Syrie - Pas de sarin à Douma, les médias trouvent une nouvelle version

09-07-2018 entelekheia.fr 14 min #143431

Par B.
Paru sur  Moon of Alabama sous le titre Syria - OPCW Issues First Report Of 'Chemical Weapon Attack' in Douma

Le 7 avril 2018, des 'rebelles' syriens avaient affirmé que le gouvernement syrien avait utilisé du chlore et du Sarin dans une attaque contre Douma, près de la capitale syrienne Damas. Ils avaient publié une série de vidéos qui montrait des cadavres, principalement de femmes et d'enfants.

Au cours de la nuit où l'incident s'était censément produit, Douma avait été frappée par des tirs d'artillerie et des frappes aériennes en représailles contre des attaques meurtrières précédentes par des groupes dissidents 'rebelles' contre Damas. Jaish al-Islam, le principal groupe 'rebelle' à Douma, avait déjà accepté de partir pour le gouvernorat d'Idlib.

L'allégation d'attaque chimique avait été faite peu après l'annonce d'un retrait possible des troupes américaines de Syrie par le président des USA Donald Trump. Elle était destinée à le dissuader de retirer ses troupes de Syrie, ce qui a marché.

Il semblait évident depuis le départ que cette « attaque au gaz » ne s'était pas produite du tout. Le gouvernement syrien n'avait aucune raison d'utiliser des armes chimiques ou un irritant comme le chlore à Douma. Il avait déjà gagné. L'incident avait de toute évidence été mis en scène, comme d'autres auparavant, pour inciter les USA à attaquer la Syrie.

Même un célèbre organisme d'opposition  avait dit qu'aucune « attaque chimique » n'avait eu lieu. Comme nous l'avions noté le 9 avril dernier,

De façon intéressante, l'organe du MI6 à Coventry, l'Observatoire syrien des droits de l'homme, ne confirme pas d'incident « au gaz ». Dans sa version des événements, 40 personnes sont mortes  dans un effondrement de leur abri :

« L'observatoire syrien des droits de l'homme a rapporté des pertes plus élevées, disant qu'au moins 80 personnes ont été tuées à Douma, y compris 40 personnes mortes par suffocation. Mais il a dit que les suffocations avaient résulté de l'effondrement d'un abri anti-bombardement sur les gens qui se trouvaient à l'intérieur. »

Les médias grand public, qui ont cité l'Observatoire syrien des droits de l'homme pendant des années, l'ignorent aujourd'hui et rapportent une «attaque chimique » comme si c'était un fait prouvé.

L'organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a envoyé une mission d'investigation à Douma et enquêté sur l'incident. Avant-hier, elle a  publié un rapport préliminaire et quelques-uns des résultats :

« Les laboratoires désignés par l'OIAC ont conduit des analyses d'échantillons priorisés. Les résultats démontrent qu'aucun agent neurotoxique organophosphoré ou leurs produits de dégradation n'ont été détectés dans les échantillons environnementaux ou dans les échantillons de plasma recueillis auprès de victimes alléguées. De pair avec des résidus d'explosifs, plusieurs produits chimiques organiques chlorés ont été trouvés dans des échantillons de deux sites, dans lesquels la chaîne de surveillance a été respectée. Le travail de l'équipe pour établir la signification de ces résultats est en cours. L'équipe de la mission d'investigation continuera son travail pour tirer les conclusions finales. »

L'allégation de « sarin » par les 'rebelles' est donc réfutée. Aucun produit de dégradation de ces produits chimiques n'a été trouvé. Les « produits chimiques organiques chlorés » variés ne sont pas surprenants. Le chlore est un produit d'emploi courant pour la purification de l'eau et le nettoyage. On trouve des « produits chimiques organiques chlorés » dans n'importe quelle habitation.

Dans les notes techniques du rapport, l'OIAC note que l'un de ses laboratoires a trouvé de l'acide acide dichloroacétique, de l'acide trichloroacétique, de l'hydrate de chloral, des trichlorophénols et des chlorophénols dans quelques-uns des échantillons que sa mission d'investigation a prélevés sur les sites de incidents allégués. Ce sont toutes des substances banales dans un environnement de constructions et particulièrement dans le voisinage d'habitations. L'acide dichloroacétique, par exemple, est un produit dérivé de la chloration de l'eau potable quand des résidus humides tels que l'acide humique sont présents. Les autres substances ne sont pas rares non plus et ont plusieurs usages domestiques.

L'autre laboratoire de l'OIAC a seulement trouvé « aucun produit chimique inscrit au tableau » de l'Organisation, [« CWC-scheduled chemicals », à savoir les produits pouvant servir à l'élaboration d'armes chimiques ou leurs résidus recensés par la Convention sur les armes chimiques, NdT] et note la présence de résidus de trinitrotoluène dans les échantillons. Le trinitrotoluène, également connu sous le nom de TNT, est un explosif largement utilisé dans les munitions militaires. Le second laboratoire ne rapporte pas les produits organiques chlorés trouvés par le premier laboratoire.

Le rapport préliminaire de l'OIAC ne dit rien sur les concentrations des substances trouvées. Sans connaître les concentrations, qui peuvent être très basses, il est impossible de conclure quoi que ce soit. Le rapport n'inclut pas non plus les témoignages recueillis par la mission auprès des victimes alléguées. Dans plusieurs reportages télévisés, le personnel médical de l'un des hôpitaux victimes de l'opération a dit qu'aucun des patients n'avait été affecté par du chlore ou des armes chimiques.

Après que les 'rebelles' aient dénoncé une « attaque chimique » et publié leur mise en scène de corps empilés en vidéo, le président Trump a tweeté qu'il répondrait à cette attaque. Politiquement, il ne pouvait plus faire machine arrière, même après les doutes sur les affirmations des 'rebelles'  exprimés par Mattis. Trump a attaqué la Syrie avec une série de missiles, dont la plupart ont été abattus par la défense aérienne syrienne. Un laboratoire chimique civil a été détruit, mais personne n'a été blessé.

Le rapport préliminaire publié par l'OIAC renforce les doutes sur les affirmations des 'rebelles'. Il n'y a pas eu d'attaque chimique à Douma. L'incident était une mise en scène.

Il faut espérer que Trump ait appris de cet épisode et qu'à l'avenir, il s'abstiendra d'émettre des menaces de violences en réponse à des incidents pour lesquels aucune raison plausible ou preuve formelle n'existent.

Traduction Entelekheia

Syrie - Les médias grand public mentent à propos du rapport de l'OIAC sur « l'attaque chimique » à Douma

Par B.
Paru sur  Moon of Alabama sous le titre Syria - Mainstream Media Lie About Watchdog Report On The 'Chemical Attack' In Douma

Certains médias mainstream mentent purement et simplement en communiquant les conclusions du  rapport de l'OIAC sur « l'attaque chimique » présumée à Douma.

Le Washington Post écrit :

Un organisme d'inspection international a conclu que du chlore avait été effectivement utilisé dans la ville de Douma la veille du jour où les forces rebelles se sont rendues.

...

Dans un premier rapport publié vendredi, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques a déclaré que ses inspecteurs avaient découvert des traces de « divers produits chimiques organiques chlorés » sur deux sites qu'elle a inspectés.

L'OIAC n'a pas du tout conclu que « du chlore avait été effectivement utilisé ». Il a trouvé quelques composés chimiques dont les principaux éléments sont le chlore, le carbone et l'hydrogène dans diverses configurations. Il existe des centaines, voire des milliers, de « produits chimiques organiques chlorés ». Un tuyau en plastique fabriqué à partir de polychlorure de vinyle (PVC = (C2H3Cl)n) est composé des mêmes éléments. On pourrait l'appeler un « produit chimique organique chloré ». La combustion d'un produit en PVC libère divers composés dont beaucoup seront eux-mêmes des « produits chimiques organiques chlorés ». Mais trouver des résidus d'un tuyau en plastique ou de matériaux d'isolation brûlés dans une maison ne signifie pas que du gaz de chlore a été utilisé à cet endroit. Plusieurs des composés trouvés par l'OIAC résultent de l'utilisation du chlore pour désinfecter l'eau. On peut en trouver dans l'eau chlorée et à peu près partout où on utilise de l'eau chlorée.

La BBC a commis une « erreur » similaire. Elle a titré « La guerre de Syrie : L'attaque de Douma était du gaz de chlore - organisme d'inspection ».

Il a fallu que beaucoup de lecteurs protestent dans les médias sociaux et beaucoup de temps (plusieurs heures) pour que la BBC consente à corriger son « erreur ». Elle titre maintenant: «  Guerre de Syrie: 'Chlore possible' sur le site de l'attaque de Douma - organisme d'inspection. C'est mieux, mais c'est tout de même encore un mensonge. Ni le  rapport de l'OIAC, ni sa note technique (pdf) n'utilisent nulle part l'expression « chlore possible ». de plus la BBC n'a pas mis de note explicative pour indiquer que le titre original avait été modifié.

Le Daily Beast titre :  Organisme d'inspection : Du chlore a été utilisé dans l'attaque chimique de la Syrie

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques a déterminé que du chlore avait été utilisé dans l'attaque chimique dans la ville syrienne de Douma, mais n'a trouvé aucune preuve que des agents neurotoxiques étaient impliqués.

C'est un mensonge pur et simple. Le rapport de l'OIAC ne dit pas que du chlore a été utilisé. Il ne mentionne le chlore que deux fois et seulement à propos d'incidents précédents.

The Independent, AlJazeerah, l'Australien ABC News et d'autres diffusent le  même mensonge à leurs lecteurs.

Si tant d'organes de presse ont fait cette « erreur » c'est peut-être parce que l'agence de presse britannique Reuters a été la première à répandre cette fausse information :

Le rapport préliminaire de l'OIAC trouve du chlore à Douma, en Syrie

Reuters a depuis lors changé le  titre et le texte de cet article et écrit « produits chimiques chlorés » à la place de « chlore », mais n'a joint aucune note pour expliquer ce changement. De plus, il ne précise pas qu'on trouve des « produits chimiques chlorés » à peu près partout.

On peut douter que ces « erreurs » aient été commises par simple négligence. Les auteurs veulent plus que probablement créer la fausse impression que la Syrie est responsable d'une « attaque chimique » qui ne s'est pas produite. S'ils disaient la vérité, il leur faudrait aussi expliquer que les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé une large attaque de missiles de croisière contre la Syrie sans aucune raison valable.

Traduction Dominique Muselet
Photo : Siège de l'OIAC

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