Dans le quartier populaire de La Faourette, à Toulouse, le climat, ça interpelle

14-03-2018 reporterre.net 7 min #138894

À Toulouse, les jeunes de Solidarité jeunesse internationale, une association du quartier populaire de La Farouette, se sont emparés du changement climatique. Ils ont recueilli les avis des habitants et discuté avec un climatologue. Leur reportage.

  • Toulouse (Haute-Garonne), reportage

Toulouse, ses briques, ses bords de Garonne... et son Centre national de recherches météorologiques (CNRM). Le changement climatique, les chercheurs du CNRM y travaillent quotidiennement. Dans la Ville rose, ils ne sont pas les seuls à s'intéresser à ce sujet. À La Faourette, quartier populaire toulousain, la question intéresse aussi. « Quand je pense au réchauffement climatique, j'ai l'image de la banquise qui fond et des usines qui rejettent du CO2. Le problème, ce sont ces grosses entreprises qui ne font pas attention. Nous on peut faire des choses à notre niveau mais n'aura pas trop d'impact par rapport à des entreprises comme Coca Cola », avance, hésitante, l'opticienne.

Un peu plus loin, sur la place commerçante du quartier, fruits et légumes font face à des pots de fleurs. Chez le primeur-fleuriste de La Faourette, les échanges vont bon train quand on évoque la question du climat. « Le réchauffement climatique, c'est la destruction de la couche d'ozone. C'est cela qui nuit au bon fonctionnement des saisons », affirme le primeur. Au même moment, un client entre dans le magasin et intervient pour apporter son explication : « Le réchauffement climatique, c'est plutôt une histoire de gaz carbonique. C'est la combustion du pétrole et du charbon qui crée ce gaz. Et c'est ce gaz carbonique qui est dans l'air et qui fait du réchauffement, car ça laisse entrer la chaleur mais ça empêche qu'elle ressorte. C'est pour ça que l'on parle d'un effet de serre. C'est pour ça qu'on parle de fermer les usines à charbon et de réduire l'utilisation du pétrole. » Ce à quoi l'épicier répond : « Les usines mais aussi les voitures. À l'avenir, il faudra utiliser des voitures électriques pour moins polluer. Mais n'oubliez pas que cette électricité est produite dans des centrales nucléaires et ces centrales produisent un déchet radioactif. Malheureusement, pour s'en débarrasser, ce n'est pas facile. Il faut trouver le moyen de créer une électricité verte. »

« Le vrai problème, c'est l'avidité et l'égoïsme des hommes »

La question des voitures et la pollution qu'elles génèrent, c'est ce à quoi pense le boulanger lorsqu'il évoque la question du réchauffement climatique. « Quand on fabrique une voiture, qu'on en vend et que ça marche, on essaie d'en vendre plus. Volkswagen, c'est l'exemple typique. Ils vendent du rêve à la télévision, font de belles voitures en expliquant qu'elles polluent moins que la moyenne, alors que ce n'est pas vrai, que leurs voitures ne sont pas aux normes. Le vrai problème, il est là, c'est l'avidité et l'égoïsme des hommes. Tout ça est uniquement une question d'argent. La logique de ces entreprises, c'est : tant que je me remplis les poches, je me fiche du reste », avance l'artisan.

Quelques-uns des jeunes journalistes. 

Même son de cloche chez le boucher, convaincu que la surconsommation est la cause principale du réchauffement climatique. « Les animaux, les oiseaux ressentent ce phénomène. Dans certaines zones, les poissons disparaissent. Le responsable de tout ça, c'est l'humain. Il y a beaucoup trop d'usines, beaucoup trop de voitures », déplore le commerçant. Dans le quartier, la question industrielle est perçue comme le nœud du problème. Les habitants interrogés ont tous le même sentiment : le réchauffement climatique est avant tout un problème économique. La gourmandise des industriels est pointée du doigt. « Écologie, économie, tout est lié », affirme M. Farin. Délégué à la cohésion entre la police et les habitants du quartier, le médiateur estime que c'est à l'État de prendre position : « À notre niveau, on ne peut pas faire grand-chose. Les usines polluent, c'est vrai, mais ceux qui y travaillent ont besoin de cet argent pour subvenir aux besoins de leurs familles. C'est au gouvernement, aux différents États d'agir. »

Banquise, voitures, usines. Pour y voir plus clair, rendez-vous est pris au Centre national de recherches météorologiques pour rencontrer le climatologue David Salas Y Melia. Chercheur au CNRM, il y est responsable du GMGEC, le Groupe de météorologie de grande échelle et climat. À peine arrivé, le scientifique précise : « Le réchauffement climatique, cela veut dire que l'on parle des températures qui augmentent. Le changement climatique intègre aussi les pluies. Le changement climatique, ça peut aussi dire moins de pluie, ce n'est donc pas qu'une question de température. Il y a des régions du monde où il pleut moins. En Afrique, où il pleut moins, c'est un énorme problème. Dans d'autres régions où il se met à pleuvoir beaucoup plus, c'est aussi un énorme problème. Parfois, il peut tomber l'équivalent de deux ou trois mois de pluie en une seule journée. » Pédagogue, le scientifique insiste aussi sur les confusions qui peuvent être faites entre la météo et le changement climatique. « On peut avoir l'impression que les saisons sont perturbées. À Cugnaux [dans la banlieue de Toulouse], il y a eu de la gelée en avril en 2017. On peut trouver ça bizarre et se dire que c'est à cause du réchauffement climatique mais en météo, il y a toujours des petits accidents, des choses étonnantes. Ce qu'il faut regarder, ce n'est pas une journée en particulier, mais la moyenne des températures. »

Temps andalou à Toulouse

Si le scientifique date les débuts du réchauffement climatique à l'année 1900, David Salas Y Melia estime que la température n'a pas beaucoup augmenté jusqu'en 1940. Le vrai tournant ? L'année 1975 : « Depuis cette année-là, ça a commencé à se réchauffer très vite. » Un tournant qui serait dû à notre mode de vie et à nos habitudes de consommation ? À cette question, le scientifique acquiesce : « On émet trop de CO2, parce qu'on utilise les voitures, l'avion, les camions pour transporter les marchandises. On a pris l'habitude de prendre un avion à 20 euros pour aller voir les cousins à Paris, d'acheter beaucoup trop de choses, de produits. On mange trop dans nos pays, en tout cas trop de viande. Et on se déplace trop : dans 50 ans, les foyers qui possèdent deux voitures, ce sera à oublier, il faudra développer le covoiturage. »

Les jeunes de l'association toulousaine Solidarité jeunesse internationale et le climatologue David Salas Y Melia devant le Centre national de recherches météorologiques. 

Changer les mentalités, apprendre à consommer différemment, modifier son rapport à la mobilité, le défi est grand, l'urgence bien réelle. À Toulouse, le changement climatique se fait lui aussi sentir. « Si on ne fait rien, en 2100, il fera quatre, cinq, voire six degrés Celsius de plus qu'aujourd'hui et dans ce cas,Toulouse aura un temps similaire à celui de l'Andalousie aujourd'hui. En revanche, si on fait des efforts, si on change vraiment nos modes de vie pour émettre moins de gaz à effet de serre, on aura un ou deux degrés de plus. Là, le climat toulousain sera le même que celui de Toulon ou de Perpignan, c'est moins grave », prévient David Salas Y Melia. À Solidarité jeunesse internationale, nous en sommes convaincus à présent, il faudra faire des efforts, pour notre planète, pour notre futur et pour les prochaines générations.

Le climatologue David Salas Y Melia. 

Cet article a été réalisé par Hani, Machou, Rayan, Younes, Mohamed et Razik, de l'association toulousaine Solidarité jeunesse internationale, avec l'aide de Vanessa Vertus, journaliste pour Reporterre. Il entre dans le cadre de notre rubrique Écologie et quartiers populaires.

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