Election présidentielle aujourd'hui en Russie - Impassible, Poutine triomphe

19-03-2018 14 articles mondialisation.ca 5 min #139077

C'est bien à la décision historique de Vladimir Poutine que la Syrie doit sa résurrection et son triomphe contre le terrorisme international régenté en sous-main par plusieurs capitales engagées dans le conflit.

Les électeurs russes sont appelés aujourd'hui aux urnes pour une élection présidentielle dont Vladimir Poutine, le président sortant, est de très loin le favori grandissime. Seul son rival candidat du Parti communiste viendra porter la contestation dans un suffrage pour lequel l'homme fort du Kremlin va jouer sur du velours. Avec un plébiscite annoncé qui le maintiendra aux commandes de la Fédération russe pour six ans, Poutine a de quoi donner des sueurs froides, en ces temps de rigueur climatique sibérienne, aux puissances occidentales. Ces dernières ont concocté une étrange mixture autour de l'affaire de l'espion russe empoisonné à Londres avec en ligne de mire une aggravation des sanctions contre la Russie et probablement un boycott ciblé de la prochaine Coupe du monde de football.

Un candidat naturel

Il faut dire que le mandat qui se termine a vu Vladimir Poutine contrecarrer les ambitions graduelles de l'Otan en passe d'encercler la Russie à partir de ses anciens partenaires de l'Europe de l'Est, notamment en Ukraine, mais également mettre à mal l'unilatéralisme que Washington avait imposé au monde depuis la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'Urss sous la double frappe de Mikhaïl Gorbatchev et Boris Eltsine. Le meilleur exemple de ce retournement de carte est, bien sûr, la Syrie où l'intervention de l'armée russe en octobre 2015 a complètement changé la donne face à une coalition d'intérêts et d'objectifs convoquée pour la mise en oeuvre d'un Nouveau Moyen-Orient. C'est bien à cette décision historique de Vladimir Poutine que la Syrie doit sa résurrection et son triomphe contre le terrorisme international régenté en sous-main par plusieurs capitales engagées dans le conflit.

Evidemment que l'objectif premier était de préserver les intérêts stratégiques de la Russie, notamment la défense de la base navale de Tartous. Mais il n'en demeure pas moins que la volonté de défendre le partenaire syrien était aussi de la partie et pour cela Moscou n'a pas lésiné sur les moyens, mettant en jeu ses armes les plus sophistiquées et allant jusqu'à payer le prix du sang avec un nombre de soldats et d'officiers tombés sur le front syrien de la lutte contre le terrorisme. Face à cette renaissance inattendue du Phoenix russe, les ripostes se sont multipliées: critiques virulentes à l'ONU pour tenter de saper le soutien au régime syrien, agitation soutenue autour d'une improbable affaire d'ingérence dans l'élection de Donald Trump au détriment de la candidate démocrate dont les peuples arabes victimes d'un Printemps assassin savent quel rôle elle a joué, entre autres en Libye, et maintenant un bras de fer avec le Royaume-Uni autour de l'empoisonnement d'un ex-agent double, tous les moyens sont bons afin de contenir un Vladimir Poutine autant honni en Occident qu'il est aimé en Russie et chez les peuples opprimés. Jamais il n'aura eu droit à un tel fleuve de critiques acerbes que durant ces dernières semaines, alors que la campagne électorale russe s'achevait sans le moindre incident majeur, si ce n'est les invectives puis les empoignades de deux candidats de l'opposition.

Ultime tentative de discrédit, les médias occidentaux ont désormais l'oeil rivé sur...le taux de participation, convaincus qu'une forte abstention aurait raison de la sérénité de Vladimir Poutine, décidément «sur de lui et dominateur». Le retour de la Guerre froide, pour les uns, la résurrection de la Russie, en tant que maillon héritier de l'ex-Urss, pour les autres, consacrent le changement du climat politique international aujourd'hui marqué par des accusations à l'emporte-pièce, des démentis et des échanges de représailles avec, en toile de fond, le conflit en Syrie, l'annexion de la Crimée, cruciale pour la sécurité même de la Russie, et le sort de la population russe dans l'est de l'Ukraine, pays impliqué dans la stratégie de l'Otan. Confiant et impassible, Vladimir Poutine contemple tous ces soubresauts sans aucun commentaire, limitant sa campagne électorale à quelques rencontres avec la Russie profonde, notamment les agriculteurs, et les jeunes avec lesquels il a multiplié les selfies. Et c'est en Crimée qu'il a évoqué, dans un discours de quelques minutes, les nouveaux enjeux auxquels la Russie doit se préparer, forte d'un nouvel «armement invincible».

Selon les tous derniers sondages, il aurait quelque 70% des suffrages étant donné que la majorité des Russes apprécie son bilan marqué par un retour à la stabilité après les crises de 1990 et une empreinte forte sur la scène internationale. A 65 ans, Vladimir Poutine va remporter ce soir un quatrième mandat qui le verra poursuivre son action jusqu'en 2024, loin devant le candidat millionnaire du Parti communiste, Pavel Groudinine, crédité de 8% des voix au maximum, l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, avec 6%, la journaliste libérale Ksénia Sobtchak (2%) et quatre autres candidats aux scores insignifiants.

Ses détracteurs auront jeté toutes leurs forces dans la bataille du dénigrement, comme l'opposant Alexeï Navalny, qui a appelé au boycott, et c'est pourquoi tous les regards seront braqués sur le taux de participation dont on pense qu'il reflètera la cote de popularité de Poutine auprès de la jeunesse russe qui n'a pas vécu les affres des périodes Gorbatchev et Eltsine. Depuis le Kamtchatka, à l'Est de la Russie, jusqu'à Kaliningrad, à l'Ouest, le pays aux 11 fuseaux horaires va vivre au rythme des 107 millions d'électeurs dont ceux de la Crimée, indifférents aux accusations quotidiennes des pays occidentaux qui, pensent-ils, s'entêtent à vouloir dompter l'ours russe pour mieux le dominer et «ne tirent aucune leçon de leurs échecs répétés»...

Chaabane Bensaci

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