Mission des casques bleus dans le Donbass - Volker, l'Ukraine et la Suède croient encore au Père Noël

11-03-2018 entelekheia.fr 11 min #138792

« En dépit des nouveaux développements de situation, l'Ukraine, telle qu'elle existe aujourd'hui, va disparaître. L'option la moins douloureuse pour les Ukrainiens est un changement d'autorités et de l'appareil d'Etat, une fédéralisation, l'élimination de l'idéologie néo-nazie. Dans ce cas l'Etat ukrainien conservera quelques chances. Autrement, l'Etat ukrainien disparaîtra complètement de la carte politique mondiale. » -  Alexandre Zakhartchenko, président de la République populaire de Donetsk, 2016

Par Christelle Néant
Paru sur  DoniPress

Que ce soit dans un contexte de guerre, ou d'affrontement géopolitique, la clef du succès d'un plan réside avant tout dans la capacité à évaluer de manière fiable et objective la situation et les forces en présence.

Comme le disait Sun Tzu dans son ouvrage intitulé « L'Art de la guerre » : « Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait. Qui se connaît mais ne connaît pas l'ennemi sera victorieux une fois sur deux. Que dire de ceux qui ne se connaissent pas plus que leurs ennemis ? »

Or, le problème concernant aussi bien les États-Unis que leurs vassaux ou leur colonie ukrainienne, c'est que nous ne sommes pas face à des gens capables de réellement appréhender la réalité hors de leurs fantasmes. En clair, ils ne connaissent pas leur ennemi, et ils ne se connaissent pas eux-mêmes non plus !

On a pu le voir encore récemment, avec les  plans sur la comète particulièrement délirants  des autorités ukrainiennes pour rééditer en 2018, le plan d'attaque du Donbass de 2014, qui a pourtant prouvé sa totale inefficacité.

Ou les délires énoncés à voix haute par un  vice-ministre ukrainien concernant la répétition de la solution croate dans le Donbass, en comptant sur la passivité de la Russie pour laisser faire un génocide à sa porte sans rien dire ni faire. Une déclaration faite en dépit de toutes celles faites depuis un an par des officiels russes, annonçant que la Russie ne laisserait jamais faire une telle chose.

Je sais bien qu'aux États-Unis et pour les pays vassaux de ces derniers, les paroles ne valent pas grand-chose. Il suffit de se replonger dans la liste des garanties données par des responsables américains ou européens durant ces dernières décennies pour se rendre compte que pour ces gens-là, une promesse vaut moins qu'un rouleau de papier toilette (en vrac : la garantie que l'OTAN ne s'étendrait pas à l'Est après l'effondrement de l'URSS, la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye obtenue à l'ONU qui s'est transformée en attaque de l'OTAN contre le pays, l'accord entre Ianoukovitch et l'opposition signé début 2014 et qui sera renié par les ministres de l'UE qui s'en étaient portés garants, etc).

Mais il serait temps que tous ces gens-là finissent par comprendre que ce n'est pas parce qu'ils fonctionnent ainsi que c'est le cas de tout le monde. La Russie a prouvé à de multiples reprises que lorsqu'elle donne sa parole, elle la respecte (il suffit de se rappeler la promesse faite à la Syrie de lui venir en aide si elle en faisait la demande, promesse qui fut tenue par Moscou). Et surtout la Russie a montré depuis des années, que sa politique est de la « realpolitik », une politique basée sur la réalité, sur les faits. Pas sur les fantasmes. En bon judoka, Poutine applique les préceptes de Sun Tzu ! Et les autorités du Donbass appliquent les mêmes règles de politique que la Russie : la parole donnée est sacrée, et la politique doit être basée sur la réalité, pas sur les fantasmes.

Dès lors, on a du mal à comprendre les déclarations et les actes d'officiels comme Kurt Volker, de Kiev, ou de certains pays de l'UE, qui semblent parler ou agir en dépit du bon sens le plus élémentaire. Sauf à considérer que ces gens là sont tellement déconnectés de la réalité qu'ils vivent littéralement dans un univers parallèle...

Ainsi, récemment, Kurt Volker, le représentant spécial du département d'État américain pour l'Ukraine, a  balancé tout de go, que les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL) doivent être éliminées, car prétendument incompatibles avec la constitution ukrainienne ! Déjà pour commencer les autorités ukrainiennes actuelles elles-mêmes sont en place (et le coup d'État qui leur a permis d'être là aussi) en violation complète de cette même constitution, mais bon, M. Volker ne va pas se formaliser pour si peu...

Mais même sans prendre en compte ce paramètre, les accords de Minsk prévoient une modification de la constitution ukrainienne pour accorder une large autonomie à ces territoires. Or cette modification pourrait (si nous vivions dans un monde idéal où les négociations à Minsk portent leurs fruits) prendre la forme d'une sorte de fédéralisation permettant aux républiques d'exister au sein de l'Ukraine, comme la fédération de Russie qui contient bon nombre de républiques autonomes.

Donc l'argument est totalement irrecevable. Cette déclaration qui s'arc-boute sur la restauration de la souveraineté ukrainienne sur le Donbass montre juste qu'il n'y a aucune volonté réelle de négociation, mais d'imposer son point de vue, ce qui part plutôt mal pour faire aboutir les dites négociations.

Le reste de sa déclaration sur l'envoi de casques bleus permettant de mettre en œuvre ensuite les accords de Minsk ne tient pas plus la route, puisqu'il part du postulat que la Russie devra remettre le contrôle du Donbass aux casques bleus qui le remettront à l'Ukraine ! Du délire à l'état pur, puisque la RPD et la RPL ne sont pas sous contrôle de Moscou, mais d'elles-mêmes ! Il n'y a aucune force d'occupation russe dans le Donbass, aucun organe administratif ou politique d'occupation. Rien.

Seules la RPD et la RPL peuvent décider ou non de valider la venue des casques bleus, et négocier avec l'Ukraine les points politiques des accords de Minsk, comme la réforme de la constitution qui doit justement se faire EN ACCORD AVEC les républiques. Si on dissout la RPD et la RPL, alors on dissout les accords de Minsk dont elles sont signataires. C'est aussi simple que cela. Et il est bon de rappeler que ce monsieur est envoyé et payé pour prétendument aider à mettre en œuvre ces mêmes accords de Minsk ! À ce niveau là d'incompétence et/ou de stupidité il y a des questions à se poser.

Les réactions n'ont d'ailleurs pas tardé,  la Russie a bien sûr rapidement réagi à ce énième délire de Kurt Volker, entre autre par la voix de Constantin Kossatchev, le président du comité des affaires internationales du conseil de la fédération de Russie.

En réponse aux propos de Volker, Kossatchev a déclaré que ce dernier et la partie américaine dans son ensemble ne sont pas « un intermédiaire objectif et impartial » dans le règlement du conflit dans le Donbass.

« Les propos de Volker, bien entendu, ne s'inscrivent dans aucun cadre des accords de Minsk existants et, à mon avis, remettent sérieusement en question sa volonté et sa capacité à apporter une contribution réelle à l'avancement d'un conflit aussi complexe et délicat », a-t-il souligné.

En clair, Kossatchev vient de traiter publiquement, mais diplomatiquement, Kurt Volker d'incompétent qui ne sert à rien (ou dit de manière encore moins diplomatique, « petit laisse les affaires « complexes et délicates » aux grandes-personnes et retourne faire des pâtés dans le bac à sable ») ! Au contraire, à part mettre de l'huile sur le feu, ce monsieur ne fait pas avancer le schmilblick.

En RPD,  Alexandre Zakhartchenko, le chef de l'État, a tenu à doucher les espoirs de monsieur Volker, lors d'une conférence de presse tenue aujourd'hui, en soulignant que la RPD ne permettra pas voir son statut d'État être détruit, et ce quel soit le fantasme du représentant américain.

« Les autres pays devraient commencer à y réfléchir. Nous sommes prêts à toute éventualité et nous ne nous rendrons pas, le désir de Volker n'est que son souhait personnel. Cela n'arrivera pas. La RPD ne permettra pas qu'on l'élimine », a déclaré Zakharchenko.

Une fois posé ce cadre montrant que la RPD n'est pas plus suicidaire que la Russie, et que ses autorités ne vivent pas dans le merveilleux monde des bisounours, mais sont au contraire bien conscientes des menaces qui pèsent sur leur État et leur population, leur refus de voir 24 000 casques bleus déployés dans tout le Donbass prend tout son sens.

Surtout lorsqu'on regarde les dernières nouvelles concernant ce futur déploiement. Confirmant les pires craintes concernant « l'orientation » géopolitique de cet énorme contingent, certaines annonces et déclarations récentes venant d'Ukraine et de Suède, montrent bien que le but de ces casques bleus n'est pas de rétablir la paix, mais bien d'occuper le territoire du Donbass.

Alors que la Biélorussie s'était proposée pour faire partie de ce contingent de casques bleus (ce qui aurait pu apaiser quelque peu les craintes de la RPD et de la RPL),  Kiev y a opposé un refus catégorique en arguant du fait que la Biélorussie fait partie de l' OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective).

Partant de cet argument, les autres pays de l'organisation ne peuvent pas non plus envisager d'y participer, à savoir l'Arménie, le Kazakhstan, le Kirghiztan le Tadjikistan, et la Serbie (sans même parler de la Russie). Sachant que les pays membres de l'OTAN en sont aussi exclus de fait, vu que ni la Russie, ni la RPD, ni la RPL n'ont confiance en eux, la liste des pays potentiels se réduit comme peau de chagrin.

Surtout quand les pays de l'UE hors-OTAN, comme la  Suède,  censée prendre le commandement de cette force de maintien de la paix, offrent sur un plateau d'argent une raison de douter de leur neutralité.

Car en annonçant que les soldats suédois participeront à la mission des instructeurs militaires canadiens en Ukraine « Unifier », la Suède vient ni plus ni moins que de jeter aux orties sa neutralité. Et cette information est tout ce qu'il y a de plus officielle, puisqu'elle a été rapportée dans un communiqué de presse publié par le bureau du gouvernement suédois.

« Les forces armées [suédoises] ont l'intention de soutenir la mission d'entraînement « Unifier » en Ukraine en 2018. Les forces armées prévoient qu'en septembre, « Unifier » sera doté de personnel pour aider à la formation des soldats, à la manipulation des munitions, aux questions d'environnement et d'égalité des sexes, ainsi qu'à la formation de base pour la police militaire, les unités mécanisées et les sous-unités du corps des marines », indique le document.

En clair, les soldats suédois vont devenir des instructeurs de l'armée ukrainienne, et donc des soutiens de cette armée. Comment croire ensuite en la neutralité de la Suède, ou de ses soldats qui seront chargés de superviser la mission de casques bleus ? La Suède deviendrait alors juge et partie, devant assurer la paix dans le Donbass face à une armée ukrainienne qu'elle aura formée et soutenue !!!

Avant de vouloir avoir une « image claire de la situation » pour décider éventuellement de participer à cette mission de casques bleus dans le Donbass (comme annoncé par le ministre suédois de la Défense), la Suède ferait surtout mieux de chercher à avoir une démarche cohérente.

Car devant de telles incohérences entre le but affiché de cette mission de casques bleus et le but réel qui se devine à travers ces informations bien réelles celle-là, il ne faudra pas compter sur l'approbation de la RPD, de la RPL ou de la Russie, pourtant nécessaire pour que cette mission ait lieu.

Kiev et l'Occident peuvent bien fantasmer sur le fait d'imposer une force de 24 000 soldats vendus à la cause américaine dans le Donbass, la réalité, sur laquelle se base la Russie, la RPD et la RPL sera tout autre. En matière de guerre, il est temps que certains cessent de croire au Père Noël.

Christelle Néant

 entelekheia.fr

 Ajouter un commentaire