L'aveuglement de Monsieur Netanyahou par Bernard Guetta

02-04-2018 histoireetsociete.wordpress.com 3 min #139628

lundi 2 avril 2018

Le sanglant bras de fer de vendredi dit toute l'impasse où en sont Israéliens et Palestiniens

On peut en dire tout, le reste et son contraire. De cette bataille de Gaza dont le bilan s'est élevé, vendredi soir, à seize morts et quelques 1 400 blessés, tous Palestiniens, on peut d'abord dire qu'Israël a répondu par les balles de tireurs d'élite à une manifestation très majoritairement pacifique, que seule une minorité de jeunes gens voulaient en découdre à coup de pierres et de pneus enflammés et que la disproportion de cette riposte est d'autant plus choquante qu'aucun manifestant n'était en passe de franchir la frontière entre la Bande de Gaza et Israël.

Ce constat n'est pas contestable mais il est également vrai qu'il s'agissait là de la première journée d'un mouvement conçu pour durer six semaines et que les autorités israéliennes n'avaient ainsi pas de bonne solution. Si elles se contentaient de lacrymogènes et de balles en caoutchouc, elles risquaient qu'il y ait beaucoup plus de gens qui s'approchent de la frontière et essaient même de la franchir. Il n'y aurait alors pas eu seize morts mais un bain de sang d'une tout autre ampleur qui pouvait embraser la Palestine et placer Israël dans une position diplomatique encore bien plus difficile que celle qu'il affronte aujourd'hui.

Le gouvernement israélien a, en un mot, tenté de tuer dans l'œuf un mouvement de levée en masse des Palestiniens qui visiblement l'inquiète

On verra dans les prochains jours s'il y est parvenu. Tout pronostic serait hasardeux mais la certitude est que le bras de fer de vendredi dit toute l'impasse où en sont Palestiniens et Israéliens.

Les Palestiniens restent divisés entre, d'un côté, les islamistes du Hamas au pouvoir à Gaza dont Israël s'est retiré en 2005 et, de l'autre, les laïcs du Fatah, prêts à une coexistence avec Israël et en contrôle de certaines zones de la Cisjordanie. A elle seule, cette division condamne les Palestiniens à l'impuissance puisqu'elle disperse leurs forces et les empêche de négocier quoi que ce soit mais ce n'est pas tout. Profitant de la faiblesse des Palestiniens, la droite israélienne poursuit inexorablement sa colonisation des territoires occupés dont on voit toujours moins comment ils pourraient maintenant former un Etat palestinien indépendant.

Les Palestiniens sont sans espoir mais, si fortes que soient ses armées, ses universités et son économie, Israël est également en position de faiblesse car, en refusant la solution à deux Etats, sa majorité de droite et d'extrême-droite ne lui laisse qu'une alternative. Soit Israël devient un Etat d'apartheid dans lequel les Palestiniens vivront sans droit de vote, soit les Palestiniens deviennent Israéliens et les Juifs seront bientôt minoritaires dans ce qui devait être leur foyer national. Dans les deux cas, c'est la fin d'Israël.

L'équipe
Bernard Guetta

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