El Watan : Ils s'attaquent à la culture et exigent l'application de la charia

12-08-2018 histoireetsociete.wordpress.com 6 min #144550

Les salafistes veulent réoccuper l'espace public en Algérie si l'on en croit cet article d'El watan, tout cela accompagne incontestablement le projet de la CIA de détruire tous les Etats qui constituent plus ou moins une résitance. (note de danielle Bleitrach)

Les scènes vécues dans plusieurs wilayas du pays rappellent à l'esprit des Algériens celles de la fin des années 1980 et début des années 1990. Des groupes, conduits ou actionnés par des salafistes endurcis, mènent l'offensive contre tout ce qu'ils considèrent comme «kofr (impie)» et «obscénité».

Des prières collectives sur la voie publique pour annuler des concerts de musique, guerre engagée contre tout ce qui symbolise la culture et des appels à l'application de la loi du talion... L'islamisme politique n'est pas vaincu. Il s'est visiblement renforcé et tente d'étendre ses tentacules pour contrôler toute la société.

Ce qui se passe depuis quelques jours dans plusieurs régions du pays est un sérieux avertissement. Une alerte à ne pas négliger. Le péril islamiste est de retour. Les scènes vécues dans plusieurs wilayas rappellent à l'esprit des Algériens celles de la fin des années 1980 et début des années 1990. Des groupes, conduits ou actionnés par des salafistes endurcis, mènent l'offensive contre tout ce qu'ils considèrent comme «kofr (impie)» et «obscénité».

Surfant comme à leur habitude sur la misère sociale et le chômage, les islamistes se mettent à l'œuvre en vue d'imposer leur projet obscurantiste. Leur première cible cet été : les galas. Au prétexte que «ce n'est pas une priorité» et grâce à la grave passivité des autorités, ils ont réussi à annuler plusieurs concerts, dont certains sont annuels et avaient l'habitude de drainer des foules nombreuses. Tout a commencé à Ouargla.

Cette wilaya, qui avait connu par le passé plusieurs manifestations des jeunes chômeurs qui exigeaient - sans aucun préalable idéologique - une prise en charge de leurs revendications légitimes, semble être choisie par les islamistes pour lancer leur «croisade» contre la culture. Quelques dizaines des barbus en qamis ont organisé une prière collective devant le centre culturel de la ville pour empêcher un concert de deux chanteurs de raï.

Prière collective contre la chanson «obscène»

Une fois le but atteint, ils se sont filmés en jubilant. La «réussite» de leur première action les a encouragés à la rééditer successivement à Sidi Bel Abbès, à Oran et, jeudi dernier, à Laghouat. Leur modus operandi est toujours le même : des prières collectives sur la voie publique contre «la chanson obscène» à leurs yeux. Ils ne se sont pas limités à cela. Sur les réseaux sociaux, ils intimident, attaquent et insultent même ceux qui critiquent leur diktat. Ces derniers sont aux yeux de ces adeptes du wahhabisme «des laïcs impies».

Outre les concerts, les islamistes s'attaquent aussi à la statue de Aïn El Fouara de Sétif, qui vient juste d'être restaurée après avoir été vandalisée par un homme barbu en décembre 2017. Pour exiger son retrait, ils ont lancé un appel à rassemblement devant le siège de la wilaya de Sétif. Ne trouvant pas d'écho auprès de la population, ils se sont éclipsés, la queue entre les jambes. Et l'action n'a pas eu lieu. Mais ils ne ratent aucune occasion pour remettre en avant leurs idées rétrogrades.

Rien ne les arrête. Profitant de la colère des citoyens d'El Oued après l'assassinat abject d'un estivant à Béjaïa par des parkingeurs clandestins, ils se sont infiltrés pour exiger l'application de la charia et la loi du talion. Pourquoi s'attaquent-ils spécialement à la culture ? Selon le philosophe Smaïl Mehnana, enseignant à l'université de Constantine, «ce n'est pas par hasard que l'obscurantisme frappe encore une fois la culture qui est le secteur le plus fragile dans la société, mais aussi le concurrent le plus virulent du discours religieux».

Contrôle de l'espace public

«Il s'agit d'une stratégie bien élaborée et préméditée. Nous les avons vu déjà tuer des intellectuels, fermer des cinémas et arrêter des projections de films», rappelle-t-il dans une déclaration à El Watan. Les extrémistes, ajoute-t-il, «savent très bien que la culture est le dernier bastion qui peut faire face à leur projet totalitariste».

«C'est pour cela qu'ils ne ratent aucune occasion pour jouer sur le populisme afin d'intimider les artistes et les intellectuels», explique-t-il. Et d'enchaîner : «D'après l'histoire, la religion et l'art se disputent sur le même capital, en l'occurrence l'appropriation du sacré. C'est pour cela aussi que les grands artistes de la Renaissance en Italie du XVe siècle focalisaient leurs œuvres artistiques sur le sacré et l'architecture des églises. C'était leur stratégie pour transgresser l'Eglise de l'intérieur.»

Commentant un post sur Facebook sur cette montée de l'islamisme, Djamel Zenati, militant politique et ancien député, estime «que le problème n'est pas dans la religion, mais dans le rapport à la religion. Et le rapport à la religion n'est pas un donné mais un construit, c'est-à-dire une construction humaine». «Ce rapport est parfois, voire souvent, contraire à la Révélation. On sollicite la religion pour rester au pouvoir, pour prendre le pouvoir, pour s'opposer ou soutenir, pour donner ou enlever la vie, pour partager un héritage, pour se marier ou divorcer, pour monter ou descendre d'un bus, etc.», explique-t-il.

Selon lui, la problématique pertinente «se situe justement dans cette hégémonie de la religion dans le champ social». «Le danger est dans cette instrumentalisation de la religion dans le but de poser et d'imposer, de dicter et d'édicter. La violence est en l'homme et non dans la religion. Il ne peut y avoir d'émancipation sans un rétrécissement de la religiosité dans le champ social. Autrement dit, il faut un processus de sécularisation adapté», souligne-t-il, avant d'ajouter : «Faire croire que toutes les réponses à nos aspirations sont dans la religion est la plus grande escroquerie de l'histoire. L'Algérie a déjà payé un lourd tribut pour avoir un instant cru à cette promesse illusoire.»

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