Un ambassadeur Us confirme que des milliards ont été dépensés pour provoquer un changement de régime en Syrie

13-02-2018 11 min arretsurinfo.ch #137941

Image: Off Guardian

Par Ben Norton The real news

Publié le 9 Février 2018 sous le titre US Ambassador Confirms Billions Spent On Regime Change in Syria, Debunking 'Obama Did Nothing'Myth

Les États-Unis ont déboursé au moins 12 milliards de $ en dépenses militaires et civiles pour intervenir en Syrie, sur les quatre ans qui vont de 2014 à 2017, selon l'ancien ambassadeur US dans ce pays.

Ces 12 milliards s'ajoutent aux milliards déjà dépensés pour amener un changement de régime en Syrie pendant les trois années précédentes, après l'éclatement de la guerre en 2011.

Ces chiffres impressionnants jettent un jour nouveau sur les sommes exorbitantes que les USA ont dépensé pour tenter de renverser le gouvernement de Damas. Ils contredisent aussi formellement les affirmations des soutiens de l'opposition syrienne, qui prétendaient que le président Obama « n'avait rien fait » en Syrie ou qu'il n'avait pas tenté d'y provoquer un changement de régime avec assez de ferveur.

L'ex-ambassadeur en Syrie Robert S. Ford a divulgué cette information dans un témoignage écrit qu'il a préparé en vue d'une audition par le Comité pour les Affaires Étrangères de la Chambre , le 6 février.

« Le coût des opérations militaires US en Syrie, de l'année fiscale 2014 à l'année fiscale 2017 a été de 3 à 4 milliards » a dit Ford. « En plus du coût de ces opérations militaires, les demandes budgétaires pour l'année fiscale 2017 réclamaient 430 millions de $ pour mettre sur pied des forces de sécurité locales, et celles pour l'année fiscale 2018 ont été de 500 millions de $ ».

L'ancien ambassadeur n'a pas précisé quelle partie de ces dépenses a servi à combattre ISIS. Il a néanmoins dit clairement qu'une partie était destinée à l'opposition syrienne.

Ford a aussi rapporté que les USA ont dépensé 7,7 milliards de $ en efforts d'aide humanitaire en Syrie pendant au moins quatre années. Ce chiffre, cependant, ne peut être exclu du coût total de la mission US de changement de régime, parce que la dépense US en aide humanitaire a été souvent explicitement politisée.

Le Département d'État US, l'USAID et d'autres agences gouvernementales ont refusé de fournir de l'aide humanitaire aux régions occupées par les forces gouvernementales et ont en revanche expressément utilisé leurs fonds pour arroser les infrastructures politiques, civiles et sanitaires des territoires tenus par les rebelles, y compris les régions gouvernées par la branche syrienne d'Al Qaeda, Jabhat Al-Nusra. Le Guardian a dévoilé comment des aides similaires ont été utilisées par le gouvernement britannique pour financer les activités d'Al-Nusra et d'autres milices extrémistes salafo-djihadistes.

Ford a reconnu, dans son témoignage, que l'aide humanitaire US à la Syrie avait été lourdement politisée, expliquant :

« Les USA ont aussi déployé une petite équipe civile en Syrie, chargée de la reconstruction initiale et de construire une nouvelle gouvernance locale ou d'améliorer la gouvernance existante. Si ceci ressemble à de l'édification d'une nation, ce n'est qu'à une plus petite échelle. L'USAID et d'autres agences civiles ont fourni 875 millions $ d'aide non létale et de stabilisation aux régions de Syrie contrôlées par l'opposition depuis l'année fiscale 2012. Rien que l'année dernière, les USA ont fourni environ 200 millions de $ »

Ce financement humanitaire politisé a fait partie d'un effort concerté pour saboter le contrôle du gouvernement syrien sur le territoire du pays, en créant des administrations politiques indépendantes, des organisations civiles, des institutions sanitaires et des infrastructures qui échappent à son contrôle, établissant ainsi, de facto, des gouvernements autonomes capables de subsister grâce aux fonds US.

En fait, dans cette audition devant le Comité des Affaires Étrangères de la Chambre, Ford est allé jusqu'à condamner le programme d'aide humanitaire des Nations Unies, en prétendant que l'ONU « au fond, subventionnait Assad » en aidant les populations civiles des régions tenues par le gouvernement (c'est-à-dire la vaste majorité du pays).

« Si vous additionnez tous ces chiffres, les dépenses militaires et civiles des USA en Syrie au cours des quatre dernières années s'élèvent à au moins 12 milliards de $ » dit Ford dans son témoignage écrit pour le Congrès. « C'est beaucoup d'argent. Et on ne voit pas bien quand ces débours s'arrêteront. »

Des milliards dépensés pour les opérations de la CIA en Syrie

Joshua Landis, expert universitaire de pointe sur la Syrie, suppose que le chiffre de 12 milliards de $ ne comprend probablement pas les dépenses de la CIA.

Le New York Times a noté que le programme de la CIA en Syrie était « un des efforts les plus coûteux de l'Agence pour armer et entraîner des rebelles depuis son programme d'armement des moudjahidines en Afghanistan dans les années 1980 » qui a donné naissance à Al Qaeda et aux talibans

La CIA semble avoir dépensé des milliards de dollars pour obtenir un changement de régime en Syrie, bien que les estimations quant)à la somme exacte varient.

En juin 2015, The Washington Post a rapporté que les opérations secrètes de la CIA en Syrie avaient « un budget approchant 1 milliard de $ par an ». L'article continuait : « À 1 milliard de $, les opérations liées à la Syrie comptent pour à peu près 1 dollar sur 15 dans le budget total de la CIA, à en juger par les niveaux de dépenses révélés dans les documents que le Washington Post a obtenus de l'ancien agent de renseignement US Edward Snowden ».

Des fonctionnaires US ont dit au Post que ces efforts de la CIA « faisaient partie d'un effort plus vaste, de l'ordre de multi-milliards de $, incluant l'Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, en vue de soutenir l'opposition syrienne ».

Un rapport de 2016 du New York Times a révélé de même que l'Arabie Saoudite a aidé à financer les opérations US en Syrie et que « les estimations chiffrent le coût total de ses efforts d'armement et d'entraînement à plusieurs milliards de dollars ». Un financement considérable a aussi été fourni par le Qatar, la Jordanie et la Turquie.

En août 2017 cependant, le Times avait sensiblement minimisé le prix de l'opération, le réduisant à « plus d'un milliard de $ pour la durée du programme » tout en reconnaissant cependant que c'était « un des programmes d'actions secrètes les plus chers de l'histoire de la CIA ».

Le mythe « Obama n'a rien fait en Syrie ».

Les révélations de Robert Ford constituent le dernier aveu en date d'un fonctionnaire gouvernemental admettant que le prix des opérations US dans la guerre de Syrie a dépassé un montant à onze chiffres, qui s'étend donc à des dizaines de milliards de $.

Cet aveu s'oppose aussi fortement aux prétentions des défenseurs des rebelles et soi-disant experts qui n'ont cessé de ressasser que l'administration du président Obama n'a jamais eu sérieusement l'intention de renverser le gouvernement du dirigeant syrien Bachar Al-Assad.

L'organisme de surveillance des médias Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR) a démontré à maintes reprises que les affirmations selon lesquelles « Obama n'a rien fait » en Syrie étaient des mensonges répandus avec persistance par certains des journalistes les plus éminents du monde.

Les comités de rédaction des journaux dominants et les politiques de haut rang aux USA et en Europe ont contribué à populariser ce mythe. Les critiques libéraux et conservateurs d'Obama l'ont, les uns comme les autres, éreinté pour soi-disant avoir haussé les épaules et être « resté assis sur son cul sans rien faire ».

Le mensonge prétendant que les USA « ne sont pas intervenus en Syrie » a été répété à satiété par des menteurs de tous acabits allant de John MacCain aux reporters du New York Times et beaucoup d'autres.

Audition par le Congrès sur le changement de régime en Syrie

Robert S. Ford est attaché supérieur au Middle East Institute (« Institut du Moyen Orient »), un think tank très influent de Washington D.C. largement financé par les gouvernements des Émirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite.

Le MEI sert largement de véhicule à l'influence des Émirats aux USA. Des emails divulgués montrent que le think tank a été utilisé pour donner une apparence d'indépendance aux voyages de diplomates US à l'étranger financés par les EAU.

Le témoignage dans lequel l'ex-ambassadeur Robert Ford a révélé les informations ci-dessus a été préparé pour l'audition du Comité des Affaires Étrangères de la Chambre : « Syrie. Quelle voie à suivre ? », où se sont également exprimés certains des collègues extrêmement bellicistes de Ford au MEI.

L'attaché supérieur au MEI Charles Lister, qui fait du lobbying depuis des années pour que les États-Unis renversent violemment le gouvernement syrien tout en blanchissant les rebelles salafo-djihadistes de Syrie, a lui aussi préparé un témoignage écrit, dans lequel il se lamente sur l'insuccès du programme de changement de régime et propose de nouvelles manières de renverser Assad.

La congressiste Ileana Ros-Lehtinen, une néoconservatrice pure et dure qui sert de présidente au Sous-Comité pour le Moyen Orient et l'Afrique du Nord de la Chambre, a ouvert l'audition en déclarant que « beaucoup de gens avaient repris courage grâce au récent discours du secrétaire Tillerson », dans lequel il en appelait à une « Syrie sous direction post-Assad ».

Dans ce discours de février, Tillerson a confirmé que les troupes US resteront indéfiniment en Syrie, même après qu'ISIS aura été défait. Il a aussi réaffirmé l'engagement de l'administration Trump envers un changement de régime et a appelé la communauté internationale à saboter économiquement Damas en refusant de financer ses efforts de reconstruction.

Ford et Lister se sont joints à Ros-Lehtinen pour louer Tillerson d'avoir dressé une ébauche ces buts, mais ont déploré que des actions spécifiques n'aient pas été proposées par l'administration pour les mener à bien.

Comment les USA entendent-ils exactement provoquer un changement de régime à Damas au point où nous en sommes est assez peu clair. Dans ce témoignage préparé, Ford a concédé que « les gouvernements syrien et iranien, et la Russie, veulent tous nous voir hors de Syrie ».

Ben Norton

Article original: The Real News

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

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