Aujourd'hui aussi, je mets mon gilet jaune...

06-12-2018 partipourladecroissance.net 8 min #149255

Depuis plusieurs semaines, le mouvement des « gilets jaunes » secoue la France : mobilisation citoyenne de masse, routes bloquées, économies en berne. Le gouvernement Macron-Philippe tangue sérieusement. L'état d'urgence a même été évoqué pour faire face à une situation quasi-insurrectionnelle. Il serait donc légitime de se demander ce qu'il se cache derrière un mouvement aussi hétérogène et réfractaire à l'ordre établi. Il serait légitime de s'interroger sur son organisation, ses modes de contestation et sa violence.

On pourrait. Mais l'essentiel est de prendre conscience des profonds enseignements à tirer des « gilets jaunes ». Comment en sommes-nous arrivés là ? Quels sont les liens avec les problématiques qui animent les objecteurs de croissance ? Comment la Décroissance peut se positionner ? Quelles mécanismes de sécurités sociales proposer pour aborder sereinement la transition écologique ?

Soyons déjà convaincus que le mouvement des « gilets jaunes » n'est pas uniquement fondé sur la simple contestation de la fiscalité écologique ou, plus largement, contre les taxes. Bien sûr, la taxe sur les carburants a fait office de détonateur, non pas parce que les « gilets jaunes » contestent l'écologie, mais parce qu'ils contestent l'injustice. C'est bien parce que de plus en plus de citoyens sont dans l'impossibilité de vivre dignement que ce mouvement a émergé.

Ce mouvement est la conséquence d'un ras-le-bol où tout le monde porte ses idées. Après plusieurs décennies de passivité en termes de contestation, la parole se libère et le mécontentement s'exprime. Enfin !! En effet, à travers toute le France, on trouve des gens qui ne manifestent jamais dans les cadres traditionnels. C'est de ne pas pouvoir assumer des besoins simples qui les a mis dans la rue : celui ne plus pouvoir nourrir sa famille ; de ne pas pouvoir partir même une semaine en vacances ; celui de perdre sa vie à la gagner ; ou de ne pas bénéficier d'un logement et d'un cadre de vie décent. C'est l'exclusion sociale et un mal vivre global qui rassemblent les « gilets jaunes » dans nos rues. C'est la détresse sociale et cette incapacité de nos dirigeants à l'entendre, à la comprendre et à la résoudre qui ont provoqué la situation actuelle.

Comme si face à l'urgence environnementale, la lutte contre le dérèglement climatique ou l'effondrement de la biodiversité, il suffisait de taxer, encore et toujours, la population. Faut-il que nos élites ne comprennent vraiment rien, ou qu'ils soient intellectuellement malhonnêtes ? Probablement un peu des deux. Cette écologie punitive et socialement injuste n'est pas la nôtre, bien loin de la convivialité et du « buen vivir » prônés par la Décroissance.

Soyons donc convaincus que le mouvement des « gilets jaunes » est un événement supplémentaire qui confirme que le principal enjeu de l'écologie est la justice sociale. La première des décroissances doit être celle des inégalités.

Car s'il est urgent de ralentir d'un point de vue environnemental, et ainsi de réduire notre empreinte énergétique et de modifier radicalement nos modes de vie, il est surtout urgent de construire une transition écologique qui assure une vie digne à tous. Ces deux problématiques sont indissociables.

Nous, les Décroissants avons un rôle à jouer dans ce mouvement. Descendons dans la mêlée, avec humilité et écoute, mais aussi avec l'assurance que nos propositions pour concilier les contraintes écologiques avec la justice sociale sont justes et pertinentes. L'effervescence actuelle est dans la continuité des luttes sociales et écologiques où nous sommes impliqués depuis des années. A nous de contribuer à faire de ce mouvement une véritable révolution qui participerait à rompre avec l'ancien monde qui ne fonctionne plus.

Portons nos idées d'espace écologique : personne en dessous du plancher pour assurer la justice sociale, et personne au dessus un plafond pour rompre avec la culture du toujours plus. Une  Dotation Inconditionnelle D'Autonomie associés à un Revenu Maximal Acceptable. Portons aussi la  relocalisation ouverte à l'opposé d'une mondialisation protectionniste. Pour ne citer que les principaux mécanismes à mettre en place afin de garantir une transition écologique sereine et sécurisée pour toutes et tous.

Ainsi, si ce n'est pas déjà fait, rejoignons ce mouvement pour y ajouter notre colère mais surtout notre sensibilité. Certes, nous devons rester prudents devant un mouvement qui rassemble Balkany, Wauquiez, Le Pen et Dupont-Aignan. Mais cette confusion politique, cette profusion d'idées et de propositions est possiblement la base d'une nouvelle manière de faire de la politique ? Une manière qui implique M. et Mme Toulemonde, qui nécessite d'écouter les autres, leurs raisonnements, de faire avec tout le monde, d'apprendre de nouvelles pratiques et de nouvelles solidarités. Certes, il y aura des déceptions et des désaccords mais il y a déjà la tentative de faire quelque chose. Et c'est pour participer à ce « faire quelque chose » que devons être présents. Pour nous positionner « pour » une décroissance des inégalités et « pour » un vivre ensemble dépolluée de leur pensée dominante et de leur logique économique.

Alors, aujourd'hui, je remets mon gilet jaune … et pas seulement parce que me déplace en vélo.

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