La médecine traditionnelle indienne est-elle efficace ?

12-07-2018 reporterre.net 8 min #143565

La médecine ayurvédique soulève diverses critiques, en particulier hors de l'Inde. Le médecin-chef indien de l'hôpital AVP a répondu aux questions de ses patients occidentaux, qui ont témoigné de la réussite, ou non, de leur cure.

Michel Bernard, journaliste, et Anne-Sophie Clémençon, photographe, ont effectué un voyage en Inde du 15 février au 15 avril 2018. De leurs rencontres, ils ont rapporté un carnet de route sur différents sujets liés à l'écologie. Épisodes précédents :  l'agriculture bio en Inde et  « À la découverte de la médecine ayurvédique ».

  • Coimbatore (État du Tamil Nadu, Inde)

Nous avons vu dans  le précédent reportage ce que nous avons fait pendant notre cure ayurvédique. À cette période de l'année, la plus fraîche (18 °C la nuit, 32 °C le jour) et sèche, l'hôpital accueillait beaucoup d'Occidentaux. Il est arrivé que nous ayons été jusqu'à une douzaine de francophones (Français, Suisses, Québécois). Comme des questions surgissaient, nous avons demandé ensemble à passer une soirée de questions-réponses avec le médecin-chef de l'hôpital, le docteur Bhatt Paritosh.

Ici, il nous est demandé de ne rien faire, alors que les médecins occidentaux nous disent au contraire que nous sommes malades parce que trop sédentaires. Pourquoi cette différence d'approche ?
Nous vous demandons de ne rien faire pendant la durée du traitement, car c'est le moyen qui vous rend le moins sensible aux conditions qui vous entourent, sources de stress, d'agitation mentale... Mais après la fin de la cure, bien sûr, il faudra reprendre des activités. Simplement, il faudra le faire progressivement sur un temps sensiblement aussi long que la cure.
Une critique de l'ayurvéda circule sur internet concernant l'utilisation dans certains cas de métaux lourds, de mercure, d'arsenic, etc. Comment est-ce possible alors que l'on sait que ces produits sont très dangereux ?
Il y a plusieurs branches dans l'ayurvéda et l'une d'entre elles, effectivement, utilise du mercure... comme la médecine occidentale l'a fait pendant très longtemps, par exemple pour les amalgames dentaires. Il existe des milliers d'études sur l'ayurvéda. En ce qui concerne le mercure, il a été montré qu'utilisé dans une forme purifiée, il n'était pas plus toxique que nombre de molécules que vous trouvez dans les médicaments que vend l'industrie pharmaceutique. Ici, nous n'utilisons pas ces produits.
En Occident, on intègre de plus en plus les savoirs des médecines orientales comme l'ayurvéda. Qu'en est-il dans l'autre sens ? Prenez-vous en compte les méthodes utilisées par la médecine allopathique ?
Nous suivons évidemment ce qui se fait dans la médecine allopathique. Toutefois, nous constatons qu'elle consiste souvent à utiliser de techniques et des médicamentations complexes et coûteuses. Pour faire un diagnostic, la médecine allopathique va procéder le plus souvent à des analyses de sang. Nous y avons aussi recours quand cela est nécessaire. Mais pour poser un diagnostic, nous disposons de cinq instruments qui existent depuis toujours : nos cinq sens. Pour déterminer si une personne est anémiée, nous pouvons le voir à son regard, à la couleur et à la texture de la peau, à la rougeur ou non des vaisseaux sanguins dans les yeux... Les techniques occidentales peuvent être un moyen de confirmer nos diagnostics. Il ne faut pas oublier que tout cela est au centre d'enjeux financiers importants et que nos méthodes ne coûtent rien. Et cela n'est pas pour plaire à une industrie dont la tête se trouve à Genève, au siège de l'Organisation mondiale de la santé.
Pourquoi ne nous expliquez-vous pas ce que l'on prend comme préparation médicale ?
Une année, j'ai eu un patient grec qui m'a dit que, sans explication, il ne prendrait pas ses préparations. Je lui ai donc apporté la liste des ingrédients, mais c'était en sanskrit et évidemment, il ne savait pas le lire. Je lui ai alors traduit en anglais, mais même avec la liste ainsi compréhensible, cela ne lui disait rien sur les effets des associations que nous faisons. Il me demandait de lui expliquer. Je lui ai alors proposé un livre en anglais : un cours sur l'ayurvéda de plusieurs centaines de pages... et là, il a accepté de nous faire confiance. Le problème aujourd'hui est que tout le monde fait des recherches sur internet, mais que les informations que l'on y trouve ne sont que très partielles. Une femme avait relevé un mot que nous avions mis dans les fiches médicales que nous laissons dans les chambres. Elle a tapé le mot sur un site de traduction, cela a donné « cancer ». Ce n'était absolument pas ce sens-là, mais ensuite, elle ne voulait pas en démordre. Difficile ensuite de lui faire accepter d'avoir des pensées positives.
Quel rôle accordez-vous à la spiritualité dans les traitements et que se passe-t-il si on n'y croit pas ?
Il existe de nombreux livres de psychologues qui expliquent aujourd'hui que des pensées négatives conduisent à la maladie : on parle de maladie psychosomatique. Il est donc facile de comprendre que, à l'inverse, si vous avez une démarche de pensées positives, cela vous aide à retrouver la santé, à retrouver les équilibres nécessaires, comme nous essayons de le faire en ayurvéda. Ici, nous vous proposons des possibles actions spirituelles comme des prières ou des puja [des offices religieux], mais évidemment, chacun est libre de croire ce qu'il veut. Si vous dites que vous ne croyez pas à ces approches spirituelles, vous pouvez trouver en vous d'autres manières de penser positivement. Nous croyons tous à des choses différentes. Il ne s'agit pas d'être lié à une religion, mais à une démarche spirituelle. La religion n'est pas le plus important, car c'est le plus souvent une tentative d'imposer ses croyances aux autres. La spiritualité, c'est autre chose : c'est s'appuyer sur ses propres croyances pour avancer vers quelque chose de positif que l'on pourrait appeler le bonheur.

Le docteur Bhatt Paritosh.

Les jardiniers de l'hôpital. Ici, toutes les médications proviennent des plantes, soit cultivées, soit cueillies dans la forêt voisine.

Résultats ?

Pour l'un d'entre nous, la cure s'est passée dans les délais annoncés, pour l'autre, il nous a été demandé de rester quatre jours de plus pour poursuivre au mieux la phase d'élimination. Ceci fait qu'à notre départ, 32 jours après, le premier est en forme, avec cinq kilos en moins, alors que l'autre se sent encore fatiguée. Mais, on nous a prévenus qu'il fallait attendre trois mois pour véritablement vérifier l'effet de la cure, car c'est le temps qu'il faut pour que nos cellules se renouvellent et finissent d'éliminer les impuretés. Nous partons avec plusieurs médicaments chacun.e à continuer de prendre pendant la suite du voyage. Avec le temps, l'impression reste la même : celui qui a le mieux réagi conserve sa forme, un peu moins l'autre. Si nous avons gagné en vitalité, nous n'avons pas supprimé nos troubles médicaux chroniques.

Les cuisiniers ont un rôle important. Selon le principe que « l'aliment doit être ton médicament », chacun.e de nous a son menu personnalisé, toujours végétarien, plus ou moins épicé.

Et les autres patients rencontrés durant notre séjour ? Plusieurs des patients présents étaient là pour des cancers et reviennent plusieurs années d'affilée (une en était à son troisième séjour). Pour les cancers, aux dires des patients concernés, des mesures ont été faites par les médecins occidentaux avant la cure et après : selon eux, le résultat est spectaculaire.

Une personne souffrant de diabète a vu sa situation s'améliorer nettement, de même pour une autre souffrant de rhumatismes, également pour un cas d'hypertension. Par contre pour une personne électrosensible, une autre souffrant de la maladie de Lyme, une troisième souffrant de fatigues inexpliquées, une quatrième d'une insuffisance du foie, une dernière souffrant de la maladie de Parkinson, il n'a pas été noté d'amélioration sensible.

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