Novembre 1918 : ce que ni Macron, ni la bourgeoisie, ni les socialistes... ne commémoreront !

05-11-2018 histoireetsociete.wordpress.com 7 min #147893

L'actuelle commémoration compassionnelle ne dira rien des responsabilités des antagonismes impérialistes qui ont conduit à la grande boucherie.

Ni de la trahison des socio-démocrates ralliés à l'union sacrée.

Ni des révoltes des soldats et des puissants mouvements de rejet de la guerre qui ont abouti à la révolution russe et aux mêmes mouvements réprimés dans le sang notamment en Allemagne avec là aussi la complicité active des dirigeants socialistes.
Ni donc des raisons profondes qui ont donné naissance aux partis communistes en rupture radicale avec les compromissions criminelles des socio-démocrates.
SILENCE donc sur ces événements et leur sens profond parce-que demeurent en notre époque les antagonismes d'alors, et les raisons d'en finir avec le vieux monde d'oppression et de guerre !

Rappelons donc que ce mouvement a aussi touché la France et que :

 le 1 0 novembre 1918: le drapeau rouge a flotté sur Strasbourg

Depuis le traité de Francfort entre l'Allemagne et la France vaincue, l'Alsace et la Moselle sont sous la domination de l'empereur Guillaume II de Hohenzollern. De ce fait, durant la Première Guerre mondiale, Alsaciens et Mosellans en âge d'être soldats vont combattre pour l'Allemagne.

Le 29 octobre 1918, les marins des navires de guerre de la base de Kiel refusent d'aller mourir pour « l'honneur » des officiers. C'est le début des mutineries de Kiel et d'un processus révolutionnaire dans toute l'Allemagne. Et parmi ces marins insurgés de Kiel, beaucoup sont originaires d'Alsace-Moselle. Aussi, ils réquisitionnent un train pour rentrer chez eux.

En Allemagne, à Stuttgart, le 4 novembre, un conseil ouvrier, constitué après une grève générale, se déclare prêt à signer la paix au nom du Wurtemberg. Le 6 novembre, des conseils d'ouvriers et de soldats contrôlent Kiel, Lübeck, Brunsbüttel, Hambourg, Brême et Cuxhaven. A Munich, le 7 novembre, les points stratégiques sont pris sans rencontrer de résistance. Le lendemain, le conseil d'ouvriers, de paysans et de soldats proclame la « République socialiste de Bavière » ; le roi Louis III prend la fuite. Le 9 novembre, le soulèvement gagne Berlin où les Spartakistes proclament la « Libre République Socialiste d'Allemagne ».

Le train des Alsaciens-Mosellans insurgés est arrêté à Khel, de l'autre côté du Rhin et face à Strasbourg. Un poste de soldats fidèles à l'empereur garde l'entrée du pont. Leur officier fait ouvrir le feu: un insurgé est tué et plusieurs autres sont blessés. Mais ses camarades, avec des ouvriers allemands, s'emparent de la ville allemande, du pont et traversent le Rhin.

Dans Strasbourg, le 8 novembre, apprenant la proclamation de la République socialiste de Bavière, des manifestants, civils et soldats, se rassemblent sur la place Kléber. Des dizaines d'officiers allemands sont dégradés en public. Les marins insurgés sont accueillis dans l'enthousiasme.

Sur le front des Vosges, soldats allemands et français fraternisent et manifestent avec le drapeau rouge. A Saverne, les soldats se mutinent. Soldats et ouvriers organisent des conseils révolutionnaires à Haguenau, Colmar, Mulhouse, Sélestat, Saverne, Guebwiller, Metz, Schiltigheim, Bischwiller, Molsheim, Erstein, Neuf-Brisach, Thionville, Sarreguemines. Les mines sont occupées à Knutange. A Algrange, Hagondange, Rombas, des grèves sauvages éclatent.

A Colmar le Conseil des ouvriers et des soldats siège à la mairie, et le futur Feldmaréchal Rommel viendra s'y plaindre des vexations dont sont victime ses officiers. A Metz, le Conseil siège également à l'hôtel de ville sur lequel flotte un drapeau turc dont on a passé le croissant au minium pour en faire un drapeau rouge.

Les conseils de travailleurs et de soldats se multiplient à Strasbourg. Ils revendiquent la liberté de presse et d'expression, la levée de la censure sur le courrier, le droit de manifester. Une trentaine de commissions organisent la vie quotidienne (transport, finances, ravitaillement, démobilisation, justice, amnistie des déserteurs, etc) et toutes les marques d'autorité comme les insignes et les grades sont supprimés. La ville se hérisse de drapeaux rouges dont l'un flotte sur la flèche de la cathédrale. Sur les affiches qui couvrent les murs de Strasbourg, on peut lire: « Nous n'avons rien de commun avec les Etats capitalistes ; notre mot d'ordre est : Ni Allemands, ni Français, ni neutres. Le drapeau rouge a triomphé. » La « République socialiste de Strasbourg » est proclamée le 10 novembre 1918.

Pour la bourgeoisie, le mot d'ordre devient « Plutôt Français que rouge ».

Jacques Peirotes maire social-démocrate de Strasbourg, écrit secrètement au grand quartier général français et demande aux généraux de « hâter leur arrivée à Strasbourg, la domination des rouges menaçant de prendre une fin tragique ».

Son appel est entendu. Les troupes françaises, qui ne devaient prendre l'Alsace que le 25 novembre, se précipitent. Le 17 novembre, elles contrôlent Mulhouse. Le 22 novembre, c'est Strasbourg. Le drapeau tricolore flotte sur la cathédrale. Le palais de Justice, où se tenaient les réunions des conseils, est investi. Les organisations ouvrières sont placées sous contrôle militaire. Tous les décrets sociaux sont annulés. Le militarisme français remplace le militarisme prussien. La bourgeoisie retrouve se posture et ses privilèges qu'elle détenait sous Guillaume II.

Publié le 13 novembre 2014 par Bernard UMBRECHT

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VOIR également l'article de Didier DAENINCKX

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