Un Président pris en otage

14-02-2018 7 min arretsurinfo.ch #137994

Le cercle se referme.

Par Justin Raimondo - Antiwar.com - 12 février 2018

Tandis que le Vice-Président Mike Pence se couvrait de ridicule, et avec lui le pays qu'il est censé représenter aux Jeux Olympiques, en refusant de se lever pour les athlètes de tout autre pays que les États-Unis, à la maison, le Washington Post publie un reportage sur le Président Trump qui semble ne rien avoir en commun ni avec Pence ni avec l'équipe de la Maison Blanche. L'article, intitulé « Le général préféré de Trump. Mattis peut-il contrôler un président impulsif et conserver sa confiance ? » raconte une histoire qui oppose un Président qui a tendance à défier le Parti de la Guerre à une garde prétorienne déterminée à rendre nul son mandat électoral de se tenir à l'écart des guerres étrangères et de s'occuper de « l'Amérique d'abord ».

« Bien que Trump ait donné à l'armée toute latitude sur les champs de bataille, il a aussi soulevé des questions sur le bien-fondé des guerres conduites par les États-Unis. L'année dernière, alors qu'une délégation de dirigeants irakiens venait de lui rendre visite dans le Bureau Ovale, Trump a plaisanté à leur sujet, les appelant "le groupe de voleurs le plus accompli qu'il eût jamais rencontré", s'il faut en croire un ex-fonctionnaire gouvernemental présent. »

Jamais, pourtant, mots plus justes ne furent prononcés, mais, bien sûr, cette fuite a pour but de mettre Trump dans l'embarras et de le fâcher avec les voleurs en question. On imagine combien Mattis a dû être horrifié par ce truisme, lui qui est un voleur bien pire qu'eux, puisqu'il a réussi à manipuler le Congrès au point de s'approprier 15.5 % d'argent de plus que ce que Trump avait demandé pour l'armée. L'article du Post continue à détailler les nombreuses hérésies du Président :

« Il a maintes fois, en termes vifs, pressé Mattis et McMaster de lui expliquer ce que faisaient les troupes US en Somalie. "Ne pouvons-nous pas tout simplement nous tirer de là ?" leur aurait-il demandé, d'après des fonctionnaires US. »

« L'été dernier, Trump soupesait des plans visant à envoyer davantage de soldats en Afghanistan et examinait la demande de l'armée qui réclamait des mesures plus agressives contre les affiliés de l'État Islamique en Afrique du Nord. Lors d'une rencontre avec ses principaux conseillers en sécurité nationale, la frustration du président éclata : "Vous, les gars, voulez me faire envoyer des troupes partout"»

Oh, le silence scandalisé qui a suivi ces paroles doit avoir duré l'équivalent d'une éternité. C'est alors que Mattis a sorti la vieille bourde inusable :

« "Monsieur, nous le faisons pour empêcher qu'une bombe éclate à Times Square" ».

Mais Trump n'a pas marché :

« La réponse a irrité Trump, qui a fait remarquer que Mattis pourrait invoquer la même excuse pour presque tous les pays de la planète. »

Et le Président n'a pas été le seul à faire montre de scepticisme :

« L'Attorney General Jeff Sessions a fait écho aux doutes de Trump et demandé si gagner était seulement envisageable dans des endroits comme l'Afghanistan et la Somalie. »

Et voici la partie qui fait froid dans le dos, en guise de conclusion :

« C'est Mattis qui avança l'argument qui allait, pour le moment du moins, forcer Trump à s'accommoder du statu quo, déjà connu des deux précédents présidents.

« "Malheureusement, Monsieur, vous n'avez pas le choix" dit-il à Trump d'après les présents. "Vous serez un président de temps de guerre."

Vraiment ? Et pourquoi ça ? Et à quelle guerre Mattis fait-il allusion au juste ? Celle d'Afghanistan ?... D'Irak, nous sommes pratiquement sortis... La Syrie, dernière addition en date à notre folie interventionniste ?... On ne nous le dit pas mais, à mon avis, ce n'est pas à une guerre étrangère que Mattis fait allusion, mais - peut-être inconsciemment - c'est de la guerre intérieure qu'il parle, c'est-à-dire de celle qui est faite au Président des États-Unis par son propre gouvernement

Nous en sommes abreuvés par les medias : le canular du Russia-Gate continue à faire flèche de tout bois, malgré les preuves de plus en plus nombreuses de sa totale fausseté. Robert Mueller est toujours à l'affût d'un prétexte pour abattre Trump. Les médias, adjoints de longue date de la bureaucratie sécuritaire, travaillent ouvertement en tandem avec les services d'espionnage pour déboulonner Trump, et si vous vous demandez pourquoi, relisez le reportage sur la répugnance de Trump à s'aligner sur l'agenda meurtrier du Parti de la Guerre.

Or, quand ils l'auront fait tomber, qui remplacera Trump ? Ce sera Mike Pence, bien sûr, le même qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour détruire la moindre possibilité de paix dans la péninsule coréenne - tout à fait contre la conviction de Trump que « nous pouvons arriver à un accord » avec la Corée du Nord

Le Parti de la Guerre ne peut pas tolérer un Président qui met en question les bases mêmes de l'empire américain. « Vous, les gars, voulez me faire envoyer des troupes partout ! » Évidemment qu'ils le veulent. Pourtant, Trump a été élu pour remplir un tout autre mandat : « l'Amérique d'abord ». Il s'est insurgé contre les changements de régimes. Eh bien, maintenant, les changeurs de régimes veulent changer le sien.

Jetez juste un oeil sur le reportage de James Risen, dans The Intercept : la cabale FBI/CIA/NSA a payé à un opérateur russe une première tranche de 100.000 $ sur un total d'un million, pour recueillir du matériel compromettant sur Trump. Est-ce que ce genre de choses n'était pas censé se passer seulement dans des endroits comme le Tadjikistan ? Oh, tout cela a été fait sous le prétexte de récupérer nos outils de cyber-guerre soi-disant détournés par les Russes, mais, franchement, quelle peut bien être leur valeur, si les Russes les ont déjà ? Oui, bon, nous pourrions découvrir ce qui nous a été volé - on ne le sait toujours pas - mais le long et complexe processus décrit par Risen n'a en réalité d'autre but que de se débarrasser de Trump. C'est vraiment tout ce qui leur importe à l'heure actuelle, et rien ne les arrêtera, même pas, je crois, l'assassinat, tant ils veulent y arriver.

Il y a trop d'argent qui dépend de l'existence et de l'expansion de notre empire planétaire pour laisser Trump ruiner leur magouille. Trop de carrières sont fondées sur elle, trop de prestige est en jeu, trop d'« alliés » dépendent de ses largesses. Ils le coincent bien, en dépit de ses instincts non-interventionnistes et ils compilent des « dossiers », et ils mobilisent toutes leurs forces pour l'assaut final sur le Bureau Ovale. Dans une importante mesure, Trump est retenu en otage : ils ont limité ses options politiques dans chaque sphère de poids des domaines de la sécurité nationale et de la politique étrangère. Le « marécage » dont parle Trump est un miasme international, et des créatures des profondeurs de diverses nationalités sortent en rampant de la boue, leurs griffes prêtes à saisir la gorge présidentielle.

Le Parti de la Guerre joue pour gagner. La question est de savoir si Donald Trump aussi. L'avenir nous le dira.

Justin Raimondo

Article original : original.antiwar.com

Traduction : c.l. pour Les grosses orchades / Arrêt sur info

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