ratifie ce document pour qu’il soit pleinement valable. Ce qui fut fait hier, avec  277 députés qui ont voté pour ce décret. Seuls 20 députés ont voté contre (ce qui veut dire que seuls 20 députés ukrainiens sur 331 ont un cerveau en état de fonctionnement et  comprennent que cette rupture va porter un tort terrible au pays).

Sans surprise ces 20 députés font partie du Bloc d’Opposition en majorité, et trois sont sans étiquette.

Suite à ce vote, le traité d’Amitié, de Coopération et de Partenariat entre l’Ukraine et la Russie prendra donc fin officiellement le 1er avril 2019 (et non, malheureusement, ce n’est pas un poisson d’avril).

Ce vote tardif de la Rada (trois mois après la signature du décret) a attiré quelques commentaires, comme celui de Rouslan Bortnik, un analyste ukrainien.

« Le projet de loi mettant fin au Traité d’Amitié avec la Russie est une simple action technique des autorités, qu’elles essayent d’utiliser pour obtenir une autre victoire informationnelle », écrit  Bortnik sur  sa page  Facebook.

Selon lui, c’est la raison pour laquelle le parlement a commencé à examiner le projet de loi en décembre, lorsque les préparatifs de l’élection présidentielle ont commencé, au lieu de prendre une décision en septembre, lorsque le président a signé le décret. En clair, Porochenko essaye tout simplement d’obtenir un petit succès médiatique pour faire remonter sa cote de popularité toujours très mal en point.

« Quoi qu’il en soit, le traité avec la Russie restera en vigueur jusqu’au 1er avril 2019, bien que son processus de résiliation soit devenu depuis longtemps un spectacle politique qui n’affecte pas la vie du peuple ukrainien, mais qui le distrait depuis quatre ans », a noté l’expert, avant de rappeler que plus de 400 autres traités existent toujours entre l’Ukraine et la Russie.

Autant je rejoins monsieur Bortnik sur la portée électorale de ce vote très tardif du parlement, afin que cette action soit portée au bénéfice de Porochenko, autant je suis en désaccord complet sur le fait que la rupture de ce traité n’affectera pas la vie du peuple ukrainien.

Car ce traité fixe la reconnaissance par les deux pays des frontières existantes entre eux, mais pas seulement. C’est aussi un contrat mutuel de non-agression. En clair, tant que ce traité est valable, aucun des deux pays ne peut utiliser son territoire pour mettre en danger la sécurité de l’autre (ce que l’Ukraine veut faire en demandant à l’OTAN de s’installer dans le pays), et aucun ne peut déclarer la guerre et envahir l’autre.

En annulant ce traité,  l’Ukraine prend le risque de perdre définitivement le Donbass, et de voir les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL) être reconnues par la Russie, cette dernière n’étant plus tenue de reconnaître l’inviolabilité des frontières ukrainiennes.

Sans parler du fait que la rupture de ce traité a déjà des conséquences pour l’Ukraine (jusqu’ici surtout les autorités ukrainiennes) depuis que la Russie a pris acte de cette annulation. Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, en faisant cette erreur grossière, Kiev a donné carte blanche à Moscou pour enlever les gants avant de rendre à l’Ukraine les coups que cette dernière porte à la Russie depuis le Maïdan.

Le premier round a été marqué par la  divulgation du fait que la roquette BUK présentée par le JIT en mai 2018 dans le cadre de l’enquête sur le crash du MH17 étaient en fait une roquette ukrainienne. Divulgation faite par le ministère russe de la Défense le jour même de la signature par Porochenko du décret d’annulation du Traité d’Amitié.

Jusqu’ici toujours sur la défensive sur le dossier du MH17, la Russie était passée à la contre-offensive en pointant du doigt l’Ukraine de manière explicite. Un tournant important de la stratégie russe que j’avais souligné comme étant lié à cette annulation du Traité d’Amitié.

Le deuxième round a été marqué par les  sanctions prises par Moscou contre des sociétés et des officiels ukrainiens. Ce, alors que la Russie s’était toujours refusée à prendre des contre-sanctions en réponse aux sanctions perpétuellement renouvelées de Kiev contre Moscou depuis plus de quatre ans. Celles et ceux qui avaient compris dès le premier round ce qui se passait n’ont pas été surpris, les autres sont restés comme deux ronds de flan, incapables de comprendre pourquoi la Russie réagissait ainsi aussi tardivement.

Le troisième round, enfin, a été marqué par la  réponse ferme, mais légale, de la Russie, à la dernière provocation en date de Kiev près du détroit de Kertch. Là aussi beaucoup de pseudo experts ont hurlé à la faute tactique, ou se sont avérés incapables de comprendre ce changement de stratégie de Moscou. Tellement habitués à la patience hors normes, mais pas infinie, de la Russie envers les pitreries de Kiev, beaucoup n’ont pas compris pourquoi la Russie n’avait pas fait « comme d’habitude » et simplement ignoré ces bêtises.

Ce que ces pseudos experts n’ont pas compris c’est que la donne a changé. Kiev a délié les mains de Moscou, et la Russie a fini de prendre (et de mettre) des gants pour répondre à l’Ukraine, puisque cette dernière montre de manière officielle qu’elle veut des relations conflictuelles et non amicales avec son voisin. Dont acte.

Et cette volonté belliciste de Kiev, se trouve dans la bouche de nul autre que Pavel Klimkine, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, qui se  vantant du nombre de traités bilatéraux détruits, a aussi déclaré que pour lui, l’Ukraine ne devrait avoir aucune relation diplomatique avec la Russie. Ce monsieur a une conception fascinante de la diplomatie et des affaires étrangères…

« Récemment, nous avons mis fin à 48 accords internationaux (avec la Russie). Toutefois, cela devrait être fait très soigneusement… pour que les citoyens ukrainiens ne soient pas affectés. La prochaine tranche d’une quarantaine d’accords résiliés suivra assez rapidement », a-t-il déclaré.

Sauf qu’en réalité, à un moment, à force d’annuler des accords cela va affecter la vie des citoyens ukrainiens, vu que Kiev veut tout raser jusqu’aux fondations.

« Tout ce qui existait avant la guerre (jusqu’en 2014 NDLR) n’a, par définition, aucun sens », a ajouté Klimkine.

Le problème c’est que l’Ukraine n’a pas déclaré officiellement la guerre à la Russie. Donc à un moment il va falloir accorder les violons entre les différents morceaux de votre propagande, faute de quoi vous vous ridiculisez tous seuls à force de vous contredire vous-même !

Le summum de la bêtise intersidérale est atteint lorsqu’il aborde une éventuelle rupture des relations diplomatiques avec la Russie.

« Personnellement et émotionnellement, je crois que nous n’avons besoin d’aucune relation diplomatique avec la Russie », a déclaré Pavel Klimkine. « Je vais vous dire franchement que j’en ai déjà discuté avec certains pays et je connais leur réponse […] ils sont prêts à servir de boîtes aux lettres pour la livraison de certains documents, et c’est tout [ce dont nous avons besoin] ».

Avant d’ajouter que les liens diplomatiques avec la Russie ne peuvent pas être coupés pour le moment, car de nombreux citoyens ukrainiens vivent sur le territoire russe. Selon le ministre, près de 3,5 millions d’Ukrainiens vivent en Russie et le nombre de personnes prêtes à franchir la frontière avec la Russie ne cesse d’augmenter.

Donc résumons, l’Ukraine pourrait, soi-disant, couper les relations diplomatiques avec la fédération de Russie en utilisant des pays tiers comme boîte postale car elle n’a pas besoin de plus, MAIS en fait, cela poserait problème pour les millions d’Ukrainiens qui vivent en Russie.

Donc en fait n’avoir que des boîtes postales dans d’autres ambassades ne couvrirait pas les besoins des citoyens ukrainiens et donc de l’Ukraine !!! Donc Pavel Klimkine ment et se contredit lui-même d’une phrase à l’autre.

Et le plus beau de l’histoire c’est qu’il contredit dans ce dernier paragraphe ce qu’il raconte plus haut avec son histoire de guerre entre l’Ukraine et la Russie. Depuis quand des millions de gens se ruent volontairement dans un pays (qui n’était pas le leur avant la guerre) qui agresse militairement leur patrie ?

A-t-on vu des Français émigrer volontairement en masse en Allemagne pendant la Seconde Guerre Mondiale ? Non bien sûr. Ce qui montre bien qu’il n’y a pas plus de guerre ou d’agression militaire russe en Ukraine qu’il n’y a de beurre en branche ou d’arbres à spaghettis !

Maria Zakharova, la  porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères avait souligné toute la stupidité des actions et déclarations de Kiev concernant l’annulation du Traité d’Amitié, et on peut voir qu’elle avait totalement raison dans son analyse. Car il faut être d’une bêtise crasse pour ne pas voir les conséquences désastreuses de cette annulation sur l’Ukraine et les citoyens ukrainiens, et pour contredire sa propre propagande à deux reprises en une seule déclaration publique !

Quoi qu’il en soit, l’Ukraine et ses citoyens doivent maintenant comprendre que cette annulation va avoir des conséquences concrètes pour eux, et que les trois rounds que j’ai évoqués plus haut ne sont que le début. Il y en aura bien d’autres.

Voilà ce que la « révolution de la dignité » aura apporté à l’Ukraine : le chaos, la pauvreté, la guerre civile, une dépopulation massive, des relations de plus en plus mauvaises avec ses voisins, et bientôt une guerre de religion. Un cocktail explosif qui pourrait bien faire littéralement éclater le pays.

 Christelle Néant

source: donbass-insider.com

 reseauinternational.net

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