[Master Class Propagande] « syrie : l'inéluctable riposte occidentale » , par Le Monde

12-04-2018 7 articles les-crises.fr 12 min #140035

Comme "l'éducation aux médias" est dans l'air du temps :

nous vous proposons aujourd'hui une illustration de la propagande de guerre chez nous - avec ici un édito du journal Le Monde. Cela formera les plus jeunes qui découvrent ce phénomène (qui est loin d'être nouveau, mais est de plus en plus délirant et dangereux)

Source : Le Monde, 10.04.2018

Editorial. Après l'attaque chimique de Douma, Washington et Paris estiment nécessaire une « réaction ferme de la communauté internationale » contre les auteurs de ce crime de guerre.

Editorial du « Monde ». Près de cinq ans après le tragique renoncement des Etats-Unis face à l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien contre ses propres citoyens, la communauté internationale se retrouve confrontée au même défi : comment punir les auteurs de ce qui s'appelle, en droit international, un crime de guerre ?

Vous noterez dès le début :

1/ qu'il est présenté comme "tragique" que les Étaient-Unis n'aient pas violé le Droit International en 2013 pour bombarder le gouvernement syrien - le contraire semblant donc évident pour Le Monde. De plus, les raisons de l'inaction américaine ne sont pas présentées au lecteur - nous y reviendrons ci-après

2/ "communauté internationale" = Occident + Israël + Arabie Saoudite. Avez-vous senti des velléités de bombardement de la Chine, de l'Inde, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique du Sud ? Ça ne fait que 6 milliards d'habitants sur 7 qui manquent à l'appel...

3/ ah, le fameux "droit international". Mais oui, c'est un crime de guerre. Comme Le Monde semble ne pas savoir "comment punir les auteurs", je propose qu'on les punisse exactement comme on a puni les auteurs de crimes de guerre au Yémen ou en Palestine, par cohérence.

Hormis Moscou, qui crie sans vergogne à un montage orchestré par les rebelles, nul ne doute en effet que la substance à l'origine de la mort de plus de 40 civils syriens, parmi lesquels de nombreux enfants, samedi 7 avril, à Douma, dernière poche rebelle aux abords de Damas, fait partie des gaz neurotoxiques interdits par les conventions internationales sur les armes chimiques.

Heu, si, moi je doute à ce stade - essentiellement car il n'y a pas eu d'enquête, et que les infos viennent d'une zone tenue par des salafistes.

Plus sérieusement, vous notez que ce journal affirme donc qu'il n'y aurait "aucun doute", ce qui n'est évidemment pas correct.

Espérons que cette affirmation péremptoire ne rentre pas dans la catégorie Fake News, vu que le diplomate britannique Craig Murray doute sérieusement de cette narrative, tout comme le journaliste américain Tucker Carlson...

L'ambassadeur de France aux Nations unies, François Delattre, a évoqué devant le Conseil de sécurité de l'ONU « un carnage chimique » et des symptômes « typiques d'une exposition à un agent neurotoxique puissant, combiné au chlore pour en augmenter l'effet létal ».

Ni Washington ni Paris ne contestent que la fameuse « ligne rouge », celle du recours mortel aux armes chimiques contre des civils, a ainsi été franchie.

Ce sont de sacrés comicos quand même à Damas : on les autorise apparemment à tuer des dizaines de milliers de civils, "à l'ancienne" (bombes, balles, missiles, etc), mais ils ne peuvent s'empêcher d'utiliser du gaz (qu'ils se sont engagés à détruire) pour en tuer 50 de plus, juste au moment où ils allaient gagner...

Mais on ne peut évidemment exclure la responsabilité de Damas, mais on ne peut alors que conclure qu'il s'agirait d'une provocation pour déclencher une guerre - et, dès lors, il serait dans doute intelligent de ne pas se jeter dans le piège de Damas...

Bref, dans tous les cas, et quel qu'elle soit, il est assez évident que la personne qui a lancé l'attaque au gaz espérait des bombardements - veut-on tant lui faire plaisir ?

Les présidents Donald Trump et Emmanuel Macron se sont entretenus deux fois au téléphone en deux jours après l'attaque de Douma et sont convenus de la nécessité d'une « réaction ferme de la communauté internationale ».

Cf plus haut.

Devant la presse à Washington, le président américain a assuré que ce nouveau défi du régime syrien serait relevé « avec force »

Oui, le gouvernement syrien aime bien être bombardé et mettre ses alliés dans l'embarras, surtout face à des dingues malhonnêtes qui, non content d'avoir vaporisé des centaines de milliers de civils japonais il y a 70 ans, ont menti au monde entier pour envahir et détruire le pays frontalier de la Syrie, et pendre son dirigeant...

et qu'« il serait établi » si cet acte avait été commis par la Syrie, la Russie, l'Iran, « ou tous ceux-là ensemble ».

Open Bar Complotisme aujourd'hui...

S'il pouvait aussi "établir" la réalité des armes de destruction massive en Irak, il ferait d'une pierre deux coups...

La volte-face désastreuse de 2013

Une riposte est donc inéluctable.

Voilà. C'est évident.

Enfin, pas pour la Chine, l'Inde, l'Afrique, etc.

Les responsables français, américains et britanniques ne sont que trop conscients des conséquences désastreuses de la volte-face de l'administration Obama qui, le 31 août 2013, alors que les avions français étaient prêts à décoller, renonça à mener des frappes militaires conjointes contre le régime du président Assad, après une attaque au gaz sarin contre la population de la Ghouta, près de Damas.

De nouveau, on n'expliquera pas au lecteur la raison de cette volte-face. C'est dommage. Surtout que c'est Obama lui-même qui l'a fait, dans cet article traduit sur ce site. Vu son importance, je le cite longuement :

Toute la semaine, les représentants de la Maison-Blanche martelaient que Assad avait commis un crime contre l'humanité. Le discours de Kerry allait marquer le point culminant de cette campagne.

Mais le président était de plus en plus mal à l'aise. Obama me racontait plus tard que, durant les jours qui suivirent le gazage de Ghouta, il répugnait de plus en plus à l'idée de procéder à une attaque non validée par le droit international ou par le Congrès. Le peuple américain ne semblait pas se réjouir d'une éventuelle intervention en Syrie ; tout comme l'un des rares dirigeants étrangers que Obama respecte, Angela Merkel, la chancelière allemande. Elle lui a dit que son pays ne participerait pas à une campagne en Syrie. Et de façon inattendue, le 29 août, le parlement britannique refusa à David Cameron son accord pour une attaque. John Kerry me dit plus tard que lorsqu'il avait entendu cela : « intérieurement, je me suis dit Oups. »

Obama a également été déstabilisé par la visite surprise plus tôt dans la semaine de James Clapper, son directeur des services secrets, qui interrompit le briefing journalier du président - le rapport sur les menaces qu'Obama reçoit chaque matin des analystes de Clapper - pour rendre clair le fait que les informations issues du renseignement sur l'usage du gaz sarin en Syrie, bien que solides, n'étaient pas « exemptes de tout doute ». Il a choisi ce terme avec précaution. Clapper, le chef d'une communauté du renseignement traumatisée par ses échecs durant la préparation de la guerre en Irak, ne souhaitait pas faire de promesses excessives, à la manière de l'ancien directeur de la CIA George Tenet, qui avait garanti à George W. Bush, concernant l'Irak, qu'il n'y avait aucun doute à avoir. [...]

Obama partagea également avec McDonough un ressentiment de longue date : il était fatigué de voir Washington dériver de manière irréfléchie vers la guerre dans les pays musulmans. [...]

Obama comprend que la décision qu'il a prise de renoncer aux frappes aériennes et de permettre la violation impunie de la ligne rouge qu'il avait lui-même tracée sera impitoyablement mise en question par les historiens. Mais aujourd'hui cette décision est source de grande satisfaction pour lui.

« Je suis très fier de ce moment, » m'a-t-il dit. « L'écrasant poids de la pensée conventionnelle et de la machinerie de notre organe de sécurité nationale était allé assez loin. Le sentiment était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l'Amérique était en jeu. Et donc pour moi presser le bouton à ce moment, je le savais, m'aurait coûté politiquement. Et le fait que j'ai été capable de repousser les pressions immédiates et de penser par moi-même ce qui était dans l'intérêt de l'Amérique, pas seulement eu égard à la Syrie mais aussi eu égard à notre démocratie, a été la décision la plus difficile que j'ai prise - et je pense finalement que c'était la bonne décision à prendre. »

Depuis, selon l'ONG Human Rights Watch, le régime a fait usage d'armes chimiques contre les civils 85 fois. Le successeur de Barack Obama puis celui de François Hollande ont à leur tour défini l'utilisation d'armes chimiques comme une « ligne rouge » : ne pas respecter cet engagement reviendrait à enterrer définitivement la crédibilité, déjà sérieusement mise à mal dans le drame syrien, des puissances respectueuses du droit international, et à consacrer l'impunité des auteurs de crimes de guerre.

Aie, l'auteur a oublié de préciser "l'impunité des auteurs de crimes de guerre EN SYRIE, COMMIS PAR LE GOUVERNEMENT". Car je n'ai pas vu des sanctions contre les crimes de guerre des rebelles islamistes très modérément modérés que nous soutenons, et, pour les crimes dans d'autres pays, Netanyahou dort tranquille apparentement.

La question n'est donc plus : faut-il riposter ou non ? Mais : comment riposter ? Sur le front diplomatique, le Conseil de sécurité de l'ONU est bloqué par la Russie qui, protectrice de Bachar Al-Assad et maîtresse de l'espace aérien syrien, opposera inévitablement son veto à toute tentative de sanctionner légalement Damas.

Ah mais si, c'est la toute la question justement - et il est hors de question que ce soit ce tract de la "Gauche Pentagone" qui y réponde pour nous...

C'est le principe de l'ONU : les grandes puissances doivent négocier pour résoudre les problèmes, ce qui est difficile, mais c'est le propre de la Diplomatie. L'autre option est la loi du plus fort, qui se termine souvent par des guerres.

Par ailleurs, Le Monde se garde bien de rappeler ici que les États-Unis ont également refusé le projet de résolution de la Russie sur une enquête de l'OIAC.

Une fois cette voie épuisée, Français et Américains devront donc agir de leur propre initiative, peut-être avec l'appui des Britanniques.

Euh, non, une fois cette voie épuisée, il ne se passe rien, c'est le principe du Droit International - l'auteur à bêtement confondu avec les règles du Far West...

Et là, du coup, c'est ballot, mais il vient d'écrire que "les puissances respectueuses du droit international" allaient évidemment violer le droit international pour punir Assad d'avoir violé le droit international (le tout sans enquête sérieuse sur les responsabilités)...

Il y a un an exactement, les Etats-Unis avaient répondu par un tir de missiles sur une base aérienne syrienne à une attaque à l'arme chimique qui avait fait plus de 80 morts.

Aaaaah, des bombes !!! ça été le seul moment de l'année où ils ont aimé Trump...

Il leur faut maintenant penser plus loin, sans précipitation, avec le plus grand nombre d'alliés possible, sans négliger les effets d'opérations menées dans un environnement aussi explosif en présence d'acteurs comme la Russie et l'Iran, mais aussi Israël et la Turquie.

"Penser plus loin" ? Hmm. La guerre, des bombes atomiques, c'est quoi exactement le plan ? Car le dernier patine depuis 17 ans face aux Talibans qui contrôlent la moitié du pays, et a surtout généré Daech en Irak (et donc le Bataclan)...

Rarement le Moyen-Orient aura été aussi dangereux.

Surtout à cause du Monde et de ses confrères, oui...

Source : Le Monde, 10.04.2018

« Les Membres de l'Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger. [Ils] s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies. » [Charte des Nations-Unies, art. 2]

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