« Le monde survivra-t-il à Donald Trump ? » Entretien avec le militant pour la paix John Catalinotto

18-05-2018 tlaxcala-int.org 9 min #141410

 Ilona Pfeffer Илона Пфеффер

Le Président Trump est imprévisible, y compris en ce qui concerne l'accord avec l'Iran. Toutefois c'est ailleurs que les décisions se prennent : au Pentagone. C'est l'avis de John Catalinotto, pacifiste US-américain d'obédience marxiste-léniniste. À ses yeux, les USA constituent la plus grave menace pour la paix mondiale.

Sputnik a obtenu un entretien exclusif de John Catalinotto en amont de sa  conférence au séminaire angliciste de l'Université Karl- Ruprecht de Heidelberg.

 John Catalinotto

Monsieur Catalinotto, dans votre actuelle série de conférences vous posez une question : le monde survivra-t-il à Donald Trump ? Nous y reviendrons à la fin de cet entretien. Mais parlons d'abord des dernières  élections présidentielles aux USA . Donald Trump était un candidat un peu hors-normes. Il n'appartenait pas à « l'establishment », n'avait aucune expérience politique et ses discours heurtaient nombre de gens. Pourtant on espérait que Trump ne ferait pas de nouvelles guerres et inaugurerait une détente entre les USA et la Russie. La politique étrangère d'Hillary Clinton, elle, semblait plus agressive. Étiez-vous de cet avis ? Trump représentait-il un moindre mal à ce moment-là ?

La politique étrangère d'Hillary Clinton semblait plus agressive, mais seulement en direction de la Russie. Trump était tout aussi va-t-en-guerre, par exemple envers l'Iran. Il était plus agressif envers Cuba et aussi envers le Venezuela. Pour nous - la gauche US-américaine - le plus important était son racisme et sa misogynie déclarés. Et aussi son hostilité envers les migrants et les musulmans et à l'écologie. Des forces de gauche ne pouvaient en aucun cas le soutenir. À mon avis, Trump était un « mal évident » et Clinton un « mal camouflé ». Qui représentait le plus grand danger en matière de guerre et de paix ? On n'en savait rien.

Normal 0 21 false false false FR X-NONE AR-SA À lire  Zbigniew Brzezinski ou - par exemple- le nouveau livre de Condoleezza Rice, il ou - par exemple- le nouveau livre de Condoleezza Rice, il semble bien clair que les USA se considèrent comme la seule puissance mondiale légitime et imposent cette prétention au moyen d'actes de guerre, que le gouvernement soit démocrate ou républicain. Ces actions incluent les changements de régime, sous prétexte de défendre la démocratie. Comment l'administration Trump s'ajuste-t-elle à cette tradition ?

Je dirais que c'est la classe dominante US-américaine et ses leaders qui se considèrent comme la seule puissance mondiale légitime. Depuis la Deuxième guerre mondiale, le Pentagone a mené des dizaines de guerres mineures et quelques autres plus graves sans raisons légitimes. Les mots de Trump ont une tonalité plutôt nationaliste et chauvine. Il dissimule son agressivité sous des mensonges de type « droits humains », comme Clinton l'aurait fait. Mais sa politique vise toujours à des changements de régime, par exemple au Venezuela. Je crois qu'on ne peut pas lui faire confiance à ce sujet.

Donald Trump est surtout actif sur Twitter, où il a aussi proféré des menaces contre la Corée du Nord. Dans quelle mesure doit-on prendre ses tweets au sérieux ?

Nous avons vu qu'il fallait toujours attendre au moins quelques heures pour voir si Trump ne reprendrait pas ce qu'il avait dit ou si un général en poste à la Maison Blanche n'aurait pas une autre vue de la situation. Trump commence par parler et il pense après - si toutefois il pense. Mais ses mots aussi sont dangereux, car ils intoxiquent l'opinion publique.

En dépit de menaces bilatérales aucune guerre de Corée n'a encore eu lieu. Au contraire, on semble se diriger vers un rapprochement historique. Qu'espérez-vous de la rencontre prévue entre Donald Trump et Kim Jong-un? Croyez-vous à la paix et au désarmement dans la péninsule coréenne ?

Je ne lis pas dans les boules de cristal. La Corée du Nord a le droit de se défendre. Nous espérons que le gouvernement des USA conclura un traité de paix et en finira avec ses menaces. Nous autres pacifistes sommes prêts à nous déclarer solidaires de la Corée du Nord et à proclamer notre refus d'une guerre dans cette partie du monde.

Jusqu'ici, l'espoir d'un rapprochement avec la Russie a malheureusement été déçu. Trump refuse-t-il de tendre la main à Poutine ?

Je n'en sais rien. Trump veut survivre à son mandat. Il a des problèmes et il est soumis à de fortes pressions, notamment au sujet de ses relations avec la Russie. La classe dominante US-américaine opposée à Trump s'en est servie. Mais Trump, lui, n'a aucun lien idéologique avec Poutine. Il fait ce qu'il juge utile pour lui. Nous ne savons pas ce qu'il fera, mais nous ne croyons pas qu'il recherche la paix avec la Russie

Donc vous ne voyez aucun rapprochement  avec la Russie à l'horizon ou plutôt durant le mandat de Trump ?

Je n'en sais rien non plus, mais je n'y crois pas. Ce serait bien qu'il y ait une légère détente. La classe dominante US se montre en ce moment très agressive envers Poutine et la Russie, mais je crois que c'est en partie pour s'en prendre à Trump. Beaucoup de leaders veulent s'en débarrasser. Ils pensent qu'il représente un danger pour tout l'agencement des relations internationales.

Dans une interview vous avez souligné que le véritable pouvoir aux USA est entre les mains des militaires. Pourriez-vous vous expliquer plus précisément ? Quelles en sont les conséquences pour la politique étrangère US-américaine ?

Les militaires ont beaucoup d'influence au sein de l'administration US, au moins depuis la Deuxième guerre mondiale. Sous Trump ils en sont très proches, ils en font même partie. Il y a eu les généraux Flynn et McMaster, qui étaient présents au début et ont dû s'en aller. Reste le général John Kelly, qui est chef de cabinet de la Maison Blanche. Le général Jim « Mad Dog » (Chien fou) Mattis est ministre de la Défense. Et le Pentagone contrôle toutes les décisions en matière de guerre. Par exemple, les généraux dirigent les interventions en Syrie et en Irak et ont plus récemment envoyé des unités spéciales soutenir l'Arabie saoudite au Yémen, où celle-ci réprime la population et perpètre un génocide. Les généraux décident aussi de ce qu'on fait en Corée. Trump peut tweeter, promettre d'agir, menacer tant qu'il veut - mais ce sont les généraux qui décident. Cela ne signifie pas toujours une guerre - les généraux ne veulent pas non plus perdre une guerre. Mais aucune instance civile ne s'interpose entre le Pentagone et les décisions en matière de guerre.

Mais d'après vous, que veut le Pentagone ?

Je ne sais pas ce qu'il veut dans chaque cas particulier. Le Pentagone sait que faire une guerre en Corée serait dangereux. Et faire la guerre à la Russie serait bien sûr très, très dangereux. Et à l'Iran aussi. C'est autre chose que les guerres en Afghanistan, en Irak et en Libye. Et même ces pays qui ne sont pas très puissants sont tout à fait en mesure de se défendre. Les USA y rencontrent déjà assez de difficultés et l'armée US n'a vraiment gagné aucune de ces guerres. D'autre part l'industrie de l'armement fait pression - les guerres lui rapportent beaucoup. Mais je crois que nous avons encore un peu de temps pour nous opposer à la guerre.

Rainer Hachfeld, Neues Deutschland

Aujourd'hui mardi 8 mai, Donald Trump annoncera ce qui adviendra de l'accord avec l'Iran. Les experts estiment qu'il va s'en retirer [c'est ce qui est arrivé, Note de Tlaxcal]. Êtes-vous de cet avis ? Quelles en seraient les conséquences ?

Encore quelques heures et nous verrons ce qu'il va faire. Il serait très dangereux pour les USA de se retirer de cet accord. Mais je ne sais vraiment pas ce que Trump va faire. Il change de ligne presque chaque jour.

S'agit-il d'une décision prise par Trump lui-même, ou le Pentagone joue-t-il un rôle là aussi ?

Normalement Trump dit ce qu'il a en tête à un moment donné. Il se peut qu'en amont il ait discuté de cette affaire avec le Pentagone. En cas contraire, le Pentagone peut toujours modifier sa décision. Voici quelques semaines, Trump a par exemple menacé d'une guerre en Syrie, même contre la Russie. Mais après cette véhémente menace, Jim Mattis a calmé le jeu. On a tiré une centaine de missiles dans le désert, mais presque aucun soldat n'a été touché. Je crois qu'à ce moment-là le Pentagone avait décidé de ne pas entrer en guerre à cet endroit.

Revenons à la première question : Le monde survivra-t-il à Trump ?

Oui. En octobre 1962, je ne savais pas si le monde survivrait à la crise cubaine. En 1983 je ne savais pas si le monde survivrait à l'affaire du Boeing coréen. Les deux fois j'ai eu très peur, mais ça n'a servi à rien. Pourtant il n'y a pas eu de guerre. Il faut que tous ensemble, dans le monde entier, nous soyons solidaires pour nous opposer à la guerre. Peu importe si Trump, Clinton ou un autre est président des USA. C'est ce que nous ferons au mouvement pacifiste US-américain. Et j'espère que les Allemands seront avec nous.

À votre avis, les USA sont-ils la plus grande menace au monde pour la paix ?

À mon avis, oui. Le Pentagone est la puissance militaire la plus dangereuse du monde. Il ne craint pas de détruire d'autres pays. En outre, les USA disposent de l'appareil de propagande le plus développé et le plus puissant. Si l'on considère l'histoire des 70 dernières années, les USA ont été à l'origine de toutes les guerres.

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  de.sputniknews.com
Publication date of original article: 08/05/2018

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