Le visage hideux de la bourgeoisie en temps de crise (Acte Ii)

12-10-2018 legrandsoir.info 22 min #146909

Mohamed BELAALI

Donald Trump,Viktor Orban, Matteo Salvini, Heinz-Christian Strache... ne sont que les visages hideux de la bourgeoisie en temps de crise. Tant que le capitalisme n'a pas été détruit, il continuera à produire des monstres comme il l'a prouvé à travers son histoire. Car ce système se caractérise par sa grande capacité à surmonter ses contradictions. Mais de crise en crise, il devient un immense obstacle au développement de la production et menace l'existence même de la société bourgeoise. L'unité et la lutte de tous les prolétaires, de tous les exploités et de tous les opprimés restent vitales pour hâter la disparition d'un système ennemi de l'homme et de la nature.

Chaque crise économique engendre son propre pouvoir politique, un pouvoir capable de s'adapter, d'une manière ou d'une autre, à la nouvelle situation. La crise doit, coûte que coûte, être surmontée. Nationalisme, fascisme, nazisme, franquisme, extrême droite, néofascisme... toutes ces formes politiques de la domination bourgeoise ne remplacent évidemment pas le capitalisme et ne cherchent nullement à le dépasser. Bien au contraire, elles cherchent à le sauver et à le renforcer. Leur mission essentielle est de maintenir, vaille que vaille, l'accumulation du capital et d'assurer la concentration des richesses entre les mêmes mains. Elles ne sont, en dernière analyse, que des régimes brutaux derrière lesquels se cachent les intérêts de la classe dominante.

La loi économique fondamentale du capitalisme reste la réalisation du profit. Tant que cette règle est respectée, la démocratie bourgeoise continue à fonctionner sans trop d'entraves. Les esclaves modernes que sont les travailleurs voient même leur sort s'améliorer. Mais dès que la crise du système s'installe, c'est à dire lorsque le taux de profit diminue, la bourgeoisie sort ses griffes et revient sur tout ce qui lui a été arraché de haute lutte par les travailleurs en particulier et les salariés en général : code du travail, indemnités chômage, retraite, aides sociales, services publics, réduction du temps de travail, nationalisations, etc, etc.

Pour imposer sa politique en temps de crise, la bourgeoisie a besoin non seulement de gouvernements autoritaires, mais aussi de tromper les masses populaires pour obtenir leur passivité et si possible leur complicité. La classe dirigeante utilisera tous les moyens dont elle dispose et notamment les médias pour détourner les travailleurs du véritable combat, celui de classe contre classe, du travail contre le capital, des opprimés contre les oppresseurs.

Des pays comme les États-Unis, l'Italie, l'Autriche, la Hongrie, la Pologne... sont aujourd'hui dirigés par des gouvernements ou des coalitions de gouvernements réactionnaires et anti-ouvriers. Ils cherchent à remplacer la lutte des classes par la collaboration de classes. En France, le Front National (aujourd'hui Rassemblement National) fait partie intégrante du paysage politique. Il a obtenu au deuxième tour des élections présidentielles de 2017 près de 34 % des suffrages exprimés et 22,36 % des inscrits (1). Ses idées sont banalisées et intériorisées grâce au matraquage des grands médias derrière lesquels se cache la classe dominante. La social-démocratie et tous les partis de droite ne font que calquer plus ou moins habilement le discours lepéniste. L'hydre Front National est présenté par les médias comme un parti normal, un parti, somme toute, comme tous les autres. Son nationalisme xénophobe et antisémite est édulcoré et banalisé : le musulman remplace le juif, « la race germanique » devient « français de souche », « La grande Allemagne », c'est « la grandeur de la France » et la République a pris la place du « Reich » (1). Les mots utilisés par le père comme « l'immigration massive et sauvage » ou « les chambres à gaz ne sont qu'un détail de l'histoire » sont adoucis. Marine, sa fille, parle plutôt de communautarisme, de laïcité, de terrorisme islamique etc. (2)

Emmanuel Macron au bout d'une année seulement de règne a réussi à instaurer un régime autoritaire en utilisant l'État et son appareil idéologique et répressif pour consolider et perpétuer les privilèges des plus riches. Son suprême mépris pour les classes populaires, « ceux qui ne sont rien, les fainéants, les illettrés... » n'est plus à démontrer (3).

Il ne supporte aucune critique ni aucune opposition qui va dans le sens des intérêts de l'immense majorité de la population. C'est lui qui disait aux retraités dont le pouvoir d'achat ne cesse de diminuer qu'ils n'avaient pas le droit de se plaindre (4).

Les syndicats ne sont jamais écoutés. Ils sont réprimés, méprisés et humiliés. Les corps intermédiaires et les contre-pouvoirs sont marginalisés. L'état d'urgence est inscrit dans la loi ; il devient ipso facto permanent. « si ce projet de loi est adopté, et que l'extrême droite arrive un jour au pouvoir, la France sera dans une situation extrêmement difficile en matière de libertés » (5).

Le projet de loi a bel et bien été adopté sans grande résistance (6).

Cet état d'urgence permanent vise essentiellement à vider de leur contenu les droits fondamentaux chèrement acquis par les travailleurs comme le droit de grève et de manifestation.

Les brutalités policières continuent à se développer et à se perpétuer. Les victimes de ces violences sont trop nombreuses pour pouvoir dresser ici une quelconque liste. La police n'est qu'un instrument parmi tant d'autres que la bourgeoisie utilise pour asseoir sa domination de classe. L'ordre bourgeois, défendu par les forces de l'ordre, a constamment besoin de cette violence pour se maintenir.

Les relations de Macron et de ses prédécesseurs avec des barbouzes, des nervis et autres voyous de la police montrent combien le crime et la violence sont au cœur de la République bourgeoise (7). A quand les milices privées armées dans les rues de France ?

Les institutions bourgeoises, aux prérogatives déjà limitées, sont rabaissées au rang de simples instances aux ordres du Président. Macron, en tant que pouvoir exécutif devenu relativement indépendant, légifère par ordonnances et décrets, réduit le nombre de députés et limite le droit d'amendement. Sa domination sur le législatif est totale. « Le seul responsable, c'est moi et moi seul. Qu'ils viennent me chercher » disait Macron avec beaucoup d'arrogance dans « l'affaire Benalla » ! Effectivement personne n'est venu le chercher (8). Et qui peut le faire dans une République corrompue jusqu'à la moelle épinière et où le président a quasiment tous les pouvoirs ? Certainement pas les parlementaires, majoritaires, aux ordres du Président. Leurs commissions d'enquête et leurs motions de censure n'étaient qu'un baroud d'honneur et une comédie jouée par des mauvais acteurs.

Macron, Le Pen, malgré leurs différences au niveau des discours et des mots d'ordre, sont deux têtes du même monstre, le capitalisme. L'un gère aujourd'hui d'une manière autoritaire les affaires des riches, l'autre aspire, avec le développement et la persistance de la crise économique, à le remplacer pour servir les intérêts de la même classe. L'un comme l'autre sont imposés par la dictature du capital. Ils sont donc les ennemis de la classe ouvrière et du progrès.

Mais la classe dominante ne se contente pas seulement de hisser à la tête de l'État des gouvernements autoritaires et fascisants ; elle a besoin également d'instrumentaliser les masses populaires pour obtenir leur passivité voire leur complicité en fabriquant des ennemis qu'elle présente comme responsables de tous les malheurs. La bourgeoisie a besoin de cette « adhésion » des masses en période de crise pour assurer ses intérêts. Il faut donc construire cet ennemi à force de propagande et d'images pour cimenter une communauté traumatisée par les différents plans d'austérité et dégoûtée par le comportement d'une classe politique corrompue et totalement soumise aux intérêts d'une minorité de très riches. Il faut lui trouver des boucs émissaires capables de la détourner du combat politique de classe contre classe. L'invention des boucs émissaires permet également de décharger la colère populaire sur les victimes de la crise tout en évitant ses véritables responsables.

La bourgeoisie va alors montrer du doigt et désigner les réfugiés, les sans-papiers, les musulmans, les Noirs etc., dont elle n'a plus besoin de la force de travail, comme responsables de toutes les conséquences de la crise. Ces cibles ainsi désignées, représentent pour une partie des classes populaires, élevée dans la haine de « l'Autre » par l'idéologie dominante, une concurrence insupportable sur le marché du travail. En période de crise, les travailleurs étrangers, ou supposés comme tels, sont présentés comme les responsables du chômage de masse qui ronge l'ensemble des salariés. Le chômage n'est jamais présenté comme le produit le plus authentique du capitalisme et de son système d'esclavage moderne qui lui est associé, le salariat, mais comme le refus des salariés de préférence étrangers de travailler aux conditions du marché. Belle manière pour masquer la responsabilité des patrons dans la situation dramatique des chômeurs !

Contre ces victimes, la bourgeoisie mobilise, entre autres, son arsenal juridique, ses médias et sa police.

Une quantité phénoménale de textes législatifs et réglementaires encadre aujourd'hui le droit des migrants. Tous les gouvernements s'acharnent à adopter le plus de textes répressifs possibles contre les étrangers instituant ainsi « l'insécuritéjuridique comme un instrument de la politique migratoire en organisant un droit d'exclusion » (9).

La violence médiatique contre ces boucs émissaires se traduit par un vocabulaire détestable voire bestial et des images chargées de stéréotypes attisant la haine entre les hommes pour mieux les diviser en jouant sur les préjugés nationaux, raciaux et religieux. L'instrumentalisation de l'image de l'« Autre », celle de l'étranger présenté comme un danger, comme un ennemi permet de renforcer le mythe de l'« identité nationale » et de souder ainsi les masses populaires derrière la bourgeoisie (10).

Les thèmes haineux d' « invasion », de « submersion », d'« islamisation de la société », du « grand remplacement » reviennent souvent dans le discours médiatique dressant ainsi l'opinion publique contre tout ce qui ressemble de près ou de loin aux migrants. Partout en Europe et aux États-Unis, les centres d'accueil des réfugiés sont attaqués et incendiés (11). Les migrants ou supposés comme tels sont insultés, humiliés, tabassés et parfois tués. En Italie, mais aussi un peu partout en Europe, la liste des agressions contre les migrants est trop longue (12).

Aux États-Unis, Donald Trump va jusqu'à dire des sans-papiers : « ce ne sont pas des hommes, ce sont des animaux » (13). Les enfants sont arrachés à leurs parents et placés dans des camps, c'est la politique de « la tolérance zéro » chère à l'administration américaine. Pour Trump, les immigrés, avec ou sans papiers, et les musulmans constituent « les ennemis intérieurs » de l'Amérique et donc menacent la sécurité des Étasuniens (14).

Les bateaux chargés d'exilés fuyant la misère, les persécutions et la guerre, conséquences d'un ordre économique en crise, sont indésirables dans la plupart des ports européens. L'Union européenne paie le régime marocain pour organiser, dans des conditions infra-humaines, le transfert massif de migrants subsahariens du Nord vers le Sud pour les éloigner de la frontière espagnole (15). Le 25 septembre 2018, la marine marocaine a même ouvert le feu sur une embarcation de jeunes fuyant leur propre pays faisant un mort et quatre blessés graves (16).

Des murs, des barbelés et autres clôtures sont dressés contre les migrants aux Etats-Unis (un mur de 508 km en construction en plus des barrières de 655 km déjà en place) et dans plusieurs pays européens (France, Espagne, Autriche, Slovénie, Grèce, Bulgarie, Hongrie etc.) (17).

La bourgeoisie en crise criminalise également l'immigration et mobilise sa police pour traquer les migrants à Calais, à Paris ou encore dans la vallée de la Roya. En Hongrie, La chasse aux « clandestins » se fait à l'aide des « Chasseurs de frontière » qui sont « déployés le long de la clôture ultra-sécurisée, munie de caméras et de capteurs, qui sépare la Hongrie de la Serbie. Ils sont plus de 2 000 à s'être portés volontaires, animés par un fort sentiment nationaliste » (18).

L'Union Européenne s'est dotée d'une agence, Frontex, chargée de surveiller les frontières européennes extérieures : « Cette agence, dotée d'un arsenal quasi militaire, coordonne des opérations visant à renvoyer des ressortissants étrangers hors du territoire européen de l'UE » (19).

Signalons au passage que cette guerre livrée aux migrants est en même temps un business florissant pour les entreprises privées spécialisées : « une kyrielle de sous-traitants privés qui ont tout intérêt à l'adoption des lois les plus sévères permettant les arrestations de masse, la détention de longue durée et les expulsions groupées », écrivait Claire Rodier membre du GISTI (20).

En fermant hermétiquement leurs frontières, les bourgeoisies européennes et américaines ont condamné à la mort des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants dans les eaux de la Méditerranée et le long de la frontière mexicaine. Ces milliers de morts invisibles que personne ne pleure constituent en même temps une négation absolue de la vie par ces pays arrogants et méprisants (21).

Aujourd'hui comme hier, la crise du capitalisme produit, toute proportion gardée, des régimes ouvertement autoritaires dont la mission véritable est de consolider l'économie capitaliste pour mieux servir les intérêts de la classe dominante, la bourgeoisie. L'offensive de ces pouvoirs contre la classe ouvrière va se poursuivre et s'intensifier d'autant qu'aujourd'hui le rapport de force est du côté du capital. Les attaques contre les acquis des travailleurs, nationaux et immigrés, seront encore plus brutales et plus féroces. Car l'ennemi commun à tous ces régimes réactionnaires malgré leurs spécificités nationales reste la classe ouvrière.Les ouvriers, s'ils veulent affronter et vaincre ces gouvernements, n'ont d'autres choix que de commencer par surmonter leurs propres divisions et construire leur union avant d'envisager de s'allier avec d'autres couches de la société trompées par ces pouvoirs fascisants.

Mohamed Belaali
 belaali.com

Notes

(1)  interieur.gouv.fr

(2)  lmsi.net

Voir également « Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste » de Cécile Alduy et Stéphane Wahnich.

(3)  lci.fr

(4)

(5)  mediapart.fr)

(6)  https://www.gouvernement.fr/action/renforcer-la-securite-interieure-et-la-lutte-contre-le-  terrorisme

(7)  blogs.mediapart.fr

(8)  https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/24/emmanuel-macron-sort-du-silence-sur-laffaire-  alexandre-benalla-le-seul-responsable-cest-moi_a_23488750/

(9)  reseau-terra.eu

(10)  journals.openedition.org

(11)  fr.sputniknews.com

(12)  mediapart.fr

(13)  http://www.rfi.fr/ameriques/20180517-etats-unis-trump-migrants-animaux-  tolle-californie-sanctuaire

(14)  nouveau-magazine-litteraire.com

(15)  https://www.franceinter.fr/emissions/le-zoom-de-la-redaction/le-zoom-de-la-redaction-26-  septembre-2018

(16)  huffpostmaghreb.com

Voir également l'article de Washington Post :  https://www.washingtonpost.com/news/democracy-post/wp/2018/10/02/a-young-woman-embodied-moroccos-future-instead-she-was-shot-while-trying-to-emigrate/?noredirect=on& ;utm_term

(17)  lexpress.fr

(18)  rfi.fr

(19)  frontexit.org

(20)  nouveau-magazine-litteraire.com

(21)  cairn.info

voir également :  journals.openedition.org

 news.un.org

 legrandsoir.info

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