Nul ne sait ce qui naîtra

07-12-2018 legrandsoir.info 3 min #149290

PERSONNE

- Mais qui sont-ils ? Mais que disent-ils ?
- Ils s'appellent les Gilets Jaunes. Ils disent leur colère.
- Mais je ne connais pas ces gens-là.
- Président, ces gens-là sont des gens du peuple de France.
- Ils se ressemblent donc tous.
- Non, ils sont divers comme peut l'être un peuple riche de sa diversité. Oui, ces nouveaux acteurs ont leur uniforme, et leur étendard réfléchissant est levé.
- Quelle langue parlent-ils ?
- Pas la langue des affaires. Non, mais une langue bien vivante et fleurie.
- Que veulent-ils qu'ils n'ont déjà ?
- Du pouvoir d'achat.
- Ils l'ont déjà.
- Mais il se réduit comme peau de chagrin.
- Qu'on leur donne des mouchoirs et un moratoire aussi.
- Mais, Président, ils veulent aussi la justice sociale.
- Bibi, c'est pas le Père Noël. Qu'attendent-ils encore ?
- Une réponse de votre part. Un changement de cap.
- J'ai une mission à remplir, j'ai un cap à tenir, une vision, un projet, un récit. Dites à ces gens qu'on changera de méthode s'il le faut.
- Mais leurs fins de mois sont difficiles.
- Dites-leur que « ce n'est pas le chemin qui est difficile. C'est le difficile qui est le chemin. »
- Président, ils veulent aussi la justice fiscale.
- Dites-leur qu'il ne faut pas confondre « faire légal ce qui est juste et faire juste ce qui est légal ».
- Mais, Président, ils veulent aussi des référendums, la proportionnelle, la démocratie.
- Ils l'ont déjà. Elle est inscrite dans le marbre.
- Ils parlent aussi de précarité, de SDF, de déclassement, de retraite, de sécurité sociale, de délocalisations, de réfugiés, du handicap, d'innovations... Ils ne demandent pas de devenir milliardaires ; seulement de vivre dignement dans un pays riche.
- Mais enfin, n'ont-ils jamais entendu parler de la transition écologique, de la fin du monde qui nous menace tous ?
- Si Président. Mais ils pensent tout simplement que cette vraie cause nationale, pour ne pas dire mondiale, est utilisée par vous et les vôtres comme le contre-feu idéal à toutes leurs revendications légitimes. Ils sont fatigués. Ils sont las des mensonges.
- Moi, je vois qu'ils ont encore des forces pour toute cette violence. C'est une révolte contre les institutions ?
- Non Président, c'est plus profond, c'est bien plus rationnel que cela. C'est peut-être une « révolution démocratique » en gestation. Pas celle que vous aviez envisagée, oh ! non. La France est grosse. Mais nul ne sait ce qui naîtra.
- Ce que je veux...
- Président, ils ont déjà réussi à mettre en branle un formidable mouvement qui prend corps jour après jour, qui revivifie en même temps les valeurs de solidarité, d'égali...
- Mais c'est moi qui...
- Vous ne comprenez donc pas. L'homme seul devrait savoir qu'il ne peut rien quand la multitude est décidée à progresser.

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