Les politiciens grecs et la question macédonienne : ils signent des traites qu'ils ne peuvent pas honorer

14-02-2018 4 min tlaxcala-int.org #137984

Manolis Glezos Μανώλης Γλέζος مانولیس گلازس

Dans un article paru dans le quotidien I Kathimerini, Manolis Glézos prend position dans la crise macédonienne. Il déclare que les gouvernants signent des traites qu'ils ne peuvent pas honorer, et observe qu'il faudra que les Macédoniens oublient le mot Macédoine.

Encore une fois, la nation grecque, en tant qu'État, est conduite à prendre des décisions cruciales et historiques, dans un contexte de chantage. Chantage de la part de l'OTAN et de ses patrons, les USA.

Elle est conduite à accepter des décisions qui ont déjà été prises, à en juger par un examen sérieux des déclarations et de l'attitude de Matthew Nimetz.

Et c'est pour eux une victoire de plus que de contraindre un gouvernement qui se définit comme étant de gauche à leur emboîter le pas en acceptant ces décisions, afin de permettre l'expansion de cette coalition militaire pécheresse qu'est l'OTAN.

Mais un pays qui a tout cédé à ses créanciers, y compris l'indépendance nationale, n'a pas beaucoup de marge pour réagir.

La seule arme qui lui reste, c'est un front uni et sans faille du peuple, qui se dresse de toute sa hauteur, avec tous ceux qui portent sa voix, à l'exception des nostalgiques d'Hitler.

Dès le début, le processus a été mal engagé. Au lieu de convoquer immédiatement un conseil composé de dirigeants politiques élargi à des personnalités, on a choisi de pratiquer une politique de diplomatie secrète, en autorisant des fuites.

Au lieu de rechercher un large consensus, le gouvernement et l'opposition ont essayé d'engranger des bénéfices pour leurs partis, plaçant leur propre intérêt au-dessus de la Macédoine, au-dessus de ce qu'eux-mêmes appellent, en toutes occasions, l'intérêt national.

Au lieu de l'unité, la division, au lieu d'un « élan national du peuple tout entier », des délires haineux.

J'ai vécu plusieurs fois, avec ce peuple, ce qu'on appelle un « soulèvement de tout le peuple ». L'épopée de 1940, l'invasion allemande, la bataille de Crète, les grands événements de l'occupation, la Libération, les années 1960, puis la chute des colonels, mais aussi, les années suivantes, les événements qui nous ont fait connaître des victoires mais aussi d'amère défaites.

Ceci n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui, et il y a une explication à cela. La majorité des citoyens voient leurs partis politiques ne se soucier, malheureusement, que d'intérêts partisans et personnels.

Une grande partie des citoyens ont le sentiment que cette passion pour le pouvoir passe avant les intérêts du pays et de ses habitants.

Gouvernement et opposition s'affrontent, indifférents au sort de la Macédoine. Ils ne comprennent pas qu'ils signent des traites qu'ils ne peuvent pas honorer.

Malheureusement, les forces de gauche morcelées ne parviennent pas actuellement à s'interposer, à montrer qui sont les responsables de cette nouvelle crise à propos du nom du pays voisin, ils cherchent à faire entendre un discours qui puisse unir le peuple.

La participation du peuple dans les deux rassemblements était forte, mais ce n'est pas suffisant. Les forces qui l'ont mobilisé ont caché les vraies responsabilités et ont essayé de canaliser sa juste colère dans des directions qui servaient leurs intérêts propres, et non pour contribuer à une solution acceptable pour les citoyens de ce pays.

Comment le peuple, avec sa si grande sensibilité, pourrait-il à nouveau leur faire confiance ? Il y a donc un besoin urgent de clarifier les objectifs d'un mouvement qui puisse être embrassé par tout le peuple en dénonçant les forces qui entraînent le gouvernement vers une solution douloureuse.

Nous ne devons pas être ceux qui vont servir de caution à l'expansion de l'OTAN en cédant à tout ce qu'on exige de nous.

Si nous n'y parvenons pas, les choses risquent d'aller très vite, et cela, au détriment de notre pays.

Nous devons être clairs envers nos voisins: chaque nation est définie par 1) sa langue, 2) ses mœurs et ses traditions communes, 3) sa façon de pratiquer la religion, 4) sa volonté de conquérir son indépendance nationale, 5) la volonté du peuple tout entier et pas seulement de quelques-uns.

Une nation peut se définir par elle-même, mais elle perd le contact avec sa propre histoire quand elle se laisse définir par ce qui lui est étranger. Alors, chassez de votre esprit le mot Macédoine sous quelque forme que ce soit, et laissez-vous définir par votre histoire, votre langue, vos coutumes et vos traditions, votre désir d'une coexistence pacifique avec tous vos voisins, tout ce qui exprime l'ensemble du peuple et pas seulement une partie de celui-ci.

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