Les ministres désertent Macron en série

22-09-2018 mondialisation.ca 7 min #145987

Deux mois après que la CGT ait sifflé la fin de la lutte des cheminots contre la casse de leur statut par le gouvernementMacron et que celui-ci ait crié victoire, les annonces de départ se succèdent. Le gouvernement et le parti présidentiel La République en Marche (LREM) sont en déliquescence, et de puissantes sections de la bourgeoisie pensent tout haut à des mécanismes pour écarter Macron et construire un gouvernement alternatif.

Après la démission du numéro trois du gouvernement, le ministre de l'Écologie Nicolas Hulot, puis de la ministre des Sports Laurence Flessel, c'est le numéro deux du gouvernement, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb qui annonçait le 18 septembre son départ pour après l'élection européenne de mai 2019.

La presse, qui annonça ensuite le départ de deux de ses proches collaborateurs au ministère de l'Intérieur, Jonathan Guémas et Jean-Marie Girier, présente Collomb comme un ministre en sursis. Le Monde qualifie ce ministère stratégique de «ministère en déshérence» et décrit les réactions atterrées de hauts responsables de la police. «Rarement aura-t-on vu exercice d'auto-parasitage aussi abouti. La communication de Gérard Collomb futur candidat à la mairie de Lyon est venue brouiller le message de Gérard Collomb ministre de l'intérieur», commente-t-il le 19 septembre.

Plusieurs autres ministres ont annoncé qu'ils ne resteraient pas. Stéphane Berne, le ministre du Patrimoine ne veut rester que jusqu'à la fin de l'année, pour ne pas être un «pantin» et un «cache-misère». Il critiquerait une loi qui permettra «de détruire des quartiers entiers, protégés, sous prétexte qu'ils sont vétustes et dégradés».

Des membres de premier plan du gouvernement ont évoqué le même motif de départ que Collomb pour annoncer le leur. Gérald Darmanin, responsable du budget doit retourner à Tourcoing, Marlène Schiappa chargée de l'égalité hommes-femmes au Mans, Sébastien Lecornu secrétaire d'État à l'écologie à Vernon, et Mounir Mahjoubi, secrétaire au numerique veut se présenter à Paris, tout comme le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Christophe Castaner, le chef de LRM veut être candidat à Marseille. S'ils veulent etre maires, ils devront tous partir dans moins d'un an.

L'Obs note que «le scrutin municipal pourrait offrir une porte de sortie à certains ministres».

La députée des Hauts-de Seine, Frédérique Dumas une des plus chevronnées de LREM, avait claqué la porte le 16 septembre disant qu'elle avait «le sentiment d'être sur le Titanic». Elle a rejoint l'UDI et le club de l'ex-dirigeant LR, Xavier Bertrand, La Manufacture.

Deux mois après que les syndicats ont signé la casse du statut des cheminots et de privatisation de la SNCF la victoire qu'ils ont donnée à Macron contre les ouvriers en lutte, a tous les traits d'une victoire à la Pyrrhus. Elle a l'a en fait révélé comme un gouvernement sans réelle base sociale et sans légitimité. Selon un sondage Elabe en août, seulement six pour cent des Français estiment que la politique de Macron améliore leurs vies. L'absence de soutien populaire coûte à Macron une bonne partie de ses troupes.

«'Président cherche parti pour le défendre'. Telle pourrait être la petite annonce déposée par Emmanuel Macron», ironise Le Monde avant d'écrire: «Les troupes macronistes, censées protéger l'exécutif, sont le plus souvent inaudibles. Voire invisibles». Le journal cite un dirigeant LREM, pour qui «sur les 403.000 adhérents revendiqués, seuls 70.000 seraient aujourd'hui 'des militants actifs'».

Les médias s'interrogent ouvertement sur la capacité de Macron de mettre en œuvre les réformes annoncées. Ces départs remettent effectivement ces réformes en question, alors que l'aristocratie financière compte prendre des centaines de milliards d'euros à la classe ouvrière pour financer ses préparatifs de guerre. Les politiciens annonçant leur départ sont en charge de secteurs cruciaux comme le budget, les questions sociales et la sécurité intérieure.

Dans le cadre de l'Affaire Benalla, une collection de partis allant du LFI de Mélenchon au RN (ex-FN) en passant par LR avaient déjà, en juillet de cette année, mis le gouvernement sous forte pression et l'avait en partie déstabilisé.

L'Affaire Benalla démontre qu'au sein de la classe politique actuelle, il n'y a aucun camp plus à gauche ou moins hostile envers les droits démocratiques. LFI, LR et le RN ont réagi à la publication d'une vidéo où le proche de Macron, Alexandre Benalla tabasse illégalement des manifestants pacifiques à Paris le 1er mai, non en défendant dls manifestants, mais en se faisant partisans de la grogne policière contre Macron. Tout indique que de puissantes fractions de la bourgeoisie miijotent une révolution de palais pour faire sauter le gouvernement Macron.

Ces efforts ont recommencé ces deux dernières semaines avec les auditions par le Sénat de collaborateurs de Macron au centre de l'affaire. Benalla, entre-temps licencié par l'Elysée, s'était d'abord refusé à se présenter à l'audition, avait jugé la commission «illégitime» et traité son président, le sénateur LR Philippe Bas, de «petit marquis». Une semaine après, il se confondait en excuses et s'aplatissait devant l'institution disant son «regret profond» pour ce qu'il avait dit, insistant pour «présenter ses excuses».

L'Élysée a réagi agressivement aux auditions de ses ex-collaborateurs, accusant le Sénat d'outrepasser son rôle, de vouloir usurper des pouvoirs qu'il n'a pas et de se servir des auditions pour attaquer le président politiquement. Les 22 sénateurs LREM ont boycotté les auditions, disant que c'était plus une «opération de communication qu'une recherche effective de la vérité».

De même, lors d'une attaque de la commission d'enquête du Sénat, le secrétaire d'État aux Relations avec le Parlement et chef de LREM Chritophe Castaner avait, le 14 septembre, accusé ses membres de vouloir atteindre le chef de l'État.

Il a aussi révélé, toutefois ce qui doit se discuter dans les hautes sphères de l'État et de la classe politique: «Si certains pensent qu'ils peuvent s'arroger un pouvoir de destitution du président de la République, ils sont eux-mêmes des menaces pour la République».

Il a évoqué une situation sans précédent dans la Ve République que personne n'avait soulevée jusque-là, à savoir la destitution de Macron: «Une commission d'enquête qui aurait des ambitions politiques et penserait qu'elle pourrait jouer de ses fonctions de contrôle du gouvernement pour faire tomber un président de la République commettrait une faute constitutionnelle.»

Prenant les propos de Castaner au sérieux, Le Monde les discuta dans un article du 15 septembre. Le journal avançait en même temps une proposition de solution: «Seul un cas de destitution est possible. Selon l'article 68 de la Constitution, 'le président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat'. Cette destitution étant 'prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour'.»

Francis Dubois

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