Main basse sur le gaz marocain : l'ancien ministre socialiste Moratinos, lobbyiste pour Enagás et Elecnor

04-11-2018 tlaxcala-int.org 5 min #147821

 Carlos Hernanz

L'entrée réussie d'Enagás sur le territoire marocain grâce à l'ex-ministre socialiste espagnol laisse penser que l'ntreprise espagnole aspire peut-être à entrer en compétition pour la concession du gazoduc Maghreb-Europe.

En juin dernier, Enagás et Elecnor ont remporté un contrat pour la construction d'un gazoduc au Maroc. Les travaux sont subordonnés à la prospection par Sound Energy des gisements de gaz de Tendrara, dans l'est du pays, à la frontière avec l'Algérie. Ce petit jalon pour les entreprises espagnoles cotées en Bourse s'appuie sur le travail dans l'ombre de Miguel Angel Moratinos, ancien ministre des Affaires étrangères entre 2004 et 2010, qui, selon des sources officielles, conseille le consortium espagnol en tant que consultant stratégique,

Moratinos

Depuis quelques années, le politicien socialiste canalise son activité privée à travers la société de conseil ICP. Sa vaste expérience diplomatique est l'atout pour offrir aux multinationales espagnoles et étrangères la réalisation d'affaires sur de nouveaux marchés, comme c'est le cas d'Enagás, déterminée à continuer à étendre ses activités au-delà des frontières espagnoles. Et ce contrat est un test décisif pour entrer dans le pays voisin, comme le montre le fait que c'est le directeur général Marcelino Oreja lui-même qui gère ce contrat.

Selon des sources informées du processus, l'intervention de Moratinos a été déterminante pour obtenir l'approbation du Ministre de l'Énergie du Maroc, Aziz Rabbah,, s'imposant ainsi face à d'autres consortiums à capitaux français. Le contrat Enagás et Elecnor, sous réserve du succès des forages, prévoit la construction et la maintenance pendant 15 ans d'un gazoduc de 20 pouces d'une longueur de 120 kilomètres, de Tendrara à Ain Benimathar, où il serait relié au gazoduc Maghreb-Europe, venant d'Algérie.

L'importance de ce contrat réside dans le fait qu'il pourrait y avoir deux sociétés espagnoles en concurrence pour l'activité gazière au Maroc. Depuis des années, Naturgy (ex Gas Natural Fenosa) est actionnaire de référence, avec Galp et le Royaume du Maroc, du gazoduc Maghreb-Europe qui traverse le territoire marocain et dont la concession expire en 2021. Ce renouvellement fait que Francisco Reynés, PDG de Naturgy, doit se rendre au royaume alaouite, après s'être déjà rendu en Egypte et en Algérie, où la compagnie énergétique espagnole a renouvelé les droits de production et de commercialisation qu'elle avait dans ces deux pays.

Bien qu'il s'agisse d'infrastructures différentes, l'entrée réussie d'Enagás sur le territoire marocain grâce à l'ancien ministre a conduit à penser qu'elle pourrait aspirer à concourir pour la concession du gazoduc Europe-Maghreb qui traverse le Maroc, malgré le fait que le reste du tube en Algérie continue à être détenu conjointement par Naturgy. L'opérateur du réseau gazier espagnol, spécialiste de la gestion, du stockage et du transport, est plongé depuis des années dans un processus d'internationalisation et a fait du Maroc un de ses objectifs privilégiés.

Avant de formaliser son travail, Moratinos s'est rendu dans des pays comme la Guinée, l'Angola, Cuba et la Bolivie, accompagné d'anciens collègues de l'exécutif, tels que Zapatero (Premier ministre PSOE 2004-2011) lui-même ou José Bono, ancien ministre PSOE de la Défense. En d'autres occasions, des entreprises intègrent des anciens responsables politiques dans leurs instances dirigeantes, comme Naturgy elle-même, qui a compté parmi ses membres « indépendants » l'ancien Premier ministre PSOE Felipe González pendant quatre ans (2011-2015), vu qu'il bénéficiait d' « une large reconnaissance comme homme d'État et expert de l' Amérique latine, ainsi que des pays de l'Union européenne et de l'arc méditerranéen ».

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  elconfidencial.com
Publication date of original article: 29/10/2018

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