La guerre commerciale : ce n'est pas le commerce, c'est la guerre

13-07-2018 tlaxcala-int.org 5 min #143588

 Jorge Majfud

La logique historique veut que les pays, en particulier les grandes puissances économiques, ne procèdent pas à des changements politiques spectaculaires à moins qu'il n'y ait une crise en cours dont ils veulent désespérément sortir ou qu'un scénario indésirable à long ne se soit réalisé.

Même si, aux USA, nous devrions nous devrions nous préparer à une récession dans quelques années, on ne peut pas dire qu'une récession est une crise. Au contraire, le président Trump, ainsi que tous les économistes et think tanks gouvernementaux les plus renommés (experts en erreurs, mais c'est un autre débat), n'insistent que pour prédire la continuité de la croissance économique, plus ou moins au rythme qu'elle avait connu pendant les années Obama et même plus. Il est vrai que les USA ont un déficit commercial notable avec la Chine, il est vrai que nous pouvons imaginer que Trump n'est pas si cynique et veut vraiment favoriser ces agriculteurs, mineurs et prolétaires du Midwest, mais n'importe qui peut comprendre que, dans les relations internationales, il n'y a pas d'action sans réaction, et que la réaction tarifaire et commerciale en Europe et en Chine frappera précisément ce groupe d'électeurs de Trump. Les USA sont toujours plus forts que la Chine, mais le président chinois Xi Jinping, pour des raisons politiques et culturelles, a beaucoup moins à craindre d'une crise économique que n'importe quel président du monde occidental.

Ce n'est pas l'économie, du moins pas à court et moyen terme, qui motive ces changements de politique économique. C'est quelque chose qui se situe au-delà de l'horizon. En géopolitique, chaque déclaration d'intention devrait toujours (et peut-être seulement) être lue entre les lignes.

Dans la logique des superpuissances, le pouvoir économique et le pouvoir militaire sont étroitement liés. Il n'y a pas de superpuissance militaire sans dépenses économiques astronomiques, pas plus qu'il n'y a de puissance économique sans hégémonie militaire.

Mais, de toute façon, les ressources, aussi astronomiques soient-elles, sont toujours limitées. Il est intéressant de noter que le président Trump a proposé la création d'une division spatiale coûteuse pour la différencier de l'armée de l'air, étant sous- entendu que les guerres futures se dérouleront dans l'espace, et quelques jours plus tard, il a proposé la fusion du ministère de l'Éducation avec le ministère du Travail. On ne peut pas être plus clair. Cela ne veut pas dire que ces subtiles révélations du grand projet sont les meilleures réponses à une évaluation de la réalité future où (probablement en 2035) la Chine sera devenue la première puissance économique mondiale et, par conséquent, la première puissance militaire mondiale.

Cependant, la proposition d'une "guerre de l'espace" fait toujours partie de la fantaisie de la Guerre des Étoiles. Pendant encore de nombreuses décennies, voire des siècles, la clé du contrôle mondial se situera dans vieux océans, dans ces territoires de personne qui relient la plupart des pays du monde. L'Empire japonais n'a pas été vaincu à Hiroshima et Nagasaki (à ce moment-là, le Japon était déjà vaincu et négociait sa reddition ; les bombes atomiques sur tant d'innocents étaient un moyen d'empêcher une invasion soviétique de l'île). Le Japon a été vaincu à Pearl Harbor quatre ans plus tôt. Du moins, c'est là que sa déroute en tant qu'empire a commencé.

Dans l'océan Pacifique, l'hégémonie militaire US est apparue et dans le même océan, ou dans l'une de ses mers, une autre commencera un siècle plus tard.

Bref, la "guerre commerciale" répétée entre la Chine et les USA n'est pas une guerre commerciale mais une guerre militaire. À une époque de force économique supposée des USA, il s'agit d'une ressource géopolitique et non d'une nécessité du marché. L'objectif est de détourner les ressources économiques de la puissance montante et de sa présence maritime. C'est-à-dire, retarder le plus longtemps possible une réalité qu'un groupe d'analystes militaires, dans quelque lieu lumineux mais discret du monde, suppose inévitable.

Tout ce que nous avons à faire est d'attendre de nouveaux chapitres du même feuilleton. Tout, ou presque, dépend de la créativité de ses auteurs.

Photos du taureau de Wall Street d'une de ses parodies

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  majfud.org
Publication date of original article: 09/07/2018

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