Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras [1ère partie] De Charles Maurras à son biographe Olivier Dard

15-05-2018 3 articles les-crises.fr 35 min #141292
1ère partie de cet article détaillé sur la commémoration de Charles Maurras - afin de faire vivre le débat historique. Nous publierons les réponses d'historiens à cet article.

I. Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras

II. Une commémoration-célébration par un biographe faisant l'unanimité des « historiens du consensus »

III. - De l'urgence de la réédition des « collabos » au rôle du Haut comité aux commémorations nationales de 2011 à 2018

Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras, par Annie Lacroix-Riz [1ère partie]

Par Annie Lacroix-Riz, professeur émérite université Paris 7

I. - De Charles Maurras à son biographe Olivier Dard

A-Du dithyrambe à la polémique

La commémoration de Charles Maurras, organisée comme ses semblables par le Haut comité aux commémorations nationales institution fondée en 1974 par Maurice Druon, ministre de la Culture, et qui, rattachée à la direction des Archives de France en 1979, était depuis lors chargée « de veiller à la commémoration des événements importants de l'histoire nationale », se présentait sous les meilleurs auspices. Olivier Dard, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris-Sorbonne, temple de l'Alma Mater, et auteur d'une biographie de Maurras, Maurras. Le maître et l'action1Paris, Armand Colin 2013, pas de sous-titre en 1e de couverture, cf. infra.,avait été choisi par ses pairs et par sa ministre pour rédiger la « notice » destinée au « Livre des commémorations nationales » 2018, sur le fondateur du fascisme français, qui avait été lui-même jugé digne d'y figurer pour le 150e anniversaire de sa naissance. Cette notice n'avait pas déparé le « recueil » loué en janvier 2018 par l'éditrice et ministre de la Culture Françoise Nyssen dans un « avant-propos » reproduit par le site du HCCN, ainsi commencé « L'intérêt grandissant pour l'histoire, le besoin d'explorer sa mémoire et le goût de la fête expliquent le succès des anniversaires et des commémorations. » et ainsi conclu : « À vous qui aimez l'histoire de France, à vous qui aimez la voir reprendre vie, je conseille chaleureusement la lecture du Livre des Commémorations nationales de 2018. II vous apportera, j'en suis sûre, un grand plaisir et de belles émotions! »2https://francearchives.fr/commemo/recueil-2018/ Selon le journaliste allemand Thomas Hanke, auteur, le 29 janvier, d'un article sur le « problème d'antisémitisme [de...] la France » (Handelsblatt,) la laudatrice avait également déclaré : « J'espère que ce livre sera beaucoup lu. »3« Écrits antisémites. La France a un problème d'antisémitisme », Handelsblatt, 29 janvier 2018, handelsblatt.com

Des rumeurs avaient à l'évidence en janvier couru dans les milieux bien informés, notamment la LICRA et SOS Racisme4http://www.lemonde.fr/culture/article/2018/01/27/nyssen-rappelle-son-rejet-total-des-theses-de-l-ecrivain-charles-maurras-qui-doit-etre-commemore-en-2018_5248170_3246.html, sinon sur la notice, du moins sur la décision de « commémorer » Charles Maurras, symbole de la réaction cléricalo-monarchiste, de la haine contre « la Gueuse », « les métèques » et les « rouges », et de l'antisémitisme « français » : faut-il rappeler qu'il participa à la Ligue d'Action française dès sa naissance, 1898 (et à sa revue éponyme, fondée en juillet 1899) déchaînée contre Alfred Dreyfus, arcboutée contre la révision du procès du capitaine et vouée à la préservation de « l'honneur de l'armée »? Le 28 janvier 2018, deux jours après une mise en garde de Grégoire Leménager dans L'Obs (« Tiens, le théoricien antisémite de l'antiparlementarisme est inscrit au menu des "Commémorations nationales" »5« La France doit-elle célébrer Charles Maurras en 2018? », bibliobs.nouvelobs.com) Mme Nyssen fit volte-face et publia un communiqué évoquant une « polémique » dont le commun des mortels ignorait la teneur mais assez vive pour l'inciter à extraire la notice du « Livre des Commémorations nationales 2018 » :

« Je tiens d'abord à rappeler mon rejet total des thèses et de l'engagement de Charles Maurras. Il n'y a absolument aucune ambiguïté dans ma position. La polémique autour du "Livre des commémorations nationales" n'est pas la première puisqu'en 2011, le ministère de la Culture avait décidé de renommer le "recueil des célébrations nationales" en "Livre des commémorations nationales" suite à l'émoi qu'avait suscité la "célébration de Louis-Ferdinand Céline". Cette décision marquait la volonté de ne pas limiter ce travail d'identification par le Haut Comité des commémorations nationales aux seules heures de gloire à célébrer mais aussi aux heures sombres de l'histoire de France. Nous voyons aujourd'hui que l'ambiguïté persiste. Que la commémoration peut être vécue comme un appel à célébrer ensemble au nom de la nation. Cela conduit à des malentendus qui sont de nature à diviser la société française.

Nous devons lever cette ambiguïté. Je recevrai très prochainement les membres du Haut-comité présidé par Madame Danielle Sallenave afin de questionner, ensemble, la pertinence de cette démarche mémorielle conduite au nom de l'État par des experts. J'ai par ailleurs demandé au directeur de la publication du "Livre des Commémorations nationales 2018" de rappeler l'ouvrage et de lancer sa réimpression après retrait de la référence à Maurras. Le travail et l'expertise des membres du Haut-comité ne sont évidemment pas en cause. »6http://www.culturecommunication.gouv.fr/Presse/Communiques-de-presse/Declaration-Livre-des-commemorations-nationales-2018)

Toute personne s'intéressant, professionnellement ou non, à l'histoire contemporaine comprit le sens de la « polémique » quand le politiste Patrick Weil, qui, quoique non membre du Haut comité aux commémorations nationales, disposait d'un exemplaire du Grand Livre non encore expurgé, publia, par « tweet » la photographie de la « notice » de deux pages. Avec ce commentaire : « Voici la notice sur Maurras à laquelle nous avons échappé. Pas même la mention des caractères raciste et antisémite de son nationalisme. A fortiori de son rôle dans la fondation intellectuelle d'un antisémitisme d'État. À chacun d'en juger. »7 twitter.com en recherchant la date, 1er février; et retwitt de Raphaëlle Bacqué, du 2 février 2018.. Il en fut jugé pendant la semaine suivante, où les grands médias écrits et audiovisuels stigmatisèrent, en termes plus ou moins vifs, cette fâcheuse omission du « mot antisémite ». On pourra aisément lire le déluge d'articles et consulter les « débats » (les guillemets sont expliqués plus loin) audiovisuels sur la notice et sur la commémoration. Je n'en retiens ici que l'épisode du 2 février 2018 sur France Culture, parce qu'il pose la question du fonctionnement actuel l'histoire contemporaine.

Guillaume Erner interrogea Olivier Dard avec beaucoup d'égards, tant sur le fond du questionnement que sur la forme : il se gardait de vouloir lui « faire un procès » (« j'espère bien, je ne suis pas au tribunal » répliqua l'intéressé). Au cours du présumé débat, Christophe Prochasson, compagnon de plateau catalogué à gauche, ancien recteur et président de l'EHESS aussi couvert d'honneurs que les historiens du HCCN8https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Prochasson, servit surtout de faire-valoir au biographe de Maurras : ayant certes concédé que ce dernier incarnait l'anti-République et qu'il était antisémite, il déclara notamment qu'il avait été condamné par le Vatican comme mauvais « catholique » et souligna la différence profonde entre antisémitisme « exterminationniste » nazi et « antisémitisme français [...] culturel », mettant les auditeurs en garde sur le péril d'« anachronisme » d'une confusion des deux.

Au cours de cette plaisante joute, l'insistance du journaliste sur l'absence du fameux « mot antisémite » agaça Olivier Dard. Ce fut d'abord : « je ne sais pas » pourquoi j'ai oublié d'en faire état, suivi d'un développement sur l'« antisémitisme français, ancien, quasi original » d'un Maurras formé par Édouard Drumont (auteur de La France juive pareillement aseptisé à l'occasion), tenant d'un simple « antisémite d'État », radicalement opposé au « racialisme biologique [...] de son temps », et « germanophobe convaincu » que sa germanophobie avait prémuni de tout contact avec l'antisémitisme nazi. Cet « antisémitisme durable et ancien » était d'ailleurs de convenance, Maurras l'ayant surtout apprécié comme « porteur sur le plan de l'opinion » : cette thèse du caractère superficiel et démagogique de l'antisémitisme maurrassien ne fit même pas réagir ses deux interlocuteurs. Ce fut ensuite un quasi-cri du cœur excédé : « c'est un oubli, dont acte! », suivie d'un nouveau ripolinage de Maurras, qui ne mettait pas tous les juifs dans le même panier, mais concédait qu'il y en eût de bons. Nul ne songea à parler des rapports de Maurras avec les mauvais juifs depuis les années 1880, Occupation comprise. Ni à rappeler que le silence de plomb sur l'antisémitisme est une tactique antisémite éprouvée, seule possible, aujourd'hui, pour certains universitaires attachés à leur label académique. Sauf dans certaines facultés, assurées à cette date de l'impunité, dont les débordements fascistes du début 2018, de Montpellier à Tolbiac, raniment la tradition d'entre-deux-guerres des Camelots du roi et autres ligues cagoulardes.9Avant la violence contre les « gauchistes » contemporains (faire une recherche en ligne), avait triomphé à « la Faculté de Droit de Paris' » la violence contre des juristes « républicains » et les (rares) étudiants communistes et socialistes : sur le déchaînement fasciste éthiopien de 1935-1936 et les attaques Camelots du roi et autres ligues fascistes (dont les Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger) contre le professeur de Droit Gaston Jèze, avocat devant la SDN du Négus d'Éthiopie contre l'agresseur italien, assailli comme franc-maçon et juif, voir « l'Affaire Jèze », gros dossier 4-15 mars 1936, F7 12964, notes journalières de la Préfecture de police concernant réunions et manifestations, 1er -15 mars 1936, AN.

B-De la biographie à la notice

La notice sur Maurras constituait un scandale par ses mensonges et omissions. Elle accordait moins de six lignes (sur deux pages) à l'Occupation, d'une discrétion de violette : de 1908, date de création du journal l'Action française « jusqu'en 1944 [Maurras] passe ses soirées et ses nuits [à son siège], écrivant son article quotidien, largement lu et commenté. [...] En 1940, Maurras rallie le maréchal Pétain, "divine surprise" à l'heure de la défaite. Resté aussi antiallemand et antinazi que par le passé, il n'en est pas moins un pétainiste convaincu et avalise l'ensemble de la politique conduite par l'État français. » L'historien avait donc constaté une différence notable entre cette dernière et « la politique conduite par » le Reich occupant, y compris en matière antijuive? On savait pourtant au moins depuis La France de Vichy de Robert Paxton (1973) que la formule Pétain, bien préférable à celle d'un Quisling haï d'emblée de son peuple, avait abouti à une gestion allemande directe. Et l'historiographie, dotée depuis lors de sources considérables, est allée beaucoup plus encore dans la démonstration.

Moins de six lignes pour quatre ans banals, soit pas plus que pour « l'épuration » et la « condamnation » que Maurras eut manifestement motif à récuser violemment : les chefs d'accusation ne sont pas précisés plus que les activités de 1940-1944 bornées aux soins apportés au journal. On se demande bien pourquoi « Maurras incarne pour ses adversaires la figure du "mauvais maître". » On n'a rien lu non plus sur la contribution à la liquidation de la République de ce simple « procureur impitoyable [...] du régime républicain », mais qui l'a ménagé pendant la Grande Guerre, au service de « la victoire sur une "Allemagne éternelle" détestée. Le début des années vingt marque l'apogée de l'influence culturelle de l'Action française mais la condamnation pontificale de 1926 lui porte un coup sérieux. Maurras rebondit au tournant des années trente sur fond de crises et de scandales (Stavisky) qui débouchent sur l'émeute du 6 février 1934. L'épisode met en cause la fonction de chef politique d'un maître dont de jeunes militants, attirés par le fascisme, déplorent l'écart entre la virulence des discours et l'inefficacité des actions conduites contre le régime. »

La notice est muette sur l'antisémitisme de Maurras, mêlé de fureur antibolchevique visant tout juif, même anticommuniste (ce qui est le cas des deux personnalités mentionnées ci-dessous) et de xénophobie : rien n'en est dit entre l'ère Dreyfus réduite à la célèbre dénonciation par l'« anti-dreyfusard » du «" syndicat de la trahison », que symbolise "l'Anti-France [...] des quatre États confédérés (juifs, francs-maçons, protestants et métèques" » et son décès de 1952. La biographie de 2013, presque aussi discrète, trahit un parti-pris d'omission dont témoignent :

1° le passage unique relatif à Abraham Schrameck, ministre de l'intérieur du Cartel des Gauches, évoquant la « lettre ouverte de Charles Maurras à M. Abraham Schrameck » parue dans l'Action française le 9 juin 1925, puis publiée en tract10Lettre citée et commentée par les RG de la Sûreté générale (future Sûreté nationale, SN) depuis juin 1925, F7, 13197, Action française, dossier « Menaces de Maurras contre Schrameck, 1926-1927 », Archives nationales (AN)., double précision qu'a omise Olivier Dard. « Célèbre [notamment] pour son antisémitisme [...], le propos de Maurras vaut aussi pour sa menace d'assassinat », écrit-il : il ne « vaut [pas] aussi pour sa menace », c'est l'« antisémitisme » morbide qui le motive, et que l'historien esquive, comme le prouvent les citations ici ajoutées en italique à l'extrait cité p. 149 :

« Il est vrai que, par votre personne, vous n'êtes rien. Personne ne sait, nul ne saurait dire d'où vous sortez. Pas un Français sur 500 000 ne serait capable de renseigner là-dessus ceux qui sont de chez nous et dont on connaît les pères et les mères. On sait, on sait fort bien que votre collègue Steeg, qu'une bouffonnerie du sort a mis à la Justice, est le fils d'un pasteur allemand qui n'a jamais pu produire ses pièces de naturalisation. De vous, rien n'est connu. Mais vous êtes le Juif. Vous êtes l'Étranger. Vous êtes le produit du régime et de ses mystères. Vous venez des bas-fonds de la police, des loges, et, votre nom semble l'indiquer, des ghettos rhénans. Vous nous apparaissez comme directeur des services pénitentiaires vers 1908 ou 1909. [...] Vos premiers actes connus établissent votre fidélité à la consigne ethnique donnée par votre congénère Alfred Dreyfus le jour de sa dégradation : "Ma race se vengera sur la vôtre". Votre race, une race juive dégénérée, car il y a des juifs bien nés et qui en éprouvent de la honte, la race des Trotski et des Krassine, des Kurt Eisner et des Bela Kuhn [(sic), pour Kun]11Transcription courante dans l'entre-deux-guerres des milieux antisémites, policiers inclus (au contraire de ce qu'avance le lien cité à la n. suiv.), Kuhn étant plus proche du notoire nom « juif » de Cohen : voir les fonds F7, AN, et GA, Archives de la Préfecture de police (APP)., vous a chargé maintenant d'organiser la révolution dans notre patrie.

Mais cela se voit un peu trop. C'est un peu trop clair. Vous symbolisez parmi nous, de façon un peu trop visible, l'Étranger qui s'est emparé par surprise du gouvernement et qui le fait servir à des fins anti-gouvernementales et anti-nationales. Par la force d'un rôle ingrat, et faute de vous être arrêté à temps, vous êtes ainsi devenu, monsieur [(sic), sans la majuscule qu'un juif ne mérite pas] Abraham Schrameck, l'image exacte et pure du Tyran sur lequel les peuples opprimés ont exercé en tout temps leur droit établi et vérifié, à la liberté. Vous nous appartenez aussi. Vous êtes à la lettre, notre homme. [...] En d'autres termes, par position et définition, vous êtes extrêmement bon pour le châtiment.

Tel quel pourtant, vous nous rendrez cette justice : on vous a laissé tranquillement à la place qui n'est pas la vôtre, et vous n'y avez été ni inquiété, ni menacé, ni provoqué. Par amour de la paix et de l'ordre, on n'a songé à punir ni vos usurpations ni même votre domination. Oui, je le dis en rougissant, cette domination est soufferte, elle a été, elle est soufferte courageusement. Elle le sera encore. Mais jusqu'à l'acte d'oppression, je vais plus loin jusqu'à la menace, jusqu'à vos menaces de mort exclusivement. Nous ne souffrirons rien au delà. Et, comme voici vos menaces, monsieur Abraham Schrameck, comme vous vous préparez à livrer un grand peuple au couteau et aux balles de vos complices, voici les réponses promises. Nous répondons que nous vous tuerons comme un chien. » La litanie se poursuit, plus spécifiquement anticommuniste, et s'achève sur un paragraphe comportant cette phrase : « C'est sans haine comme sans crainte que je donnerai l'ordre de verser votre sang de chien s'il vous arrive d'abuser de la force publique pour ouvrir les écluses de sang français sous les balles et les poignards de vos chers bandits de Moscou. »12Je certifie l'honnêteté de mes coupures, contrôlables : maurras.net. Quel lecteur de bonne foi peut prétendre que, par la brève citation dont il a expurgé la litanie antisémite, Olivier Dard a respecté le sens réel de « [l]a menace » de Maurras ?

Il a en outre attribué ladite menace à une nécessité défensive, « visa[n]t d'abord à rendre la police plus vigilante à assurer la sécurité des militants de l'AF et de ses dirigeants »). Il y voit, leitmotiv de la biographie, un exemple de « la violence [...] canalisée, si ce n'est ritualisée [,...] de l'AF », soulignant le contraste « entre une violence verbale et ses prolongements physiques » bénins (p. 149). Il a préféré, dans sa notice, parler de « virulence des discours », jamais suivie d'effet. Devant Guillaume Erner, il a évoqué l'« aboulie » permanente de Maurras, que lui auraient reprochée ses anciens adeptes, si déçus de sa présumée inaction contre la République qu'ils auraient rompu avec lui. Rupture si sincère, que, entre autres signes de leur intimité maintenue, les RG de la Préfecture de police rappelèrent en février 1941 que Charles Maurras avait été, en juin 1940 « l'un des rares journalistes qui a[vaient] pris la défense des collaborateurs de Je suis partout », si nombreux à rejoindre le PPF13Fiche des Renseignements généraux de la Préfecture de police (RGPP), 7 février 1941, GA, R 6, Lucien Rebatet, APP. (aboulique, aussi?)

Je conseille vivement à Olivier Dard, qui a grimé Maurras en inoffensif Oblomov, la lecture des fonds F7 des Archives nationales et GA de la Préfecture de police sur la bénignité d'entre-deux-guerres des Camelots du roi et autres ligues fascistes. Ils sont formels, d'une part, sur les trésors d'indulgence que l'appareil d'État de la République française dispensa à l'Action française, infiniment mieux traitée que les rouges, y compris par Abraham Schrameck; d'autre part, sur ce que les fondateurs de la Cagoule, créée en 1935-1936 par les membres de la 17e section d'Action française, du 16e arrondissement, devaient à leur vivier du point de vue « physique » ou pratique : c'est à l'Action française, avec la due protection de Maurras, que ces sicaires avaient expérimenté « les balles et les poignards »; uns et les autres imputèrent régulièrement leurs crimes aux « bandits de Moscou », y compris quand, devenus « cagoulards », ils en usèrent constamment à l'ère de la « tactique de la tension » (1936-1937).14Lacroix-Riz, Le Choix de la défaite, Paris, Armand Colin, 2010, chap. 3, 6, passim, et index Maurras, Camelots du roi, Cagoule, Comité secret d'action révolutionnaire et CSAR.

2° les rares passages où est cité Léon Blum. Ne figure qu'un épisode (de 1937) des montagnes d'injures notoires déversées, simple « provocation » (p. 195), de l'avis (habituel) d'Olivier Dard. Lequel ajoute, sans source, que Maurras fut entièrement innocent de l'assaut, qui n'était lui-même pas un « "attentat" », lancé contre Blum par des Camelots du roi, lors des obsèques de Jacques Bainville le 13 février 1936 : « présent en tête du cortège funéraire [,... il] n'a rien à voir avec cette agression qui ne résulte ni d'une provocation ni d'une préméditation » (p. 149).15Les RGPP excluent la rencontre de hasard, notamment fiche 14 février 1936 sur l'attaque des Camelots du roi, GA, B 24, Jacques Bainville, APP.

Et quid des autres agressions antisémites, alors systématiquement préconisées par l'Action française et Maurras, et fortement relancées par les élections d'avril-mai 1936 si décevantes. Je recommande vivement à Olivier Dard, entre autres ressources, le dossier d'alors des « bleus des Renseignements généraux de la Préfecture de police et de la Sûreté nationale » : les dirigeants Action française « tentent d'amorcer un mouvement antisémite. [...] les Camelots du roi se montrent plus agressifs encore contre les juifs que contre les socialistes et les communistes. [...] Depuis quelques jours, dans le journal l'Action française, Charles Maurras s'en prend vivement aux israélites. » La ligue « vient de faire éditer plusieurs milliers de tracts intitulés "D'où vient la révolution?", dans lesquels les juifs sont accusés de fomenter cette dernière. »16« Bleu » sans numéro ni référence, 20 mai 1936, F7, 13983, bleus de la PP et de la SN, 1936, dossier 6. Action française, mai, AN.

Qu'une notice commémorative officielle de deux pages ne comporte pas de références, soit. Mais la biographie repose elle-même sur l'imprimé, tronqué si nécessaire au point d'en perdre son sens, comme l'ont montré les exemples précédents, et sur de la seconde main riche en ouvrages pas cruels pour « le maître ». Et ce alors qu'Olivier Dard se félicite dans ses présumées « sources pour l'étude de Charles Maurras » de l'existence d'« un imposant fonds Charles Maurras (576 AP) [qui] comprend 210 cartons, couvre 29 mètres linéaires et est consultable sur dérogation »17 Maurras, p. 277, notes, p. 301-336 (même celles qui citent des lettres, anodines, des années 1880 ou 1890, sont puisées à des ouvrages antérieurs).. Notons en sus que ces « archives privées » (AP) des Archives nationales, soumises à dérogation particulière, sont complétées par des fonds publics (de libre consultation ou « en dérogation générale ») : fonds français de toute nature, pas seulement policiers et judiciaires, et fonds étrangers (dont les archives allemandes publiées). Comment est-il possible, après les avoir seulement sondés, de soutenir que Maurras n'avait pas eu d'activité politique stricto sensu discernable avant son ralliement brutal à Pétain dont l'arrivée aux affaires aurait pour lui constitué une « "divine surprise" à l'heure de la défaite » (notice); qu'il était sous l'Occupation « resté aussi antiallemand et antinazi que par le passé » (« un germanophobe impénitent et un adversaire du nazisme » qui n'éprouva pas la moindre « attraction pour le nazisme », Maurras, p. 213).

Certes, dans les années 1920, le « nationalisme intégral » avait caractérisé l'Action française. C'est ce qui lui valut la brutale excommunication pontificale d'août-septembre 1926, sans rapport avec le catholicisme défectueux de Maurras. L'Action française demeurait « anti-boche », gênant la tactique vaticane de « pacification » dont Berlin avait alors momentanément besoin pour mieux préparer la Revanche. Le pape Pie XI, aussi pro-allemand que Pacelli (son futur secrétaire d'État puis successeur) et Maglione en Suisse puis en France (et futur secrétaire d'État de Pacelli), fit donc tomber le couperet, pendant un certain temps funeste à la ligue fasciste. La lecture de L'Action française dans la période-clé de l'excommunication, 1926-1932, fournit sur le trio du Vatican, serviteur du Reich en tout point (éventuellement contre l'Italie), des informations aussi précises que les archives. Mais ce conflit (momentané) avec la Curie18Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), Paris, Armand Colin, 2010, chap. 1-2 et 5, dont p. 247-258) n'empêcha pas la ligue « nationaliste » d'être stricto sensu fasciste : le mot ne figure ni dans la biographie ni dans la notice, mais l'Action française servit de « matrice » unique, tant par ses membres que par sa ligne et ses pratiques, à toutes les ligues fascistes créées à partir de 1922-1924. Gauche renégate de la SFIO ou du PCF exceptée, tous les ligueurs en étaient issus, Cagoule incluse.

Mais le fascisme maurrassien d'avant-guerre ne fut que très partiellement « nationaliste intégral », même dans les années 1920. Comme toutes les ligues, l'Action française, grassement entretenue, longtemps plus que toute autre, par le très grand patronat français, toucha, d'emblée et d'abondance, des fonds de Mussolini. Dans la décennie suivante, ses liens politiques et financiers maintenus avec le fascisme italien l'incitèrent directement, d'après les archives policières, à célébrer la conquête italienne de l'Éthiopie comme l'acmé de la civilisation occidentale et chrétienne. Son « nationalisme intégral » cessa alors en outre de l'opposer à l'Allemagne, comme l'ensemble du fascisme français. Contre les judéo-bolcheviques et les Soviets, comment contester le champion de la croisade, alors même que Maurras et les siens étaient directement associés au complot contre la République secondé par les fascistes italiens et les hitlériens? L'Action française et Maurras participèrent à chaque étape dudit complot, et plus que jamais depuis 1934, année célèbre non seulement pour son 6 février mais pour le choix définitif à l'été, de l'équipage Pétain-Laval par des bailleurs de fonds de la droite « républicaine » et des ligues. Les sources originales françaises (policières et judiciaires notamment) et étrangères excluent formellement la « divine surprise » de 1940.

Ces impératifs intérieurs conduisirent Maurras et son mouvement, si germanophobes qu'ils se proclamassent encore parfois, à pactiser avec le Reich hitlérien, qui les subventionna aussi.19Le choix de la défaite, chap. 4, « Le financement allemand des ligues », p. 168-171, et chap. 6, « Les ligues et la presse », p. 319-325.. Cette réconciliation s'afficha de plus à dater de 1937, publiquement motivée par la haine commune des Soviets et des juifs et l'amour pour Franco, autre héraut de la civilisation occidentale et chrétienne, dans l'Espagne duquel les chefs de l'Action française ne cessèrent de se relayer depuis le putsch aussi germano-italien qu'espagnol de juillet 1936. Elle n'est gratifiée que de deux lignes de la biographie, sur une « rencontre » culturelle Franco-Maurras de « mai 1938 ». C'est cette nazification de fait, totalement gommée par Olivier Dard, qui incita Pacelli-Pie XII au pardon solennel20Quatre lignes « du début de 1937 » au « décret du Saint-Office [du] 10 juillet 1939 », p. 196, contre vingt-quatre sur l'excommunication et ses conséquences, p. 150-173, sans explication sur « un certain accord avec l'Allemagne » reproché au Vatican fin 1927, p. 171, accord au cœur du conflit. omis par la notice. Le nouveau pape prononça, avec le soutien de son secrétaire d'État Maglione, la levée de l'excommunication à la mi-juillet 1939. La date en avait été à dessein choisie pour proclamer la haine de la République et, à un mois et demi de l'assaut allemand contre la Pologne, l'alliance publique de l'Action française naguère « germanophobe » avec l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie. En avril 1938, quand Paris afficha aux yeux du monde, via un article du cagoulard Joseph-Barthélémy, futur ministre de la Justice de Pétain, dans Le Temps, organe du Comité des Forges et voix officieuse notoire du Quai d'Orsay, sa décision de sacrifier la Tchécoslovaquie, l'ambassade allemande à Paris gloussa d'aise en transmettant à Ribbentrop les tombereaux d'outrages antisémites de L'Action française contre Prague. Fin août 1939, elle envoya avec la même allégresse les diatribes pacifistes du journal sur l'absurdité d'un combat contre l'Italie ou l'Allemagne, entièrement voué au fiasco.21Sur l'avant-guerre, toutes allusions explicitées et sourcées, Vatican, chap. 1-2, 5, 9; Choix (dont art. cit., « Conscience angoissée », du 11 avril daté du 12, p. 458, et index Joseph-Barthélémy et Le Temps), De Munich à Vichy, Paris, Armand Colin, 2008; sur l'Occupation, Industriels et banquiers français sous l'Occupation, Armand Colin, 2013; Les élites françaises, 1940-1944, Armand Colin, 2016..

Le biographe a limité à deux lignes le constat que le « germanophobe et antinazi » était devenu fin septembre 1938, « à l'occasion de la crise de Munich », résolument pacifiste, car convaincu « que "cette guerre, [la France] la perdrait" ». Mais il n'a pas exposé au lecteur les motifs et modalités de de cette mutation radicale du « nationaliste intégral ». La notice, elle, ne disait rien de cette option sidérante du partisan forcené de « la victoire sur une "Allemagne éternelle" détestée ».

Le fameux « mot antisémite », qui aurait échappé, « dont acte », au rédacteur de la brève notice, avait aussi échappé au biographe du Maurras de l'Occupation : son chapitre 10, « Le Commandeur au crépuscule » (1940-1952) ne contient qu'une allusion à la « question juive » (sans user du terme) : le soutien de Maurras au « premier statut des juifs d'octobre 1940 [...] au nom du "droit absolu de faire nos conditions aux nomades que nous recevons sous nos toits" » soit deux lignes, p. 211, des p. 199-218. Ladite question surgit enfin, avec le procès de janvier 1945, à l'occasion duquel il fallait bien aborder « l'affaire Worms », un de ses points majeurs : l'assassinat de Pierre Worms, père du célèbre résistant Roger Worms (connu sous le nom de Roger Stéphane), le 6 février 1944, date si symbolique pour le fascisme français (p. 221-223). Ce père, que l'historien appelle « Roger Worms », a fait l'objet d'un article de Maurras du 2 février 1944 intitulé « Menaces juives », « provocateur » selon son fils, le « désign[ant] à l'attention publique ».

L'article étant reproduit (et surligné) sur le site lescrises.fr, comme celui du 3 janvier précédent appelant à faire « tomber à Toulouse comme à Grenoble » (où des collaborateurs notoires venaient d'être abattus par des résistants) « des têtes de communistes et de gaullistes connus »22Reproduit les-crises.fr, qui inclut mon article « Olivier Dard et Maurras, ni antisémite ni germanophile ni pronazi »; et à nouveau dans les-crises.fr on pourra lire la prose du « maître » que son biographe ne cite jamais. Quant au massacre (car c'en fut un) de Pierre Worms, au centre du procès, Olivier Dard le réduit à des allusions du président du tribunal de janvier 1945 : Maurras aurait procédé à « une dénonciation formelle », auprès de qui? dans quel but?, ce n'est pas précisé. La réponse de Maurras à cette accusation sybilline est en revanche complaisamment citée : « "Quant à dire comme vous le faites, M. le Président, qu'en février 1944, désigner un juif à l'attention publique, c'était le désigner lui ou sa famille aux représailles de l'occupant, à la spoliation et aux camps de concentration, peut-être à la torture ou à la mort, non seulement j'ignorais ces belles choses, mais je savais le contraire, qu'il y avait une foule de pays dans lesquels les colonies juives étaient florissantes, dans lesquels elles se procuraient tout au marché noir, qu'elles corrompaient profondément les populations paysannes. À ce point de vue je ne nie pas du tout la vérité partielle que vous énoncez, mais je dis qu'elle n'était pas générale. J'ai dit qu'il y avait un grand nombre d'endroits en France où le Juif était florissant, et il y en a encore en Allemagne." » Mais, nous rassure le biographe, « les propos de Maurras sont tenus avant le retour des déportés », d'ailleurs ce dernier condamne, au tribunal, « la violence dont les Juifs seraient les victimes. » De ce salmigondis, ressort, par bonheur, l'innocence de Maurras : « l'avocat donne acte au ministère public d'avoir admis que le défunt avait été exécuté avant la publication de l'article » (p. 223-224).

Si l'historien avait consulté sur son héros, outre la collection de L'Action française de l'Occupation, le dossier de justice BB/18/7113, 8 BL 441 R, « Charles Maurras "Collaborateur" », joint à un dossier « Maurras Charles, de Susini Marc, Arnus Émile » (AN), il aurait découvert qu'il s'agissait d'un gros mensonge. Le tout lui aurait démontré 1° que Maurras, délateur inlassable des juifs, des communistes, des gaullistes, des francs-maçons, avait bien appelé au meurtre du père du résistant, lui-même gaulliste notoire comme toute cette famille Worms, par un article daté du 2 février; 2° qu'en pleine complicité avec l'Action française, six miliciens, agents de la Gestapo (Sipo-SD) de Lyon dûment mandatés par celle-ci, avaient le « 6 février 1944 » investi la « villa Méditerranée » des Worms à Saint-Jean-Cap-Ferrat; qu'ils l'avaient entièrement pillée, bijoux compris, pour « se payer largement pour leur triste besogne »; et qu'ils avaient enlevé Pierre Worms, le « condui[san]t en automobile aux Adrets de Fréjus [pour l']abatt[re] de deux coups de revolver tirés dans la nuque à bout portant » (abandonné sur place, « son corps fut retrouvé le lendemain près de la route par un cantonnier »); 3° que « le parquet de Nice », aussi Action française, vichysto-collaborationniste et peu épuré que ses pareils de France, avait fourni à celui de Lyon de fausses dates tant de l'article de Maurras que de l'assassinat; qu'il avait même osé prétendre impossible de se procurer, en vue de vérification, les numéros quotidiens de l'Action française, édité sous l'Occupation à Lyon.

Tout ceci n'avait aucunement troublé toutes les instances judiciaires intéressées au dossier, d'Aix à Lyon. Le Procureur général près la cour d'appel de Lyon reconnut tout avec un cynisme consommé en écrivant sans inquiétude à de Menthon23 Lettre 385 du Procureur général d'Aix à de Menthon, 10 mars 1945, BB/18/7113, 8 BL 441 R, AN, le 20 février 1945, soit moins d'un mois après le verdict du procès (le 26 janvier), que la plainte du « capitaine Stéphane Roger » irait à la corbeille : « le parquet de Nice a fourni un renseignement erroné, mais il n'y avait aucune intention frauduleuse de la part du rédacteur de cette pièce pour tromper la justice; ce dernier d'ailleurs ne déposait pas sous la foi du serment [quasi aveu que la prétendue erreur n'était qu'une mensonge?]. Il ne me paraît pas possible non plus de rouvrir les débats en l'absence de tout chef d'accusation. Maurras a dénoncé le père du capitaine Stéphane Roger, ce fait a été jugé par la cour de justice et on ne peut y revenir.

Ce qui est punissable c'est la décision et non les effets de celle-ci qui ne peuvent être que des éléments moraux d'aggravation. Il n'y a donc aucun fait nouveau contre Maurras et par conséquent aucune possibilité d'ouvrir une nouvelle information. En outre, une instance en révision ne peut en aucun cas être formée contre un condamné. J'estime dans ces conditions que la plainte du capitaine Stéphane Roger ne peut être l'objet d'aucune suite ». Magnifique symbole du sabotage généralisé de l'épuration qui ravissait le garde des Sceaux François de Menthon et les hauts fonctionnaires de son ministère.24Lettre du Procureur général de Lyon à de Menthon, 20 février 1945, et suites, aussi effarantes, riches en correspondance centrale du ministère, BB/18/7113, 8 BL 441 R, AN.

Last, but not least, l'« antinazi » Maurras avait, dès décembre 1942, peu après l'installation des Allemands à Lyon, reçu de la section lyonnaise de « la Gestapo », autorité de tutelle directe désormais, autorisation du « renouvellement [du] port d'arme » qu'il avait sollicité et obtenu de Bousquet (autre « germanophobe et antinazi »?) pour lui-même et toute la direction de l'Action française. Les Allemands l'appréciaient fort, non seulement pour sa délation et sa prose publique contre les rouges, les juifs, les gaullistes, les francs-maçons, etc., mais aussi pour son « attitude anti-anglaise et anti-américaine dans ses articles de journaux ». Ils lui accordèrent volontiers, en octobre 1943, « le renouvellement [annuel de ce] port d'arme ».25 Les élites, p. 70-74 (et mon prochain ouvrage sur la non-épuration en France).. Car, chacun le sait, l'occupant allemand distribuait libéralement les permis de port d'armes aux « germanophobes et antinazis », pour leur permettre de libérer leur patrie au plus tôt, à Lyon et ailleurs.

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. Lire plus Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation.

Notes [+]

1.Paris, Armand Colin 2013, pas de sous-titre en 1e de couverture, cf. infra.
2.https://francearchives.fr/commemo/recueil-2018/
3.« Écrits antisémites. La France a un problème d'antisémitisme », Handelsblatt, 29 janvier 2018, handelsblatt.com
4.http://www.lemonde.fr/culture/article/2018/01/27/nyssen-rappelle-son-rejet-total-des-theses-de-l-ecrivain-charles-maurras-qui-doit-etre-commemore-en-2018_5248170_3246.html
5.« La France doit-elle célébrer Charles Maurras en 2018? », bibliobs.nouvelobs.com
6.http://www.culturecommunication.gouv.fr/Presse/Communiques-de-presse/Declaration-Livre-des-commemorations-nationales-2018
7.twitter.com en recherchant la date, 1er février; et retwitt de Raphaëlle Bacqué, du 2 février 2018.
8.https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Prochasson
9.Avant la violence contre les « gauchistes » contemporains (faire une recherche en ligne), avait triomphé à « la Faculté de Droit de Paris' » la violence contre des juristes « républicains » et les (rares) étudiants communistes et socialistes : sur le déchaînement fasciste éthiopien de 1935-1936 et les attaques Camelots du roi et autres ligues fascistes (dont les Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger) contre le professeur de Droit Gaston Jèze, avocat devant la SDN du Négus d'Éthiopie contre l'agresseur italien, assailli comme franc-maçon et juif, voir « l'Affaire Jèze », gros dossier 4-15 mars 1936, F7 12964, notes journalières de la Préfecture de police concernant réunions et manifestations, 1er -15 mars 1936, AN.
10.Lettre citée et commentée par les RG de la Sûreté générale (future Sûreté nationale, SN) depuis juin 1925, F7, 13197, Action française, dossier « Menaces de Maurras contre Schrameck, 1926-1927 », Archives nationales (AN).
11.Transcription courante dans l'entre-deux-guerres des milieux antisémites, policiers inclus (au contraire de ce qu'avance le lien cité à la n. suiv.), Kuhn étant plus proche du notoire nom « juif » de Cohen : voir les fonds F7, AN, et GA, Archives de la Préfecture de police (APP).
12.Je certifie l'honnêteté de mes coupures, contrôlables : maurras.net
13.Fiche des Renseignements généraux de la Préfecture de police (RGPP), 7 février 1941, GA, R 6, Lucien Rebatet, APP.
14.Lacroix-Riz, Le Choix de la défaite, Paris, Armand Colin, 2010, chap. 3, 6, passim, et index Maurras, Camelots du roi, Cagoule, Comité secret d'action révolutionnaire et CSAR.
15.Les RGPP excluent la rencontre de hasard, notamment fiche 14 février 1936 sur l'attaque des Camelots du roi, GA, B 24, Jacques Bainville, APP.
16.« Bleu » sans numéro ni référence, 20 mai 1936, F7, 13983, bleus de la PP et de la SN, 1936, dossier 6. Action française, mai, AN.
17.Maurras, p. 277, notes, p. 301-336 (même celles qui citent des lettres, anodines, des années 1880 ou 1890, sont puisées à des ouvrages antérieurs).
18.Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), Paris, Armand Colin, 2010, chap. 1-2 et 5, dont p. 247-258
19.Le choix de la défaite, chap. 4, « Le financement allemand des ligues », p. 168-171, et chap. 6, « Les ligues et la presse », p. 319-325.
20.Quatre lignes « du début de 1937 » au « décret du Saint-Office [du] 10 juillet 1939 », p. 196, contre vingt-quatre sur l'excommunication et ses conséquences, p. 150-173, sans explication sur « un certain accord avec l'Allemagne » reproché au Vatican fin 1927, p. 171, accord au cœur du conflit.
21.Sur l'avant-guerre, toutes allusions explicitées et sourcées, Vatican, chap. 1-2, 5, 9; Choix (dont art. cit., « Conscience angoissée », du 11 avril daté du 12, p. 458, et index Joseph-Barthélémy et Le Temps), De Munich à Vichy, Paris, Armand Colin, 2008; sur l'Occupation, Industriels et banquiers français sous l'Occupation, Armand Colin, 2013; Les élites françaises, 1940-1944, Armand Colin, 2016.
22.Reproduit les-crises.fr, qui inclut mon article « Olivier Dard et Maurras, ni antisémite ni germanophile ni pronazi »; et à nouveau dans les-crises.fr
23.Lettre 385 du Procureur général d'Aix à de Menthon, 10 mars 1945, BB/18/7113, 8 BL 441 R, AN
24.Lettre du Procureur général de Lyon à de Menthon, 20 février 1945, et suites, aussi effarantes, riches en correspondance centrale du ministère, BB/18/7113, 8 BL 441 R, AN.
25.Les élites, p. 70-74 (et mon prochain ouvrage sur la non-épuration en France).

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15-05-2018 3 articles les-crises.fr 14 min #141293

Charles Maurras, antisémite forcené (1/2) : le programme antijuif 1911-1913

La période est apparemment au blanchissement de certaines figures de l'antisémitisme français, dont on nous explique qu'il y a urgence à rééditer leurs oeuvres - alors que bon nombre de livres de résistants et de témoins critiques de l'époque sont depuis longtemps épuisés.

Comme elle est souvent adoucie, et en complément de l'article paru ce jour, voici la vision réelle de Charles Maurras sur les Juifs - ces textes ayant été omis de l'anthologie du "poète et philosophe" (peut-être car elle a été appelée "L'avenir de l'intelligence" ?)...