Idleb outragée ! Idleb brisée ! Idleb martyrisée ! Mais..!

20-09-2018 legrandsoir.info 14 min #145901

Mohamed EL BACHIR

« La France n'est plus ce qu'elle était, j'ai les larmes aux yeux. » (1) (17/08/2018) Mohamed El Bachir

Une politique internationale française fondue dans l'Otanie (2)

Le 4 septembre 2018 en visite à Abou Dhabi, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian conseillait, à qui veut bien l'entendre, de laisser la porte « ouverte à la négociation » pour éviter une situation dramatique dans la province d'Idleb, tout en ajoutant que « le régime de Damas et ceux qui le soutiennent ont le sentiment d'avoir gagner la guerre. » Sans doute inspiré par l'environnement wahhabite, le chef de la diplomatie française philosopha en exprimant une banalité :« on ne gagne jamais une guerre si on ne sait pas gagner une paix. » (3)

Passons sur le crime de guerre qui se déroule au Yémen à huis-clos avec l'appui de l'Otan mais on ne peut passer sous silence la pauvreté de la diplomatie française parce que sous tutelle du chef suprême, résidant à la Maison blanche. Il indique la route et on obéit. Une diplomatie au service de l'Empire américain et de l'État d'Israël que les collègues français anciens et actuels de J.Y Le Drian, toutes sensibilités politiques confondues, ont déjà étalée au grand jour.

De mémoire, citons quelques uns.

1°) L'ancien premier ministre, M. Valls : « Le pouvoir, en Arabie saoudite comme au Qatar, lutte contre Daech, ça c'est incontestable... » (4)

2°) L'ancien ministre des affaires étrangères, L. Fabius. Selon le directeur de la rédaction de Radio Shalom, Bernard Abouaf « L.Fabius, ministre des Affaires etrangères, nous a révélé qu'il avait personnellement soumis au ministre israélien des affaires stratégiques, Yal Steinitz, le projet d'accord sur le nucléaire iranien. » (5) Et la taupe du quai d'Orsay tel un inquisiteur condamna le président syrien en des termes sans équivoque « Bachar El Assad ne méritait pas de faire partie de ce monde. » (6)tout en discernant un satisfecit aux « gars du Front el-Nosra... »

3°) « Le meilleur d'entre nous » : A. Juppé

Pour justifier la destruction de l' Etat souverain libyen et l'assassinat de son président, l'ancien ministre des Affaires étrangères sous la présidence de N. Sarkosy expliqua qu'« il a fallu prendre des libertés par rapport à la loi internationale. (7)

Mais ce n'est pas grave puisque le président E.Macron reconnaît que l'Etat français « a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions ? Des États faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes » (8).

A supposer que l'Etat français n'était pas en service commandé ''otanien'' au côté de l'Angleterre, on est tenté de répliquer au président E.Macron qu'en géopolitique constater est facile mais prévoir n'est pas à la portée de tout le monde. Aussi jurer ne pas vouloir « de cela en Syrie » (8)tout en obéissant au chef suprême de l'Otan, manque de sérieux. Un manque que le méa-culpa présidentiel ne peut masquer.

A n'en pas douter, les couloirs empruntés par la diplomatie française depuis, surtout, la présidence N.Sarkosy dévoilent...

Les secrets des coffre-forts des monarchies wahhabites : une géopolitique française au service de l'impérialisme américain et de l'Etat d'Israêl

Nul besoin d'être expert pour constater que les propos du premier ministre de F.Hollande, M.Valls, cités ci-dessus, contredisent la réalité sur le terrain géopolitique arabe. Dès 2012, le gouvernement irakien annonça détenir « des preuves que ses voisins qatariens alimentent en argent les terroristes du goupe Jabhar al -Nosra, émanation syrienne d'El Qaida. » (9)

De toute évidence, le président F. Hollande n'en a pas tenu compte puisque à l'automne 2012, ce dernier « aurait confirmé les opérations clandestines engagées entre les services français et quatariens en appui à l'opposition syrienne. » (9)

Evidemment, pour l'Elysée et le Quai d'Orsay, la France aide une opposition modérée, de surcroît blanchie par des Casques blancs. Des Casques blancs dont le président Raed al-Salehfut reçu en 2016 et à l'Assemblée nationale et à l'Elysée. Ce qui n'a pas empêché l'Allemagne de refuser d'accueillir des membres des dits Casques blancs évacués de Syrie en juillet 2018 et les Pays Bas d'annoncer avoir mis fin à leur soutien à ces derniers et aux rebelles. (10)

La cause : Les Casques blancs ont des liens étroits avec les organisations terroristes avec le soutien logistique et médicale israélien.

Et du côté de la Monarchie saoudienne ?

Bandar Ben Sultan, secrétaire général du Conseil de sécurité nationale de l'Arabie saoudite puis responsable des services de renseignement (2005-2012) « et d'autres Saoudiens ont assuré à la Maison blanche qu'ils surveillent de très près les fondamentalistes religieux. Leur message était le suivant : ''Nous avons créé ce mouvement, et nous pouvons le contrôler. Ce n'est pas tant que nous ne voulons pas que les salafistes lancent des bombes, ce qui nous importe sur qui ils les lancent sur le Hezbollah, Moqtada al-Sadr, l'Iran et les Syriens, si ces derniers continuent de travailler avec le Hezbollah et l'Iran.' » (11)

C'est insulter le ministre des Affaires étrangères J.Y Le Drian que de supputer qu'il ignore tout cela. Ceci d'autant plus qu'il a, à sa portée,un rapport du directeur du renseignement intérieur et du service antiterroristes, Bernard Squarcini (2008-2012). Ce dernier relate avec regret, entre autres détails, qu'« il y a deux ans déjà, les services syriens m'avaient effectivement proposé une liste des Français combattant en Syrie. J'en avais parlé à mon ancien service qui en a rendu compte à Manuel Valls. La condition des Syriens était que la France accepte de coopérer avec leurs services de renseignements. On m'a opposé un refus pour des raisons idéologiques. » (12)

C'est également pour des raisons idéologiques que l' Etat français a reçu le libyen « Abdelhakim Belhadj, un homme d'affaires, djihadiste et milliardaire. » (13)Un djihadiste que l'ancien premier Ministre espagnol Aznar soupçonna d'être le commanditaire de l'attentat de la gare d'Attocha en 2005 !

Désormais, il faut beaucoup d'effort à J.Y Le Drian pour être pris au sérieux par les syriens, les libanais, les russes et les iraniens. Car les dirigeants de ses pays pensent ce que le principal porte-parole des forces armées iraniennes a déclaré :« nous n'avons pas totalement confiance en le sérieux des français dans leur lutte contre Daech et donc toute coopération avec la France ou avec d'autres pays européens doit être soumise à certaines particularités. La France doit prouver qu'elle est sérieuse dans la lutte contre le terrorisme. » (14)

Et la souveraineté politique de l'Etat français est une condition nécessaire pour que sa politique internationale de lutte contre le terrorisme soit prise au sérieux...

Et la logorrhée du ministre des Affaires étrangères n'est pas suffisante pour faire souverain.

L'absence de confiance dans la politique étrangère française n'empêche pas J.Y.Le Drian de ''conseiller'' aux présidents Bachar el Assad, W. Poutine et H.Rohani 'd'abord un cessez-le-feu' suivi d' un processus qui éviterait « les risques aujourd'hui présents à Idleb ». Car, pour Le Drian, « il ne faudrait pas risquer de disperser les milliers de soldats du djihad réfugiés dans la ville » puisque « il y a un risque sécuritaire dans la mesure où dans cette zone se trouvent beaucoup de djihadistes, se réclamant plutôt d'Al-Qaïda, qui sont entre 10 000 et 15 000 et qui sont des risques pour demain, pour notre sécurité. » (15)

Selon les informations données par la Russie, l'Iran et la Syrie, Idleb abrite entre 50000 et 60000 djihadistes. Mais ce qui est surprenant dans les propos du ministre des Affaires étrangères français ce n'est nullement l'estimation du nombre mais la présence de groupes terroristes dont la filiale d'El Qaida et point d'opposition modérée à Idleb. Quant au « cessez-le-feu » et « ouvrir la porte au négociation » le ministre ne précise pas : qui négocie et avec qui ?

C'est le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bahram Ghassemi qui semble répondre aux ''soucis humanitaires'' des chancelleries occidentales en déclarant :« nous sommes absolument déterminés à résoudre la question d'Idleb de façon à ce que la population ne souffre pas et qu'il n'y ait pas de victimes. » (16)

Mais sans pudeur, le ministre des Affaires étrangères français pointe « des risques pour demain, pour notre sécurité » (15), celle de l'Europe s'entend et donc ce dernier prône en fait le statu-quo. Souhaité également par le président turc, ce statu-quo met en lumière les limites de l'engagement du frère musulman Erdogan contre les organisations terroristes. Et tant pis pour la majorité de la population syrienne qui aspire, toutes confessions confondues, à la paix dans un Etat souverain débarrassé des alliés infréquentables des monarchies du Golfe,des puissances occidentales, de l'Etat d'Israël et de la Turquie.

Et se croyant encore maître du jeu, puissances occidentales et Monarchies wahhabites dictent leurs conditions : L'Etat syrien doit couper ses relations militaires avec l'Iran et la Résistance libanaise...Autrement dit, les objectifs stratégiques des puissances occidentales, de l'Etat d'Israêl et de la monarchie wahhabite n'ont pas changé : l'Iran et la résistance arabe dont le Hezbollah libanais sont toujours en ligne de mire...

Pour conclure, qu'il me soit permis de terminer de paraphraser le Général de Gaulle : Idleb sera libérée !

M. El Bachir

(1)  monde-diplomatique.fr

(2) Régis Debray : " Erreur de calcul ". Monde diplomatique (Octobre 2014)

(3)  lexpress.fr

(4)  agoravox.tv

(5)  oumma.com

(6)  francetvinfo.fr

(7)  netafrique.net

(8)  https://www.bfmtv.com/politique/macron-previent-que-la-france-pourra-frapper-seule-en-syrie-  1191659.html

(9) C.Chesnot et G.Malbrunot:Qatar. Les secrets du coffre-fort. Edition : Michel Lafont (pages 206, 209)

(10)  francais.rt.com

(11)  questionscritiques.free.fr

(12)  lefigaro.fr

(13)  parismatch.com

(14)  archive.almanar.com.lb

(15)  francais.rt.com

(16)  french.almanar.com.lb

 legrandsoir.info

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