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La vitesse supérieure

Les lois nouvelles se suivent et se ressemblent par ce qu'elles ont en commun : leur irresponsabilité et la provocation que constitue ce qu'elles remettent en cause.

Les gens par instinct pensent de façon légitime que si une loi injuste est votée sans qu'ils ne le sachent, ils pourront la refuser clairement, comme le fait de donner son empreinte génétique ou de se faire pucer par exemple.
Mais en fait non, si la loi l'exige, le citoyen sera obligé de s'y soumettre, il n'y avait qu'à pas voter Sarkö. (et s'il y a un scandale il sera vite étouffé).

Pourtant l'argument logique permet une dénonciation puissante de l'injustice.

Ce qui sera étonnant, c'est quand les lois votées prendront effet et qu'on verra les premiers mécontentements. A ce moment, quand les travailleurs s'étonneront que certains droits qu'ils croyaient avoir ne sont plus « valables à notre époque », y compris les plus élémentaires, et on verra aussitôt à qui ces nouvelles lois profitent finalement.

C'est dans le résultat le plus flagrant qu'il faut placer les intentions initiales, y compris si elles n'étaient pas désirées ou par faute d'avoir su l'entrevoir, car alors à la faute se rajoute l'inconséquence.

On se rendra compte que les lois qui étaient existantes, fruit d'une histoire lourde et grandiose, avaient des fondements beaucoup plus rationnels, intelligents et philosophiques que quiconque ne l'avait dit depuis de nombreuses décennies, et que nul ne peut prétendre être capable d'égaler à lui seul.
Que la morale acquise par un long processus de recherche de la justice, possédait une vertu fonctionnelle et rationnelle, comme par exemple la simple survie. Cela on le verra en négatif, en mesurant l'absence cruelle de lois qui apparurent pour de bonnes raisons, et disparurent pour de mauvaises.

A une époque où la critique contre les politiciens est récupérée par eux (et avec succès puisque ça marche) comme une critique des lois existantes, tout le monde a exclu du débat les fonctionnalités et la perfection obtenue par les lois existantes, leur utilité et leur raison d'être. (même si leur efficacité est en constante dégradation)

(exemple topique) Aujourd'hui, le proprio s'offusque des lois qui empêchent de mettre à la rue les gens qui ne peuvent plus payer leur loyer, et tire la corde au maximum de son côté, persuadé du bon droit que lui accorde la justice, et de la criminalité du locataire en difficulté.
Pourtant la loi qui existe est une mesure qui est fonctionnelle et rationnelle, en permettant à la personne d'avoir un peu de temps pour se dégager de sa situation, ce qui au final permet une économie pour tout le système social. Mais non : à notre époque, c'est le court terme qui compte, et le coût social qui flambe du coup, et ensuite, devant ce nouvel état de fait, on rajoute une nouvelle loi à court terme, provoquant de nouvelles lésions et de nouveaux coûts, et ainsi de suite, d'où la multiplication et la perte d'efficacité des lois, au fur et à mesure qu'elles ne sont plus le fruit d'une volonté populaire (constat à long terme) et non d'un lobby (intérêts à court terme).

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Les lois nouvelles déferlent à une vitesse bien plus grande que ne permet de le traiter la critique, qui fonctionne sur un mode hebdomadaire, où chaque semaine un sujet est ressassé, jusqu'à satiété, autour d'une phrase-clef contre l'idéologique de laquelle tous les intellectuels s'essoufflent en vain ; étant donné que la technologie psychologique employée est bien plus élaborée qu'ils ne peuvent le savoir. (de la même manière que le fascisme à son époque ne faisait pas froid dans le dos à la plupart des gens).

Petit récapitulatif approximatif, non daté et non exhaustif :
épuration ethnique des étrangers « sans papiers »
discrimination religieuse (voile islamique)
loi sur la prévention de la délinquance
loi sur la récidive
loi sur la détention préventive
réforme des universités
loi sur la durée de cotisation
loi sur la durée du travail (de 35 à 48 heures)
réforme des acquis sociaux,
révision du code du travail
traité européen « de Lisbonne » malgré son refus démocratiquement établit
accords Olivennes
directive Bolkestein
désengagement de la justice dans les affaires de divorce
obligation d'accepter les emplois proposés
évaluation des ministres (sans dire sur quoi et comment)
création d'un impôt pour financer la télévision
rétablissement de l'ordre religieux (ça doit faire rire ou ça doit faire peur ?)
(nous avons omis entre autres la catégorie des lois favorables aux riches)

Ainsi le principe salvateur sera de répondre par le traitement collectif de problématiques qui soient génériques et bien plus persistantes qu'une seule semaine, et qui porteront même sans le faire exprès également sur toutes les lois futures, de façon à ce que leur apparition soit rendue prévisible, ou qu'elle conforte nos prédictions.

Car à l'heure actuelle tout le monde est dépassé par la fréquence des provocations étatiques, et finalement cela provoque un effet assommant, où « les gens » prennent l'habitude, ne peuvent plus s'offusquer sans que le lendemain, le sujet ai changé.
Et sans qu'il n'en reste qu'une trace d'archive.

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Pour toutes les lois que nous avons cité en exemple, on peut systématiser les questions d'ordre méthodologique suivantes :

Quel est le constat initial, sur quoi ce constat s'appuie-t-il, et y a-t-il consensus sur ce constat ?
Quels moyens déjà existants sont à notre disposition pour résoudre ce problème ?
Ne faut-il pas d'abord ausculter facteurs dont découle ensuite ce qui est constaté ?
Émettre l'hypothèse des dispositions à prendre (via des modèles prédictifs) et les soumettre à une réflexion collective et impartiale ;
et ensuite une fois le projet mis en oeuvre : observation de la fonctionnalité, de l'utilité, de l'efficacité et des effets indésirables inéluctables de la loi mise en oeuvre.

En résumé, juste trois points, énoncer le problème, choisir une solution parmi plusieurs, et observer minutieusement les effets de ces solutions, avec un haut niveau d'esprit auto-critique, étant donné que la vie des gens en dépend (quand c'est de la politique).

Normalement tout ceci devrait prendre du temps mais sous Sarkö, et à une époque dont il est l'icône où n'existent que des faits séparés et névralgiques comme des trous qui apparaissent dans une coque qui empressent tout le monde de s'activer fiévreusement, l'ensemble du schéma méthodologique se résume à un seul jaillissement d'une micro-seconde dans l'esprit du président. Tout est décidé par avance et la certitude des résultats, est à peu près la même que celle du gars qui inventa le delta-plane, et qui mourut en sautant du premier étage de la Tour Eiffel il y a une centaine d'années.
Les gens n'étaient pas plus préhistoriques il y a cent ans, pourtant l'esprit humain, volontaire et courageux, est parfois trop impatient de voir ses rêves se réaliser et décident librement de s'économiser un semblant de méthodologie.

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Bien sûr répondra-t-on, le problème est plus vaste, dans toute la société où le temps presse la réflexion manque, et plus elle manque, plus le temps presse évidemment.
Si de façon culturelle dans les échanges humains, tout ce qui compte est l'intérêt personnel, tout en croyant que par une magie facile cette loi unique permet au monde d'être parfaitement harmonique, si des gens qui ont l'air respectables à cause du prix de leur costume, donnent de la légitimité à ne faire que peu de cas de sa conscience morale, alors rien d'une dimension inférieure à cela ne pourra sauver le monde.

Si par contre dans les échanges inter-humains, au lieu d'une bi-volonté de sortir gagnant sans que le détriment de l'autre ne stimule aucun scrupule, les deux interlocuteurs partaient à la recherche de ce qui fait justice, en faisant coïncider leur point de vue sur ce qui leur semble juste au moins dans le principe, alors les accords, ces noeuds qui font le réseau social, pourraient puissamment rivaliser avec l'idéologie rétrograde qui ne semble trouver d'apaisement que dans la possession et le contrôle.

Dans un monde de justice, la possession le contrôle et la méfiance sont plus que des insultes, ce sont des illogismes dont les effets sont nuisibles et mesurables.
Or un monde de justice ne peut apparaître préalablement à ce que les gens, dans leurs rapports inter-humains, ne soient d'accord de façon tacite pour découvrir ce qui est juste.
Une société humaine n'est que les relations entre les gens, et ce qui conditionne ces relations. Une société civilisée est caractérisée par la confiance que les gens ont envers des inconnus, si tant est qu'il est logique de croire que la recherche de la justice sera toujours centrale dans les rapports entre les gens.

Au final, c'est le policier à qui on donne l'ordre de déporter des étrangers, qui doit répondre : « dans quel intérêt dois-je, à titre personnel, faire cela ? »
Et si jamais il subit une oppression, il aura tout un peuple derrière lui prêt à défendre ce qui est juste.

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