Le retour d'Obama pourrait provoquer un retour de flamme et amener à une « vague rouge »

11-10-2018 lesakerfrancophone.fr 7 min #146853

Andrew Korybko

Par Andrew Korybko - Le 20 septembre 2018 - Source  orientalreview.org

Le retour d'Obama à la vie publique coïncide exactement avec l'intensification de la guerre de l'« État profond » contre Trump.

L'ancien président était de sortie acec un  discours de campagne de haut niveau en Illinois moins d'une semaine après la publication par le New York Times d' un article d'opinion anonyme, supposément écrit par un haut dirigeant de l'administration, et affirmant que la « Résistance » entravait activement les politiques de Trump depuis la Maison Blanche elle-même. Cet article faisait suite à des passages possiblement explosifs du livre de Rob Woodward sur l'administration Trump. Cet ensemble constitue une attaque sans précédent contre l'autorité du président. Ce n'est donc pas sans raison que Steven Bannon a fait les gros titres ce week-end en décrivant les événements en cours comme une tentative de «  coup d'État » en cours.

crédit photo :  thyblackman.com thyblackman.com

La perception construite par les médias traditionnels suggère que Trump n'a jamais été aussi faible, et qu'il n'est plus qu'à un scandale de la démission, ou de se voir révoqué, mais la réalité est à l'inverse de ces perceptions : le président est plus fort que jamais, et c'est cela qui amène l'« État profond » à mener la guerre contre lui. Si Trump était aussi vulnérable que le décrit cette campagne de guerre de l'information sans précédent, on n'aurait pas eu besoin de ramener Obama à la vie publique, et le New York Times n'aurait pas eu besoin de publier ce scandaleux article d'opinion. Et surtout, les Américains prendraient naturellement leurs distances du président en place et de son parti lors des prochaines élections de mi-mandat, prévues pour novembre, et voteraient plutôt pour les démocrates.

À ce qu'il semble, la probabilité d'une victoire démocrate - ou comme ils aiment à l'appeler entre eux, une soi-disant « vague bleue » - est faible, ce qui explique pourquoi des tactiques aussi désespérées sont employées dans un effort ultime à faire changer l'opinion des électeurs. Les Démocrates s'inquiètent également de ce que la ligne de faille entre factions qui s'est établie entre les camps Sanders et Clinton au cours de l'élection de 2016 ne constitue encore un sérieux obstacle à l'unité du parti, et c'est l'une des raisons pour lesquelles la décision a été prise de remettre Obama en selle sur la campagne. Si les soutiens de Sanders restent indifférents et ne se déplacent pas dans les bureaux de vote, c'est une base républicaine déjà galvanisée qui pourrait remporter une « vague rouge ».

Barack Obama prononçant un discours le 7 septembre 2018 à l'université de l'Illinois, au cours duquel il a émis de fortes critiques à l'égard de Donald Trump et du parti républicain.

Pour nombre de personnes inclinées à gauche, Obama constitue en quelque sorte une divinité politique, et les gros bonnets du parti pensent que leurs adeptes suivront ses consignes d'aller voter en masse pour infliger une raclée aux républicains. Mais l'homme a perdu un peu de sa superbe au fil des ans, et ne dispose plus de l'influence qui fut sienne, surtout après son ralliement à Clinton contre Sanders il y a deux ans. Cette observation importante, mais « politiquement incorrecte » appuie là où ça fait mal chez les Démocrates, à savoir qu'ils ont une tendance à prendre leurs désirs pour des réalités et à les projeter sur les masses qu'ils dirigent, quand bien même les tendances du moment sont en contradiction avec la pensée de groupe du « Politburo ».

De fait, loin de revitaliser les démocrates, la résurrection politique d'Obama renforce plutôt l'indifférence dans l'aile Sanders du parti et encourage au contraire plus de républicains à aller voter, ce qui pourrait porter un sacré coup aux instigateurs du « coup d'État » et donner à Trump la dynamique pour démanteler l'« État profond » une bonne fois pour toutes à l'issue des élections de mi-mandat.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l'émission radiophonique context countdown,  diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 14 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l'agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l'Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l'approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

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