Campagne électorale du Brésil: La « Gauche » en prison, l' « extrême droite » à l'hôpital

10-09-2018 mondialisation.ca 8 min #145468

Le Brésil connaît présentement une campagne électorale unique et quasi invraisemblable.

Le 31 août le Tribunal supérieur électoral a remis sa décision sur la légitimité de la candidature de Luiz Inacio da Silva (Lula). Le jugement était clair, Lula ne pourra être candidat à la présidentielle afin de briguer un troisième mandat. Ce jugement est survenu au moment même où Lula était nettement en avance dans les sondages pour devenir le prochain président du Brésil (39% des Brésiliens auraient voté pour Lula).

L'ex-président brésilien (2003-2011) emprisonné pour fraude avait certes haussé sa popularité auprès des électeurs. Plusieurs manifestations ont eu lieu un peu partout au pays alors que ces partisans exigeaient sa libération: il serait en réalité un « prisonnier politique ». Certains ont comparé Lula au plus vieux prisonniers politique devenu président en Afrique du Sud, Nelson Mandela. En 2003 les médias ont dépeint Lula comme le « Mandela brésilien » plutôt que de le décrire comme le président de gauche.

Affiche d'une manifestation en faveur de la libération de Lula : « Non à l'emprisonnement de Lula sous le coup d'état«.

« L'image de Lula a davantage à voir avec celle de Nelson Mandela qu'avec celle de Fidel Castro, une manière de mettre sa misère passée au service de la réconciliation plutôt que de la revanche, de vouloir incarner l'espoir ». (Le Monde, le lundi 17 février 2003)

Lula se décrit comme un président qui a opté pour des politiques axées sur la « Faim zéro, l'analphabétisme zéro, les favelas zéro » et il continue à clamer son innocence. En juillet 2018, à l'occasion du centenaire de Mandela, l'équipe de son parti (PT) comparait Lula au leader sud-africain avec celle de l'ancien dirigeant syndical devenu président.

« Lula comme Mandela est un prisonnier politique ». Incarcéré, » il devrait avoir droit de faire sa campagne pour la présidence. « Lula, l'homme qui pourrait sauver le Brésil de sa prison ».

Cependant on oublie  le rôle de Lula dans l'application des politiques néolibérales en accord avec les créanciers internationaux et ses liens amicaux avec les États-Unis de Bush. Selon le FMI Lula fut « le meilleur président du Brésil » (1). Par ailleurs, en  2006, Lula accepta de payer la dette et de continuer à appliquer les politiques d'austérité.

Je suis enthousiaste [avec l'administration de Lula]; mais il vaut mieux dire que je suis profondément impressionné par le président Lula. Le FMI écoute le président Lula et l'équipe économique, et c'est notre philosophie, bien sûr, au-delà du Brésil.

(Le directeur du FMI, Heinrich Koeller, Conférence de presse, 10 avril 2003)

 imf.org

Avec l'exclusion de Lula, le candidat d'extrême droite qui arrivait second dans les sondages est ainsi devenue le candidat favori. Si la popularité de Lula a pris de l'ampleur avec son emprisonnement, Jair Bolsonaro risque d'augmenter davantage sa popularité après l'agression du 6 septembre. En effet Bolsonaro a été victime d'une attaque au couteau lors d'un rassemblement dans le cadre de sa campagne.

« Jair Bolsonaro, candidat d'extrême droite à la présidentielle,  poignardé en plein meeting «...

Il a dû être transporté immédiatement à l'hôpital à Sao Paulo. Hors de danger, il ne pourra pas cependant récupérer assez vite pour faire activement sa campagne. De son lit d'hôpital il poursuivra sa propagande électorale, puis il sera autorisé à faire sa campagne via les médias sociaux alors que plusieurs représentants de son parti (PRTB) vont faire campagne dans la rue en son nom (comme le candidat à la vice-présidence le Général Hamilton Mourão, ses fils, etc.).

Figure de Bolsonaro devant l'hôpital Albert Einstein. (Capture d'écran,  source: Isabel Fleck/Folha Press)

Ce candidat décrit comme quelqu'un de raciste et prônant la violence devient tout à coup « la victime de la violence ». « Pauvre Bolsonaro! »

Cette histoire peut paraître incroyable à l'heure actuelle alors que cet incident criminel transforme de nouveau la campagne électorale dans un tourbillon d'imprévisibilités. Le scénario électoral est de plus en plus incertain.

Les résultats de la campagne pour la présidence peuvent encore nous révéler des surprises. Cependant il demeure certain que le prochain gouvernement va faire prévaloir le néolibéralisme, soit la continuité des politiques macro-économiques depuis le début de l'administration Lula. On peut déjà prévoir que peu importe le gouvernement élu, le prochain président et son équipe va répondre non seulement aux exigences de Wall Street et du FMI, mais de la Maison Blanche et du Secrétaire d'état US. Le fondement même pourrait être la dollarisation mis de l'avant par le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso (1995-2003). Depuis la fin du régime militaire en 1984, l'histoire brésilienne a démontré que les gouvernements qui se sont succédés n'ont pas mis un terme aux exigences des créanciers. Gouvernement de la « gauche progressiste » ou gouvernement autoritaire de l'extrême-droite... il n'y aura pas de rupture avec les fondements du néolibéralisme sous le dictat des créanciers internationaux...

C'est la course électoral vers le néolibéralisme de Wall Street!

Micheline Ladouceur

(1)Le FMI et la Banque mondiale ont complimenté Lula pour son engagement à respecter « les fondamentaux de l'économie ». Selon le FMI, le Brésil est sur la « bonne voie ». La Banque mondiale a aussi loué le gouvernement brésilien en déclarant que « le Brésil poursuit un programme social audacieux avec une politique fiscale responsable ». « I am enthusiastic [with Lula's administration]; but it is better to say I am deeply impressed by President Lula, indeed, and in particular because I do think he has the credibility which often other leaders lack a bit, and the credibility is that he is serious to work hard to combine growth-oriented policy with social equity. This is the right agenda, the right direction, the right objective for Brazil and, beyond Brazil, in Latin America. So, he has defined the right direction. Second, I think what the government, under the leadership of President Lula, has demonstrated in its first 100 days of government is also impressive and not just airing intention how they work through the process on this huge agenda of reforms. I understand that pension reform, tax reform is high on the agenda, and this is right. « The third element is that the IMF listens to President Lula and the economic team, and that is our philosophy, of course, beyond Brazil. (IMF Managing Director Heinrich Koeller, Press conference, 10 April 2003, emphasis added.

Vidéo sur la course présidentielle de Bolsanero.

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