Des «chants pro-Saddam» à Alger provoquent une tornade politico-médiatique à Bagdad

19-09-2018 mondialisation.ca 7 min #145851

Alors que les députés irakiens élus aux législatives du 12 mai dernier s'apprêtaient - enfin - à élire le président sunnite du Parlement, des « chants pro-Saddam Hussein » entonnés dans la banlieue d'Alger par les supporters d'un club de football local opposé à une équipe irakienne, ont provoqué une mini-crise diplomatique entre les deux pays. Ceci explique sans doute cela...

Heureusement que le ridicule ne tue pas, il ferait des victimes au sein de la maffia qui manipule l'opinion publique à Bagdad. Selon les médias irakiens, « des chants à la gloire du président Saddam Hussein et des insultes contre les chiites » auraient rythmés, le 9 septembre dernier, la rencontre entre l'USM Alger et le club des Forces aériennes irakiennes, jouée au stade de Bologhine (ex-Saint Eugène) dans le cadre de la Coupe arabe des clubs champions.

En fait de « chants », il s'agissait uniquement de « Allah Akbar, Saddam Hussein » scandés pour déstabiliser l'équipe adverse. L'écoute de la vidéo du match - retransmise dans le monde arabe - ne contient aucune offense de nature religieuse.

Des stades défouloirs

Les stades algériens sont connus pour être des défouloirs. Il n'est pas rare que le son des retransmissions soit coupé lorsque les supporters algériens s'en prennent au système Bouteflika. A l'international, ils n'hésitent pas, non plus, à mettre les pieds dans le plat : en 2012, ils ont traité les joueurs d'une équipe libyenne de « rats », terme employé par le colonel Kadhafi pour stigmatisé ses opposants ; en décembre 2017, une gigantesque banderole a été déployée dans la tribune du stade d'Ain M'lila sur laquelle était accolées les moitiés des visages du roi Salman d'Arabie saoudite et de Donald Trump, sur fond de mosquée al-Aqsa, avec pour légende : « Two faces of the same coin » (Les deux faces d'une même pièce). Ils dénonçaient ainsi à leur façon le soutien apporté par les Saoudiens au transfert de l'ambassade US à Jérusalem.

Menés 1-0, les footballeurs ont quitté le terrain à la 70ème minute. Ayant perdu au match aller à Kerballa, leur club était de toute façon éliminé de la Coupe arabe. On aurait pu en rester là. Mais, le ton est monté quand le chef de la délégation irakienne a traité les supporters de « barbares » et de « racistes. Un autre membre de dire que l'Algérie  « a ramené Daech en Irak », puis quand des rues portant des noms de villes algériennes ont été débaptisées.

Chiisme sous surveillance

En Algérie, Saddam Hussein - comme Gamal Abdel Nasser - est populaire. Lors de la Première guerre du Golfe, le FIS (Front Islamique du Salut) a ouvert des bureaux pour recruter des volontaires pour soutenir l'Irak. Après l'invasion américaine de 2003, des Algériens ont participé aux combats de la résistance irakienne. Arrêtés, certains croupissent encore dans les geôles du régime de Bagdad, condamnés pour être entrés « illégalement » dans le pays.

Mais il ne faut pas se méprendre : l'Imam Khomeiny est également très populaire en Algérie. En août 2008, le président Bouteflika a écrit sur  le livre d'or de son mausolée que les « actes et paroles » de l'Imam « restent une lumière qui guident les hommes épris de justice et qui œuvrent à la répandre ». Cela dit, il faut aussi savoir que le ministère algérien des Affaires religieuses s'efforce d'enrayer, tant bien que mal, la propagation du chiisme, en progression constante depuis la Révolution islamique iranienne.

Les Algériens de confession chiite sont étroitement surveillés. En novembre 2017, plus de 400 d'entre eux  ont été arrêtés à l'aéroport d'Alger. Les autorités leur reprochaient d'être allés célébrer l'Achoura en Irak et en Iran (commémoration du martyr de l'Imam Hussein- petit-fils du Prophète - et de ses 71 compagnons en 680, à Kerbala).

Quelques personnalités algériennes sont viscéralement anti-iraniennes, comme Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre (1991-92) ou, dernièrement, Anissa Boumediene, veuve de l'ancien président algérien, présente à Auvers-sur-Oise (banlieue parisienne) à un meeting organisé par les  Moudjahidine du peuple (OMPI). Qu'aurait pensé le Président Houari Boumediene de  l'hommage rendu par son épouse à Maryam Radjavi, chef d'une organisation soutenue « par les Israéliens, les Américains et quelques Arabes sionisés, ainsi que par la France qui l'accueille », s'est interrogé l'attaché culturel iranien à Alger sur son compte Twitter ?

Les slogans scandés à Bologhine n'ont aucun rapport avec la situation intérieure en Irak du temps où le Baas était au pouvoir, mais avec le souvenir choquant de la parodie de procès intenté à Saddam Hussein et surtout avec sa pendaison le jour sacré de l'Aïd. Avoir voulu en faire une affaire d'Etat en Irak était stupide et contre-productif. Qui peut croire qu'une campagne médiatique anti-algérienne va redorer le blason d'une classe politique irakienne discréditée, et étouffer les cris de colère des manifestants anti-gouvernementaux à Bassora et dans le sud chiite ?

Gilles Munier

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