Les gilets jaunes à Marseille et les manifestations

02-12-2018 histoireetsociete.wordpress.com 6 min #149056

le tête à tête des gilets jaunes avec les CRS, beaucoup de respect de la part de ces derniers, une écoute, en particulier le matin devant la préfecture.....

» La colère ne se déclare pas en préfecture ! »
Fabien Roussel
Secrétaire national du Pcf

manifestation à Marseille ou plutôt les manifestations.

Dès onze heures trente, j'étais sur la place de la préfecture où il y avait un rassemblement des gilets jaunes et je me suis prise d'intérêt pour ces gens-là, je les ai suivis et je les ai écouté discuter en particulier vers la mairie et le tunnel du Vieux port où ils avaient installé un contrôle.

Il m'a semble qu'il y avait un mélange de petits artisans, commerçants, mais aussi employés de collectivités locales type FO, quelques vrais prolos.

Dans le fond, je retrouvais ce que je n'ai cessé de constater à Marseille, en particulier lors de la conférence de section.

A Marseille, le prolétariat le plus évident c'est celui des cités, ils sont souvent au chômage ou s'autoexploitent, les jeunes sont en échec scolaire mais pas tous... Cette population-là a commencé à bouger dans certains endroits par exemple à travers la lutte du Macdo de Saint Barthélemy ou encore la question de l'habitat insalubre, mais pas à la hauteur de leur situation... Même l'habitat insalubre regroupe essentiellement une population étudiante qui se loge difficilement et des retraités, mais c'est aussi une des questions les plus sensibles, les plus fédératrices dans l'opinion marseilleise. Il y a une caractéristique marseillaise, c'est que les révolutions y commencent trois ou quatre jours avant Paris. Ça a été vrai pour la Révolution française, ça l'a été pour la Commune et toujours dans le même périmètre. Les manifestations contre les morts et l'incurie de la municipalité cette fois ont précédé celles des gilets jaunes.

Dans la manifestation sur le logement, se sont regroupés les membres du PCF. On me dira qu'elle a été formidable, enthousiasmante, moi je suis restée avec les gilets jaunes.

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la manifestation sur le logement.

Pour la plupart ce n'étaient pas des habitués des manifestations ils erraient dans les rues de la ville en petits groupes qui avaient fait connaissance sur les points de contrôle, beaucoup venaient du département. Ils ont occupé la zone qui va de la mairie au centre commercial des Terrasses du Port qui a été aussitôt fermé. Un seul thème, l'injustice sociale, leur solitude enfin rompue par ce mouvement.

Et là j'ai été confrontée à un autre type de prolétariat, celui d'un monde artisanal d'abord, issu à une génération près de la désindustralisation de la ville et qui sont devenus des garagistes, des petits commerçants et qui ont un vrai savoir faire, ne s'en sortent plus. Ils sont là aux côtés des catégories C de la fonction publique, des institutrices, des employés.....

L'âge moyen était plutôt élevé, des retraités avec les épouses, mais aussi des gens d'une quarantaine d'années. Des jeunes anarchistes les interrogeaient et ils expliquaient leurs problèmes, c'était très concret, je me lève à telle heure, je travaille et voilà ce qui me reste à la fin du mois.

Je n'ai pas entendu de proclamations racistes peut-être parce qu'ils étaient en train de promouvoir leur mouvement mais même quand ils étaient attablés entre midi et deux heures en famille et échangeaient parfois des plaisanteries, mais l'atmosphère était plutôt à la gravité..

Par moment c'était même étonnant de mesurer à quel point ils réclamaient « TOUT » et la conscience qu'ils avaient d'une transformation de la société dont ils faisaient les frais... Incontestablement on était plus du tout dans c'est la faute aux immigrés mais sur le thème: c'est la faute à ceux qui nous gouvernent au profit des riches. C'est la question de la fiscalité qui éclaire les enjeux et renforce le contrôle citoyen sur l'impôt. Mais cela va au-delà...

On peut saluer cette évolution et ne pas la laisser passer.

Ce que je souhaiterais c'est que nous soyons nombreux à les interpeller et à ouvrir la discussion, ça a commencé, certains sont remontés vers la cannebière et la rencontre a eu lieu, et si j'ai bien compris c'est quand la jonction s'est opérée que la police a chargé, alors que semble-t-il il n'y avait aucune raison de le faire.

Quand je pense que certains communistes quand nous préparions le congrès prétendaient que la question sociale ne rassemblait plus, seul le sociétal était censé les réunir, il faut réellement que nous pensions la situation à laquelle nous sommes confrontés.

Vers le soir, alors que nous étions avec une camarade à une conférence débat sur le Venezuela, il y a eu sur la cannebière et dans le quartier Belzunce des violences, barricades, pillards, les transports en commun ne traversaient plus le centre, ce qui nous a obligé de rentrer à pied dans un Marseille désert et dans lequel la municipalité tarde à installer les lumières de Noël ; comme d'ailleurs à réparer la voirie et les trottoirs qui s'effondrent. Ce que je voudrais encore souligner de ce que j'ai pu entendre des gilets jaunes, c'est que quand ils apprenaient ce qui se passait à Paris, ils disaient à la fois que ce n'était pas eux, mais il n'y avait pas de véritable condamnation... plutôt l'idée que le pouvoir l'avait bien cherché et que eux étaient des « enfants de choeur » par rapport à ce qui montait...

Danielle Bleitrach

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