Kay Bailey Hutchinson doit démissionner

08-10-2018 arretsurinfo.ch 9 min #146732

Justin Raimondo, un journaliste américain (hors système) que nous tenons en haute estime (*).

Kay Bailey Hutchinson doit démissionner

Parce que déclencher la IIIe guerre mondiale n'est pas ce pour quoi les Américains ont voté

Par Justin Raimondo* |  Anti War

Paru le 4 octobre 2018 sous le titre  Kay Bailey Hutchison Must Resignnti War

À quel point faut-il être fou cinglé pour monter sur un podium et  menacer ouvertement la Russie d'une première frappe « préemptive » ? Il ne faut pas nécessairement être Kay Bailey Hutchinson, mais ça aide.

Notre « ambassadeur » à l'OTAN - comme si l'OTAN était un vrai pays et non un parasite supranational - prétend que Moscou viole le traité INF et que, tout en étant d'accord pour donner sa chance à la diplomatie, elle est prête à envisager une frappe militaire, « si le développement du système de missiles à moyenne portée devait continuer ».

Ainsi donc, voilà que notre « ambassadeur » à l'OTAN est habilitée à déclencher la IIIe guerre mondiale. Et ensuite, c'est le ministre des PTT qui ordonnera l'invasion de l'Iran. L'« ambassadeur » a excédé son autorité et provoqué un incident international qui peut un jour revenir nous hanter. Et ce qui est sûr, c'est qu'elle nous a tous mis en danger. Dans un pays civilisé comme le Japon, il ne lui resterait plus qu'à se jeter sur son sabre, mais je veux bien me contenter de sa démission.

Quoique Hutchinson nie maintenant avoir brandi la menace d'une première frappe, la teneur de ses propos est indiscutable :

« À ce point, nous envisagerions la possibilité de détruire un missile (russe) susceptible de pouvoir atteindre un de nos pays. La contre mesure (des USA) serait de détruire les missiles que la Russie est en train de développer en violation du traité. Ils sont prévenus. »

Les Américains devraient être prévenus, eux, de ce que a/ nous vivons des temps très dangereux, et b/ la politique étrangère des États-Unis a vraiment peu de choses à voir avec le président des États-Unis. Les commentateurs ont attiré l'attention sur ce qu'ils appellent une politique étrangère « à deux voies », et c'est particulièrement vrai en ce qui concerne notre position à l'égard de la Russie. Ce que signifie cette politique « à d'eux voies », c'est que les conseillers du Président ont jusqu'ici tout fait pour entraver la politique de son choix - la politique sur laquelle il a fait campagne et qui l'a fait gagner, celle de la paix avec la Russie. Ils lui ont menti sur le nombre de diplomates à expulser, ils ont fait avorter le sommet prévu avec Poutine à la Maison Blanche, et ils ont bloqué son désir souvent exprimé de sortir de Syrie et de rechercher un accord avec Moscou sur l'avenir de la région.

Ceci est très dangereux : quand deux adversaires possèdent des armes nucléaires et que les mauvais signaux sont envoyés - ou reçus - les risques potentiels d'une catastrophe sont illimités. Si Kay Bailey Hutchinson menace Moscou lundi et que le président Trump appelle à une coopération pacifique mardi, Dieu seul sait ce qui arrivera mercredi.

Les anti-Trump considèrent cela comme une preuve que le Président pourrait bien nous conduire à la guerre, mais à qui la faute ? C'est Trump qui veut la détente et c'est le War Party qui cherche le conflit.

Il n'est pas difficile de voir comment on nous prépare à une confrontation majeure avec les Russes, rien qu'à regarder la campagne « élargissement de l'OTAN » actuellement en cours : premièrement, ce fut le minuscule Montenegro, ce lieu idéal pour une conflagration est-ouest. Maintenant, c'est la Macédoine, où un référendum sur un changement de nom a péniblement recueilli 35% des voix, alors que, pour être décisif, il lui fallait en obtenir plus de 50%. Mais, pour les OTANocrates,  les règles sont faites pour être violées : le changement de nom a néanmoins été déclaré officiel et la route est ainsi pavée pour que le nouvel « état » devienne membre de l'OTAN, à présent que la Grèce n'y mettra plus son veto.

J'ai écrit  pas mal de choses sur la Macédoine peu avant le 9/11, et s'il y eut jamais une poudrière prête à sauter sur des conflits ethnico-politiques, c'est ce pays auquel George Soros  s'intéresse aussi avidement. Les divisions y reflètent le champ de bataille tribal de l'Ukraine, de la Moldavie, du Montenegro et de tout le corridor qui encercle la Russie, des Balkans à la Baltique, là où la sphère slave byzantine rencontre l'Union Européenne. Cette collision civilisationnelle pourrait très bien finir en IIIe guerre mondiale. Une petite bévue, des intentions mal interprétées, un doigt trop nerveux sur la gâchette, et... BRAOUM !

C'est dur, pour un état, d'avoir une politique étrangère - ou plutôt de changer une politique de longue date - quand il est au milieu d'une révolution. Et c'est précisément là où nous en sommes aujourd'hui. La présidence Trump représente un changement radical dans la manière dont les USA se voient et voient la position qu'ils occupent dans le monde : une réévaluation totale de notre excessive présence internationale est en cours. L'establishment geint sur son « ordre libéral international » en danger, prétendant que la seule alternative est le chaos : pourtant, les monstruosités supranationales que sont l'U.E. et l'OTAN - chevilles ouvrières de cet « ordre » - n'ont fait qu'accroître les chances d'un conflit majeur. L'expansion de plus en plus agressive des deux monstres n'est certes pas un signe annonciateur de paix.

Les révolutions sont des affaires très compliquées, et celle-ci ne fait pas exception. Il est sûr que la lutte pour le pouvoir au sommet aura des conséquences que nul ne peut ni prédire ni contrôler. Cette révolution-ci, occupée à démanteler l'architecture de la guerre froide, qui a façonné notre politique étrangère depuis la fin de la IIe guerre mondiale, ébranlera notre monde, même si on espère malgré tout pouvoir éviter les violences qui accompagnent généralement ces sortes d'affaires.

Si ce n'avait été Trump, un autre se serait attelé à renverser les idoles de la guerre froide pour ouvrir la porte à l'ère nouvelle. Parvenu au bout de sa longe financière, après s'être empoisonné aux prétentions impériales, le pays en a fini avec l'internationalisme. La seule question qui se pose à présent est : quelle forme prendra le nouveau nationalisme américain ?

Justin Raimondo

(*) NOTE SPÉCIALE À MES LECTEURS : J'ai eu grand mal à écrire cet article à cause des extrêmes nausées dues à ma chimiothérapie. C'est pourquoi je ne prends qu'un moment pour vous rappeler que  notre campagne de collecte de fonds vient juste de démarrer et que la seule manière dont vous pouvez soutenir mon travail est d'aider Antiwar.com.

Article original : Anti War

Traduction: Les Grosses Orchades

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