La Zad de Notre-Dame-des-Landes : tenir face à la machine d'Etat

12-04-2018 reporterre.net 9 min #140026

Sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, l'opération militaire a repris ce jeudi matin. Reporterre suit les événements.

10h35 -  Communiqué des habitants de la Zad « Après 3 jours d'expulsion, seront-ils prêt à tuer parce qu'ils ne veulent pas de collectif ? » :

Mercredi 11 avril, 6 lieux de vie et habitats supplémentaires de la zad ont été détruits : Sécherie, Acatrelle, Isolette, Boîte noire, Entre deux, Gaieté... Ils continuent d'essayer d'éradiquer nos vies, notre histoire. L'attaque [contre le pique-nique de protestation] ainsi que celles extrêmement brutales qui ont suivi immédiatement autour de la maison de la Grée et au carrefour de la Saulce ont provoqué de très nombreuses blessures. L'équipe médic fait état de plus de 80 blessés. (...)

Une question est ce soir sur toute les lèvres, dans les lieux encore debout dans le bocage, dans les foyers des centaines de milliers de personnes dans ce pays pour qui la zad représente toujours un espoir : jusqu'où le gouvernement Macron ira-t-il ? Cet après-midi dans la foule prise en étau entre des rangs de policiers, il était clair pour tous que l'Etat serait désormais prêt à tuer pour finir son opération. Ces chairs blessées, ces morts possibles dans l'acharnement policier sont désormais le prix que l'Etat macronien est prêt à payer pour ne laisser aucune place à un espace d'expérimentation collective, pour enrayer la solidarité.

10h30 - Communiqué des personnes ayant bloqué la N165 : « Ce matin nous sommes quelques personnes à avoir bloqué la voie rapide entre Nantes et Vannes. Nous trouvons que c'est une réponse convenable à la fuite en avant du gouvernement et de la préfecture sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes. Rien de plus simple à organiser : quelques gilets jaunes et quelques pneus. Nous affirmons notre soutien aux amis sur la ZAD, et espérons que la déviation engendrée par les embouteillages aura un peu déjanté le dispositif policier et, pourquoi pas, fourni l'occasion à des automobilistes de passer faire un tour sur la ZAD. Nous affirmons notre soutien à tous ceux qui luttent en ce moment, cheminots, étudiants etc et invitons tous ceux qui comme nous ne peuvent pas se rendre sur la ZAD, à multiplier ces petits gestes qui grippent le dispositif policier. »

10h15 Au Tribunal de grande instance de Nantes, l'audience contre l'expulsion des Cent noms est en cours.

Pour rappel, un habitant des Cent noms, vivant sur place depuis 2013, a assigné en urgence la préfète de Loire-Atlantique Nicole Klein devant le TGI de Nantes pour faire constater l'illégalité de son expulsion de son domicile. Il s'était fait connaître à plusieurs reprises (en 2013 et 2016) auprès des propriétaires successifs de la parcelle qu'il occupait. En mars dernier, il a de nouveau signalé sa présence auprès de la préfecture. Il n'a jamais eu de réponse et n'a pu bénéficier d'une procédure contradictoire. Le 9 avril au matin, il était expulsé de sa maison par les forces de l'ordre accompagnées d'un huissier qui ne daignait même pas lui donner une copie de la décision qui autorisait son expulsion. Pour ses avocats, une expulsion dans ces conditions, hors de tout cadre légal, porte atteinte à ses libertés fondamentales, notamment le droit à un procès équitable et le droit au respect du domicile.

Voici ce que disent M e Vallée et M e Huriet, ses avocats, d'après les journalistes de Presse Océan présents : « la destruction des 100 noms est un gâchis. Cette ferme, c'était pas des occupants de papier. C'était un lieu de vie, explique ainsi M e Vallée. Il faut arrêter avec le fantasme de l'huissier qui ne peut pas accéder au site. Un huissier est passé en 2016. C'est tellement facile de dire qu'on ne peut pas identifier les gens. On a fait comme s'ils n'existaient pas depuis 5 ans. Cette expulsion est illégitime. » De son côté, M e Huriet dénonce une « démonstration de force » : « l'état ne voulait pas perdre la face.La situation est ubuesque. Nous risquons le déni de justice » Ils dénoncent,  comme l'avait expliqué Reporterre, une voie de fait. Pour sa part, l'État considère qu'« il n'y a pas eu atteinte à la liberté individuelle » et demande au tribunal de se déclarer incompétent.

M e Huriet et M e Vallée avant l'audience, photo prise par une journaliste de Presse Océan.

9h25 D'après le site  zad.nadir, la 4 voies Nantes/Vannes (N165), serait bloquée au niveau du Temple ou de Vigneux à cause d'un barrage enflammé, certainement installé en soutien à la Zad. Information confirmée par Radio France mobilité.

 rftrafic12/04/2018 08:07:19  7  11  2705/322
🔥⚠️#N165 coupée à Vigneux de Bretagne, près de Notre-Dame-des-Landes #NDDL Pneus en feu signalés sur les voies…

La N165 bloquée par un barrage enflammé au niveau de Vigneux.

9h15 Ambiance relativement « tranquille » sur la Zad. « C'est la première fois que c'est calme à 8h depuis le lundi, s'étonnent presque des zadistes  auprès d'une journaliste de Ouest-France. Les camions de gendarmerie sont postés partout mais rien ne bouge. »

9h00 - Point sur la situation. Après trois jours d'opération militaire, les gendarmes ont repris la route du bocage ce jeudi matin. Les accès à la Zad seraient bloqués. Sur France Inter, le secrétaire d'état Sébastien Lecornu s'est félicité d'un « calendrier des opérations tenu », sans évoquer la possibilité d'une pause, comme le réclame pourtant plusieurs députés de la majorité, ainsi que de très nombreuses associations. L'opération pourrait se poursuivre encore plusieurs jours, alors que les appels et les actions de soutien à la Zad se multiplient. Ce matin à 9h, la préfète de Loire-Atlantique doit passer devant le tribunal de Nantes, pour la destruction des 100 noms.

Hier, les gendarmes ont mené une grande offensive autour du carrefour de la Saulce, point névralgique de la Zad, ainsi que sur les routes menant aux Fosses noires et à la Rolandière. De nouvelles cabanes ont été détruites (Sécherie, Gourbi, Isolette), en plus de la quinzaine démantelées lundi et mardi. L'équipe Médics a recensé de très nombreuses blessures - 9 causées par un flashball, 16 suites à des tirs tendus de lacrymogène, et 22 blessures liées à des explosions des grenades. Notre journaliste sur place a été touchée par un éclat de grenade. Côté gendarmes, il y aurait également une trentaine de blessés.

8h30 D'après Télénantes, tous les points d'accès à la Zad de Notre-Dame-des-Landes sont bloqués.

Les points d'accès sont bloqués, d'après Télénantes.

8h22 La préfète de la Loire Atlantique va devoir s'expliquer devant la justice ce jeudi à 9h pour l'expulsion d'un habitant du lieu dit « Les Cents Noms » et la destruction de son domicile.

8h00  Des associations exigent la « cessation de cette opération militaire de grande envergure » avant qu'il ne soit trop tard. « L'État engage son entière responsabilité quant aux blessé-es résultant de son intervention, que ce soit du côté des habitants de la Zad ou des forces de l'ordre. »

Carte de la zone centrale de la Zad.

07h05 45 camions de gendarmes, 8 voitures, 2 blindés et le camion projecteur sont signalés aux Ardillières, ils partent sur la D281.

06h12 Les gendarmes sont à la Grée. Toutes les routes d'accès à la Zad semblent bloquées.

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