L'Iran face à la guerre économique américaine

07-11-2018 reseauinternational.net 11 min #147981

Par le Général Amine Htaite

Depuis le succès de sa révolution islamique en 1979, l’Iran a été sujet à une agression américaine continue, dont les formes varient mais qui se perpétue dans son essence et sa nature, et centrée sur un seul objectif : renverser un système politique libérationniste et indépendantiste fondé sur l’idée de briser l’obédience et la tutelle exercées par les puissances colonialistes sous commandement et planification américains.

Cependant, en dépit de l’enchaînement des attitudes agressives ciblées contre lui, et en dépit de la mobilisation américaine des forces régionales et internationales pour l’affronter, l’Iran a été en mesure, au cours des quatre dernières décennies, d’atteindre quatre objectifs stratégiques majeurs que l’agresseur ne pensait pas l’Iran capable d’accomplir. L’Iran a été capable de stabiliser sa révolution, de protéger le régime islamique issu de cette révolution, de préserver l’unité nationale, la sécurité intérieure et la paix publique, et de parvenir à un degré avancé d’autosuffisance dans les domaines militaire et économique. Mais le plus grave et le plus dangereux pour la politique hégémonique américaine est le succès iranien à établir un espace vital stratégique régional à dimension internationale globale, fortifié par un système combiné et complexe d’éléments politiques et militaires et d’alliances stratégiques, ce qui signifie que l’agression américaine prolongée n’a pas réussi à faire plier l’Iran et n’a pu atteindre ses objectifs stratégiques pendant 40 ans.

Aujourd’hui, à l’occasion du 39e anniversaire de l’occupation de l’Ambassade des États-Unis à Téhéran par des étudiants iraniens, ambassade considérée comme un nid d’espions visant à faire avorter la révolution, le président américain Trump, après moult menaces et sommations, annonce un paquet de mesures agressives et hostiles contre l’Iran dans le but « d’étrangler l’Iran » économiquement au point de l’isoler au niveau international et couper toute relation financière, commerciale ou économique avec lui, notamment dans le secteur pétrolier et des transferts de fonds. Selon les Américains, ces mesures sont de nature à pousser le peuple iranien à se soulever contre le régime islamique et à atteindre le plus grand objectif stratégique des Etats-Unis et d’Israël, qui n’ont pas de pire ennemi que l’Iran ainsi que le Hezbollah considéré comme le bras de l’Iran dans toute la région.

Ces mesures malveillantes que les Etats-Unis appellent « sanctions » sont en réalité et objectivement une guerre économique agressive menée contre un Etat indépendant et souverain, une guerre menée sur la base de prétextes fallacieux, une guerre brutale qui, aujourd’hui, est assortie d’une liste de douze conditions que les Etats-Unis demandent à l’Iran de satisfaire pour réexaminer et revoir ces prétendues « sanctions ». Si l’on analyse et catégorise ces conditions et si l’on s’arrête sur leurs objectifs, on peut conclure que les Etats-Unis veulent simplement que l’Iran se suicide, s’annihile de la carte stratégique régionale et internationale et leur abdique son leadership. Ces multiples conditions peuvent être résumées en quatre points :

  1. Le renoncement de l’Iran à tous ses droits dans le domaine nucléaire, qu’il soit de nature civile ou militaire, ou en matière de recherche ou d’investissement.
  2. Le renoncement de l’Iran à tout droit de posséder une force défensive appropriée en fonction des dangers encourus, et l’abandon de l’équation de la dissuasion stratégique qui a protégé l’Iran et ses intérêts durant les dernières années, ouvrant la voie à une tutelle internationale permanente.
  3. L’abandon de l’Iran des principes de la révolution islamique et de la cause palestinienne ainsi que son objectif stratégique d’établir un Moyen-Orient pour son peuple.
  4. Le renoncement de l’Iran à son espace stratégique vital et son exclusion de la carte stratégique régionale, de sorte que les Etats-Unis puissent semer le chaos dans la région sans encourir de risques qui menaceraient l’exécution du « Deal du siècle « .

Compte tenu de la gravité de ces conditions américaines sur la réalité de l’Iran, son avenir et le droit de son peuple à la souveraineté et à l’indépendance, il n’y a aucune chance que ces conditions soient acceptées ou même discutées. Et je pense que celui qui a établi de telles conditions le sait et réalise l’impossibilité de leur application, parce qu’il connaît la nature iranienne qui refuse l’humiliation et la capitulation. Et s’il ne le sait pas ou feint de l’ignorer, il doit se rappeler la prestation iranienne des quatre dernières décennies et la façon dont l’Iran a vaincu dans des guerres sans merci ou des guerres économiques renforcées par l’isolement et le blocus.

Il est indéniable que l’Iran, qui ne cherche l’hostilité de quiconque ni la confrontation avec qui ne l’a pas agressé et qui souhaite les meilleures relations avec les pays du monde, sauf ceux qui usurpent les droits et agressent les autres comme c’est le cas avec Israël, ne fuit pas l’affrontement s’il lui est imposé, comme c’est le cas aujourd’hui avec les Etats-Unis qui lui mènent une guerre économique cruelle et mesquine. Ce qui signifie que l’Iran est au seuil d’une nouvelle confrontation qui ne sera peut-être pas facile, mais à en juger par les cartes que l’Iran pourrait jouer sur le terrain de l’affrontement économique, la question se pose sur le sort de cet affrontement.

Afin d’apporter un éclairage sur les résultats escomptés de cette confrontation, il serait utile de s’arrêter sur les  sources de la force pouvant impacter ce duel et dont dispose l’Iran :

  1. La solidité du régime islamique en Iran et le courage de ses dirigeants ; il était très touchant que le guide de la révolution islamique en personne, M. Ali Khamenei, monte au créneau et annonce que l’Iran triomphera aujourd’hui dans la nouvelle bataille comme il l’a fait au cours des 40 dernières années dans les batailles précédentes, une promesse adossée aux énergies iraniennes à l’intérieur et aux solides relations internationales avec l’extérieur. Puis vint l’autre message de défi du président Hassan Rouhani clamant : « Nous vendrons du pétrole et briserons les sanctions. »
  2. La volonté et la vitalité manifestées par le peuple iranien soudé derrière son leadership ; ce peuple a prouvé sa grande capacité à l’endurance, à la résistance et l’adhésion à son régime islamique, sachant que la résilience est une des facettes de la défense de la révolution, de l’indépendance et de la souveraineté. Il est évident que le peuple veut préserver les bienfaits de vivre dans la sécurité, la souveraineté et l’indépendance, et c’est pourquoi les manifestations de masse qui ont déferlé sur les villes iraniennes, le jour où les sanctions américaines ont pris effet, réaffirment cette force populaire à faire face.
  3. Le potentiel de l’économie iranienne fondée sur le concept de « l’économie résiliente » qui a permis d’augmenter le degré d’autosuffisance à des niveaux plus élevés. Les années de siège et des restrictions ont contribué à relever le niveau de vigueur et de solidité de cette économie à une échelle atteignant 85% d’autosuffisance.
  4. Les relations iraniennes avec l’extérieur sont des relations de réciprocité équilibrées à bien des égards. Le maintien de ces relations ne sera donc pas dans le seul intérêt de l’Iran mais dans celui de toutes les parties, et c’est pourquoi nous avons vu plusieurs pays annoncer leur refus de se soumettre aux « ordres » américains quant au boycott de l’Iran, ce qui a obligé les États-Unis à exempter huit pays de leurs mesures, et les a conduit à ne pas appliquer le principe « zéro exportation de pétrole iranien ».
  5. Le recours aux alternatives financières et économiques et l’ouverture aux devises étrangères pour servir de monnaie de substitution. Là, nous assistons à l’expansion du commerce international par le troc ou dans les monnaies nationales des États, ce qui porte préjudice au dollar et aux Etats-Unis et ouvre la voie à un nouveau système financier mondial qui ne s’adosse plus au dollar en tant que colonne vertébrale.
  6. Les mesures préventives anticipatrices, annoncées ou dissimulées, que l’Iran et ses alliés ont prises pour contourner les sanctions américaines et sortir du système financier et économique américain et qui vont choquer les Etats-Unis lorsqu’elles seront divulguées ou dévoilées.
  7. La position de pays, comme la Russie, l’Inde, la Chine et l’Union européenne, dont l’intérêt est l’échec des Etats-Unis dans leur guerre économique contre l’Iran, parce que ces pays et entités politiques sont bien conscients que le succès américain dans ces décisions coercitives, belliqueuses et unilatérales incitera les Etats-Unis à appliquer ces mesures à quiconque dans le monde et rappellera le concept d’un ordre mondial unipolaire où les USA trônent seuls sur le monde et sans rival. Par conséquent, les sages estiment que l’échec de la guerre économique américaine contre l’Iran constitue aujourd’hui un intérêt international et un service au droit international.

Sur cette base, et malgré toutes les dramatisations américaines, nous pensons que les chances de succès des Etats-Unis dans leurs manœuvres criminelles, sournoises et coercitives contre l’Iran, sont très faibles, au vu d’un empressement quasi-international affiché par l’Iran et d’autres nations puissantes à s’opposer et à transgresser la décision américaine. Si les Etats-Unis, incapables de réitérer en Iran leur expérience militaire en Afghanistan ou en Irak ou en Libye, pensent que leur guerre économique les compensera de leur défaite stratégique en Syrie et dans la région, leur jugement est mal à propos face aux forces émergentes et aux bouleversements internationaux que les Etats-Unis ne pourront ni arrêter ni contenir ni camoufler les effets ni affronter. L’échec des Etats-Unis dans la guerre économique contre l’Iran sera retentissant et les dépossèdera d’une carte longtemps brandie pour menacer et faire plier les insoumis. C’est pourquoi nous pensons que le monde entier aura les yeux braqués sur cette guerre, attendant ses résultats qui ne mettront pas plus de plus de trois mois à apparaître. Nous pensons que la victoire de l’Iran dans cette confrontation sera le succès du monde face à l’arrogance colonialiste américaine.

 Général Amine Htaite

Article en arabe :  al-binaa.com

traduit par Rania Tahar

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