De « l'oxygène » syrien pour une région délabrée

13-10-2018 reseauinternational.net 9 min #146962

Par Dr Wafik Ibrahim

Depuis le déclenchement de la crise du terrorisme et ses investisseurs internationaux et régionaux, la démarche de l’Etat syrien révèle un tissu très patriotique qui diffère de ses congénères dans cet Orient.

Alors que la plupart des pays arabes poursuivent leur descente infernale, faisant d’eux la proie de la cupidité américaine et occidentale, et que le président américain Trump les extorque sous la contrainte et avec dédain, l’État syrien affronte des centaines de milliers de terroristes et les armées américaine, turque, française et israélienne intervenant directement sur le sol et par les airs.

Les deux dernières images illustrant ces modèles syrien et arabe sont apparues dans le succès de l’alliance russo-syrienne qui a réussi à pousser la Turquie à appliquer la première partie de l’évacuation des combattants et de leurs armes de grandes zones d’Idlib. Cette première réalisation n’aurait pas été possible sans le soutien des forces syriennes et russes.

En contrepartie, l’Arabie Saoudite se précipite pour appeler les Etats du Golfe, la Jordanie et l’Egypte à fonder une OTAN arabe sous égide américain, hostile uniquement à l’Iran et partisan d’Israël.

Ces deux types de politiques contradictoires révèlent l’existence de deux types d’États en Orient : l’État national syrien et le type d’États arabes faibles. L’Etat syrien, ciblé depuis sept ans, a résisté et maintenu ses institutions constitutionnelles, sécuritaires et militaires …  L’autre modèle se protège derrière l’arme américaine, comme l’a souligné le président Trump. Une de ses caractéristiques est qu’il ne produit rien et achète la loyauté des gens par le terrorisme, les meurtres, les oboles et la corruption. Ce qui confirme l’absence d’émergence nationaliste chez les fonctionnaires de son secteur public, dans la mesure où ils sont acculés au silence par la coercition, silence causé par la répression généralisée dans les sociétés soumises à « l’obéissance ».

L’enlèvement du journaliste Jamal al-Khashoggi au consulat de son pays à Istanbul, en Turquie, est un exemple éloquent de la façon dont l’Arabie Saoudite traite ses « ressortissants » par l’oppression et le meurtre pour un simple et modeste avis s’y opposant.

Cependant, ce qui se passe aujourd’hui en Syrie rend des services inestimables à ce modèle fragile des États délabrés dans la région. Le pari américano-israélien reposait sur le renversement de l’Etat syrien et son démantèlement pour  servir plusieurs objectifs : la liquidation de la cause palestinienne, le projet de fragmenter la région immédiatement après le démembrement de la Syrie et l’annexion définitive du Golan occupé à l’entité sioniste usurpatrice de la Palestine occupée.

Tous les moyens ont été concentrés sur le renversement de la Syrie par le feu terroriste soutenu par des centaines de raids israéliens et américains, l’ouverture des frontières, l’intervention militaire turque, des centaines de milliards de dollars, et le pillage des ressources pétrolières et gazières syriennes à l’est de l’Euphrate, sous supervision directe des Américains qui ne cherchaient même pas à dissimuler leur participation à ces vols.

Alors que le terrorisme sévissait en Irak, en Égypte, en Afrique du Nord et dans la Corne de l’Afrique, s’enracinant idéologiquement en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis et bénéficiant de fonds koweïtiens et qataris provenant de courants religieux, politiques et officiels, l’armée syrienne, première instance militaire de son Etat national, résistait, avec ses modestes moyens et grâce au courage de ses membres, à une expansion terroriste s’étendant sur une superficie supérieure à 100 000 km2 du territoire, appuyée par des lignes avancées fournies par des raids aériens sur l’armée syrienne et des lignes de retraite aux frontières ouvertes sur des milliers de kilomètres avec la Jordanie, l’Irak et la Turquie, avec la possibilité de s’infiltrer à tout moment au Liban et en bénéficiant également des divers services israéliens.

Cette souffrance endurée par la Syrie n’a pas conduit à l’effondrement de son État national. Les institutions constitutionnelles de la présidence de la République, du Conseil des ministres et de la Chambre des représentants, sont restées solidaires et n’ont pas été fragmentées. Les services de sécurité sont restés loyaux, solides comme un roc, et ont démontré une cohésion à toute épreuve, ne se souciant que d’une seule tâche : la défense de la patrie et son État national et la sécurité de la société. Il peut y avoir eu quelques milliers de membres de l’armée qui ont fui hors de Syrie, mais ceux-là ne représentaient pas un état de désobéissance politique autant qu’ils constituaient un état de désertion du service militaire pour des raisons familiales et économiques. Même le premier ministre Riad Hijab qui, selon le Qatar, avait reçu un pot-de-vin de cinquante millions de dollars pour fuir,  s’était enfui et n’avait laissé aucun impact tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Syrie, à tel point que ses financeurs se sont sentis floués en constatant que Hijab n’avait absolument aucune valeur politique.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Ceci démontre la profonde cohésion de l’État national syrien et pas seulement la loyauté des institutions militaires aux appareils constitutionnels de la présidence de la République et du gouvernement. Ceci reflète l’existence d’un projet national qui illustre la nature de l’État et ses orientations historiques.

Oui, c’est un projet national qui se poursuit depuis la création en 1947 de la Syrie actuelle, comme faisant partie de la Syrie historique.

La Syrie s’est engagée à jouer un rôle national, avec une perspective nationaliste, et a réussi à fédérer la plupart des Syriens autour du projet de leur Etat-nation. Autrement, comment comprendre l’engagement absolu de la Syrie à l’égard des causes palestinienne et arabe et son leadership dans tous les projets visant à faire face à l’ennemi israélien, à l’influence américaine et aux projets américains de fragmentation à travers Israël, le terrorisme, le Golfe et la Turquie ?

Il est clair que les éléments d’un État national fort sont incarnés par l’État syrien, avec son projet, ses institutions, ses appareils et sa société, avec son histoire profonde et non-ambiguë, ce qui n’est pas le cas de ceux qui s’inventent une histoire fabriquée en Arabie saoudite et au Liban.

C’est pour cela que les projets de démantèlement par le terrorisme se sont effondrés. Ces projets n’ont pas trouvé de résonance sectaire ou dogmatique dans la diversité des Syriens. Le nationalisme syrien s’est montré plus fort que les éléments de l’éclatement et a prouvé que son État est l’un des plus soudés de la région. Sinon, comment a-t-il réussi, pendant sept ans, à résister aux outils les plus destructeurs que le monde ait jamais connus depuis la Seconde Guerre mondiale ?

Cette résistance a des répercussions sur l’Orient, là où il y a des Etats faibles protégés par les Etats-Unis et l’argent du pétrole.

Il semble que ces pays n’aient pas réussi à se hisser au niveau de l’Etat national et soient attachés à leur rôle d’autorités fondées par l’Occident au début du XXe siècle pour assurer le pétrole et l’oppression des peuples, et c’est ce qu’ils ont toujours fait. Khashoggi n’est qu’un petit meurtre parmi les façons dont ces pays tuent leurs ressortissants.

Ces pays ont bénéficié du succès de la Syrie dans l’éradication du projet de sa division et aspirent « l’oxygène » de cette résistance syrienne pour affirmer leur ténacité en tant qu’autorités.

Parce que le projet israélo-occidental réalise que la délivrance de la Syrie est aussi la survie de toute la région arabe, de l’Irak au Yémen, peut-être sont-ce ces raisons qui dictent aux pays arabes et occidentaux d’essayer de rétablir les vieilles relations diplomatiques avec Damas et de quémander sa bénédiction ?

« L’oxygène » syrien ne réanime pas uniquement la Syrie, mais envoie des bouffées de son patriotisme aux pays qui en ont besoin.

Mais ils profitent du vaillant rôle syrien pour échapper à l’insanité américaine, tout en continuant la répression de leurs peuples. Toutefois, l’histoire assure qu’il est  « impossible qu’une telle situation persiste. »

Article en arabe :  al-binaa.com

traduit par Rania Tahar

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