Désastre écologique : quand le gouvernement dénonce... le capitalisme !

12-09-2018 legrandsoir.info 15 min #145566

Fadi KASSEM

Un constat lucide sur les désastres causés par le capitalisme...

« Le modèle économique sur lequel repose notre société, hé bien il ne fonctionne pas. Ce n'est pas qu'un constat » ; « Cette économie sur laquelle repose le système capitaliste comme aujourd'hui, on extrait toujours plus de ressources de la planète pour produire toujours plus de produits qui finalement finissent eux-mêmes généralement au fond d'un trou, et bien ce n'est plus le modèle économique qui convient. »

Marx ? Lénine ? Un « illuminati » ? Un « complotiste » ? Vous n'y êtes pas : Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, invitée sur RTL le 1er août 2018 [1]. Difficile en effet de nier l'évidence, au moment où un nouveau (tragique) record est atteint au sujet de la date de dépassement de la consommation des ressources de la planète sur une année, date qui ne cesse d'intervenir plus tôt chaque année ; précisons au passage que pour la France, la date de cette année est le 29 mai (date ô combien symbolique !) [2]. On ne compte plus pourtant le nombre d'articles et de dossiers consacrés aux dérèglements climatiques (et pas le seul réchauffement qui est l'un des symptômes les plus éclatants), à l'instar du très bon numéro intitulé « Environnement, climat : désordres et combats », publié par le bimensuel Manière de voir en 2015 [3]. De même, on ne dénombre plus les cris d'alarme poussés par les médias à la recherche de « solutions » [4], les experts dont les conseils permettent toujours d'assurer un bon audimat sans que leurs paroles soient prises en compte [5], et les... politiques, comme Jacques Chirac qui prononça sa célèbre formule au sommet de la Terre de Johannesburg - au point de provoquer le courroux du chien de garde David Pujadas qualifiant les propos du chef de l'Etat de l'époque de « franchement tiers-mondiste »... : « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas pour les générations futures celui d'un crime de l'humanité contre la vie. » [6]

L'émission 28 Minutes, diffusée sur Arte, a proposé un numéro spécial le 2 août 2018 à ce sujet [7]. Adoptant un ton dramaturgique (justifié), l'émission reprend le discours de Chirac et les propos de Poirson, avant que le journaliste Claude Askolovitch brise un tabou et pose cette terrifiante question : « Est-ce que pour sortir de la crise écologique et pour sauver l'humanité, il faut sortir du capitalisme ? ».

... entraînant des réponses... capitalistes !

Invité sur le plateau de 28 Minutes, Guillaume Sainteny, consultant et spécialiste des questions environnementales, rétorque aussitôt : « La critique qui a été faite par la secrétaire d'Etat là, ça ne me paraissait pas tellement une critique du capitalisme, plutôt une critique du consumérisme et de l'économie matérialiste ». Nous voilà rassurés : la secrétaire d'Etat n'a pas encore subi les conséquences de la canicule ! Circulez, il n'y a rien à voir dans le capitalisme qui peut continuer de fonctionner ! Mieux : la marcheuse Poirson, qui affirme d'une manière péremptoire « on sort des postures, on sort de la communication » - il est clair que « Make our Planet Great Again » (encore un insupportable propos globish de la part du « président » start-uppeur) ou planter un arbre avec l'ennemi du climat Donald Trump dans le jardin de la Maison Blanche, ce n'est pas de la « communication »... [8] -, justifie son action en prenant le cas de... la réforme de la SNCF du fait des pannes et problèmes survenus à la gare Montparnasse et à la RATP (!) [9] ; c'est bien connu, « rendre plus compétitif et ouvrir à la concurrence » la SNCF sera un puissant levier contre les dérèglements climatiques !

Plus fondamentalement, Brune Poirson affirme être « très fière et très heureuse de faire partie du gouvernement qui est mené par Edouard Philippe ». Elle ne semble donc pas être au courant que ce gouvernement, défenseur acharné du système économique qu'elle dénonce, a renoncé à interdire le glyphosate dans le projet de loi sur l'agriculture et l'alimentation [10], que le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot - marionnette au service de Sa Majesté « Jupiter » - autorise l'importation de l'huile de palme de Malaisie et d'Indonésie dans le but de satisfaire les desiderata de Total [11] et l'exploitation de la zone aurifère de Guyane [12], ou encore ne s'attaque pas réellement aux énergies fossiles contrairement à la promesse de « Jupiter » [13]. De même, la secrétaire d'Etat ignore sans doute que la solution envisagée par le gouvernement pour régler les questions environnementales réside dans la promotion de... la « finance verte », en atteste l'absurde « One Planet Summit » - à se demander si a été élu en 2017 un représentant du tout globish ou un président de la République FRANCAISE... - de décembre 2017, au cours duquel Emmanuel Macron a encore fait étalage de son ego surdimensionné sans qu'en ressorte une quelconque mesure réellement concrète et efficace [14].

Sortir du capitalisme et de ses vecteurs de malheur

Le bilan de l'ancien animateur d'Ushuaïa et ancien conseiller de... Jacques Chirac, est de fait assez calamiteux [15]. Rien de plus étonnant lorsque l'on appartient à un gouvernement qui ne jure que par l'ordre capitaliste, impérialiste et atlantiste (CIA), dont la préoccupation majeure est de garantir le mode de vie « occidental » et la survie du système capitaliste, au point d'affirmer que les banques et les multinationales vont sauver l'environnement ! Rien d'étonnant non plus lorsqu'on appartient à un gouvernement fanatiquement européiste, alors que l'UE, vecteur privilégié de l'ordre CIA, autorise le glyphosate à tour de bras [16], appuie le rachat de Monsanto par le polluant, et historiquement criminel, (que l'on songe aux gaz des camps de la mort...) groupe chimique allemand Bayer [17], ou encore fait adopter les traités de libre-échange total avec les Etats-Unis et le Canada, le TAFTA et le CETA permettant aux multinationales de poursuivre via des tribunaux privés des Etats aux législations environnementales, sociales et fiscales trop « contraignantes » pour la libre circulation totale des marchandises et capitaux [18]. Et faut-il signaler la grande responsabilité de l'UE dans les incendies désastreux qui ont ravagé la Grèce en cet été 2018[19], après avoir imposé les Diktats austéritaires qui ont détruit les services publics du pays, pompiers en tête [20], le tout orchestré par le traître Tsipras (soutenu par le PCF-PGE...) qui a appliqué à la lettre les « réformes » réclamées par la meurtrière « Troïka » (Commission européenne, FMI et Banque centrale européenne).

Reconnaissons au moins un mérite à Brune Poirson : pointer les responsabilités d'un système économique irréformable et illégitime, le capitalisme - auquel on peut ajouter tous ses vecteurs privilégiés (impérialisme, atlantisme, européisme...) -, à l'origine des catastrophes et dérèglements environnementaux dans le monde. Mais ce n'est certainement pas en appartenant à un gouvernement européiste tenant de l'ordre CIA, en déblatérant la propagande de « bonne conscience verte » (« développement durable », « finance verte », « croissance verte », etc. : autant de chimères assénées à satiété par l'Education nationale, les chiens de garde médiatiques, les dirigeants du MEDEF, etc., pour justifier le maintien du capitalisme destructeur !), en faisant des coups de pub médiatisés que l'on prendra à bras le corps la lutte contre les dérèglements climatiques, ni en promouvant une « autre Europe » ou une « autre mondialisation ». C'est en attaquant radicalement l'ordre CIA et ses vecteurs néfastes, UE en tête, que l'on pourra s'opposer aux multinationales, aux banques, aux dirigeants et autres chiens de garde qui détruisent chaque jour un peu plus notre planète ; en somme, c'est en défendant les quatre sorties, celles de l'UE, de l'euro, de l'OTAN et du capitalisme, que l'on retrouvera les marges de manœuvre indispensables pour faire face aux dérèglements climatiques déjà si avancés. Et sans oublier les propos prophétiques de Karl Marx, qui envisageait le socialisme et l'écologie comme les deux volets d'un même projet [21], dans Le Capital : « La production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production social qu'en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur ».

Fadi Kassem

 initiative-communiste.fr

[1] Voir le lien suivant :

[2] Parmi les nombreux articles disponibles sur ce sujet, voir notamment le lien suivant :  ouest-france.fr

[3] Voir le lien suivant :  monde-diplomatique.fr

[4] Voir le lien suivant :  lalibre.be

[5] Voir notamment le lien suivant :  lecho.be

[6] Voir le lien suivant :

[7] Voir le lien suivant :  arte.tv

[8] Voir le lien suivant :  huffingtonpost.fr On notera la tonalité assez favorable au tyran Macron...

[9] Voir le lien suivant :  lemonde.fr

[10] Voir le lien suivant :  leparisien.fr

[11] Voir le lien suivant :  nouvelobs.com

[12] Voir le lien suivant :  rfi.fr

[13] Voir le lien suivant :  liberation.fr

[14] Voir le lien suivant :  reporterre.net

[15] Voir le lien suivant :  bastamag.net

[16] Voir le lien suivant :  france24.com

[17] Voir le lien suivant :  lemonde.fr

[18] Voir le lien suivant :  reporterre.net

[19] Voir le lien suivant :  lejdd.fr

[20] Voir le lien suivant :  solidaire.org

[21] Voir le lien suivant :  monde-diplomatique.fr

 legrandsoir.info

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