Exposition sur le blocus de Gaza : des robes de mariées aux jouets pour enfants...

21-08-2018 chroniquepalestine.com 9 min #144779

Les vélos pour enfants sont aujourd'hui interdits à l'importation dans Gaza - Photo : Al-Jazeera/Hosam Salem

Farah Najjar & Hosam Salem - Plus d'un millier d'objets dans l'exposition attirent l'attention sur le « suffocant » siège de Gaza - qui abrite deux millions de personnes - imposé par Israël.

Des fournitures scolaires, du matériel médical, des générateurs et même des vélos pour enfants - ce ne sont là que quelques-uns des articles présentés dans une nouvelle exposition dans la bande de Gaza, montrant plus de 1000 « produits de base » interdits dans l'enclave côtière.

Des propriétaires d'entreprises, des responsables du commerce et plusieurs organisations non gouvernementales ont assisté à l'événement jeudi, qui a coïncidé avec la décision israélienne de  bloquer l'approvisionnement en carburant et en gaz dans le territoire assiégé.

« Nous voulions mettre en évidence les souffrances de la population de Gaza », a déclaré Jamal al-Khoudary, député palestinien et chef du  Comité populaire pour mettre fin au siège de Gaza, le groupe organisateur de la manifestation.

« Nous voulions montrer au monde tous les objets usuels qu'Israël a interdits d'entrer dans la bande », a déclaré Khoudary à Al Jazeera - Photo : Al-Jazeera/Hosam Salem

Lors de l'exposition dans la ville de Gaza, des articles tels que des robes de mariée, des éponges, des biberons et des couches sont également exposés - tous interdits d'entrée à Gaza depuis qu'Israël a coupé l'approvisionnement en marchandises le mois dernier, en scellant partiellement le Karem Abu Salem, connu sous le nom Kerem Shalom par les Israéliens, un passage commercial avec la bande de Gaza.

La fermeture de ce passage vital le 9 juillet n'a permis que le transfert de besoins humanitaires tels que le gaz de cuisson, le blé et la farine vers Gaza, a déclaré le mois dernier à Al Jazeera un responsable chargé de coordonner le transport des marchandises.

Mais après la décision toute récente d'arrêter également le flux de carburant et de gaz de cuisson, les habitants de Gaza s'attendent à faire face à des circonstances encore plus dures.

« La fermeture de la traversée de Karam Abu Salem a été dévastatrice », a déclaré à Al Jazeera Waleed al-Hosary, chef de la Chambre de commerce de Gaza.

« Maintenant, ils [Israël] ont interdit le carburant, le gaz et aussi l'essence. Alors que nous reste-t-il ? »

Les biberons et les couches sont également parmi les articles qui ont été interdits d'entrer dans Gaza - Photo : Hosam Salem/Al Jazeera

Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a déclaré que la fermeture du terminal et l'interdiction récente des cargaisons de carburant et de gaz constituaient une mesure de rétorsion contre les Palestiniens qui incendient les terres israéliennes.

Ces derniers mois, les Palestiniens de Gaza ont renouvelé leurs protestations contre le blocus naval, aérien et terrestre, ainsi que leur exigence du droit droit de retourner dans les foyers d'où ils avaient été expulsés en 1948.

Au moins  153 personnes ont été tuées par des tirs israéliens lors des manifestations populaires - surnommées la  Grande Marche du Retour - qui ont eu lieu le long de la barrière avec Israël.

Certains des manifestants ont utilisé des objets enflammés attachés aux  cerfs-volants pour mettre le feu aux terres agricoles juste de l'autre côté de la clôture. Les cerfs-volants incendiaires et les ballons auraient causé des centaines de milliers de dollars de dommages.

Selon M. Khoudary, quelque 3000 camions transportant des fournitures ont été arrêtés à la frontière au cours des deux dernières semaines.

« Tout cela fait partie du plan d'étouffement de Gaza », a-t-il dit. « D'abord, c'était un siège, maintenant, Israël le porte à un nouveau niveau. »

Produits à maquillage, vernis à ongles, coton-tiges sont interdits d'entrer dans Gaza - Photo : Hosam Salem/Al Jazeera

La fermeture affecte également les exportations de Gaza, éprouvant encore plus une économie déjà dévastée et mise à genoux par le blocus vieux de 12 ans.

Quelque 40 à 50 camions transportant des marchandises locales avaient l'habitude de quitter Gaza chaque jour, a déclaré le responsable à la frontière.

Les entreprises locales ont également été durement touchées par le siège.

Hassan Ali Odeh, propriétaire d'une agence de voyages, a déclaré que son activité commerciale était « futile » depuis plus d'une décennie.

Sa compagnie  Ahli Travel and Tours envoyait des gens en Arabie Saoudite pour accomplir le Hajj, un principe central de l'Islam. Mais maintenant, beaucoup de bureaux de son agence sont vides et laissés à l'abandon.

« Je suis plus âgé que l'État d'Israël et j'ai vécu de multiples occupations - des Britanniques aux Égyptiens - et je peux honnêtement dire que rien ne se compare à l'occupation israélienne et à son siège suffocant », dit-il Al Jazeera, la voix brisée

« Le siège nous demande d'arrêter de respirer, de mourir sur place », a ajouté Odeh, parlant de la situation actuelle pour les personnes vivant dans la bande.

« C'est comme si vous priviez un bébé de lait - le bébé mourra, et c'est exactement ce qui arrive à la jeune génération », a-t-il dit.

Depuis le début des rassemblements populaires à Gaza le 30 mars, les tensions entre Israël et le Hamas, le groupe qui administre tant bien que mal le territoire sous blocus, se sont intensifiées.

Le 15 juillet, lors de la plus grande attaque de la journée depuis l'attaque de Gaza en 2014, des raids aériens israéliens ont bombardé une zone surpeuplée,  tuant deux adolescents palestiniens.

Une délégation du Hamas rencontre actuellement des responsables égyptiens et des Nations Unies au Caire dans l'espoir que les pourparlers conduiraient à un cessez-le-feu pour la deuxième fois en l'espace d'un mois.

Pendant ce temps, les organisateurs de l'exposition à Gaza demandent une attention internationale pour faire face à l'aggravation des conditions de vie dans l'enclave côtière.

« Chaque crise humanitaire dans le monde appelle une réponse internationale », a déclaré M. Khoudary. « Nous avons besoin d'une réaction urgente et immédiate ».

3 août 2018 -  Al-Jazeera - Traduction :  Chronique de Palestine

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