Lettre ouverte aux dirigeants de la Ssr

12-02-2018 arretsurinfo.ch 9 min #137904

Une lettre ouverte a été envoyée ce jour au Conseil d'administration de la SSR. Elle reflète une position un peu différente sur la votation No Billag. Une position différente car la radio-télévision suisse appartient au peuple suisse et non pas à des dirigeants ou à des journalistes.

No Billag pose la question du financement de la SSR, mais ce n'est pas la seule question qui pose problème. Ce n'est pas juste le financement exagéré, la conception extraordinairement cupide et autoritaire de la redevance qui sont problématiques, c'est aussi et surtout la désinformation que pratique la radio-télévision publique.

On ne peut imaginer un peuple plus humilié que ça. Un peuple forcé de payer cher des journalistes qui le désinforme. Il faut le voir pour le croire.

Que No Billag passe ou non, le problème restera entier. La SSR ne va pas disparaître du seul fait de No Billag, il faudra d'autres décisions qui seront alors politiques.

Les dirigeants de la SSR ont fait bien attention de ne parler que de considérations financières, réduisant le problème à cette unique question. Et bien non, le premier problème de la SSR c'est celui de la désinformation, c'est celui des atteintes qu'elle porte à la souveraineté de notre peuple, et cela doit être maintenant porté sur la place publique.

Michel Piccand,  8 FÉVRIER 2018

Lettre envoyée au Conseil d'administration de la SSR le 8 février 2018.

LETTRE OUVERTE AU CONSEIL D'ADMINISTRATION DE LA SSR

(Société suisse de radiodiffusion et télévision)

À Mesdames et Messieurs,

Jean-Michel Cina, Marc Furrer, Ursula Gut-Winterberger, Jean-François Roth, Oscar Knapp, Luigi Pedrazzini, Alice Sachova-Kleisli, Andreas Schefer, Sabine Süsstrunk.

En ce mois de mars 2018 notre peuple va être appelé à se prononcer sur le financement de notre radio-télévision publique. Comme nombre de mes concitoyens j'écoute avec attention les arguments qui ont pris corps çà et là et je dois vous dire que j'éprouve un profond malaise. En Suisse romande des pans entiers de la population appellent à votre disparition, alors que vous faites semblant de ne pas vous en apercevoir...

Si je peux comprendre votre stratégie vous imaginez bien qu'aucune raison n'indiquera jamais que c'est ainsi que l'on résout les problèmes... Car problèmes il y a et ce ne sont pas ceux que vous décrivez.

Parce qu'enfin de quoi parle-t-on ? Le peuple va ici voter avec l'intention de supprimer le financement automatique dont vous jouissez par la redevance, certains avancent que c'est l'existence de la radio-télévision qui est en jeu, bien qu'à ce stade une telle disparition soit impossible puisque la SSR ne peut d'elle-même ni être dissoute ni renoncer à sa concession.

Le problème n'en reste pas moins crucial puisqu'une partie de la population veut désormais votre disparition pour des raisons politiques, à cause de la désinformation que pratique votre entreprise, parce que la SSR telle qu'elle est aujourd'hui est un problème politique pour la Suisse et pour la souveraineté de son peuple.

Pour ma part, s'il devait advenir que cette radio-télévision publique disparaisse suite à cette suppression de son financement, radio-télévision publique qui jusqu'à preuve du contraire appartient au peuple suisse, alors je pense que vous en serez responsables, personnellement responsables.

Parce que voyez-vous il faut quand même parfois dire la vérité, ou que quelqu'un vous la rappelle. Depuis plus de vingt ans, en Suisse-romande, la radio-télévision publique manipule l'information qui concerne nos relations avec l'UE, manipule l'information à propos de la libre circulation des personnes, voilà plus de vingt ans que la RTSR applique et soutient l'agenda politique des trois partis favorables à la libre-circulation et à l'Union européenne que sont le PLR, le PDC et le PS.

Il est devenu impossible aujourd'hui pour vous de le nier, des cas sont documentés, des milliers de personnes sont de cet avis. Et c'est pour cette raison qu'une partie de la population veut aujourd'hui votre disparition.

Près de vingt ans de manipulation de l'information. Et afin de vous éviter toute velléité de vouloir le contester voici deux preuves, l'une qui a eu lieu à la fin des années 90 au début où ces questions avec l'UE ont commencé à se poser, et une autre qui a lieu en ce moment même.

1.

À la fin des années 90, le Conseil fédéral écrivait en toute lettre dans ses programmes d'orientations politiques que son objectif stratégique à long terme était l'adhésion de la Suisse à l'UE, et je dis bien adhésion (FF 1994 I 180). Que son objectif était l'adhésion et ce « même si les moyens utilisés sont refusés par une partie de la population» (FF 1999 IV 3887) partie de la population en ce qui concerne l'adhésion qui représente plus de la moitié des citoyens suisses. Vous pouvez chercher dans vos archives vous ne trouverez aucune mention que vous en ayez jamais informé le peuple suisse.

Dans une démocratie directe informer les citoyens que leur gouvernement veut appliquer des orientations politiques contre leur volonté est une information capitale, essentielle. Si les citoyens ignorent de telles intentions alors ils ignorent tout de leur politique. Aujourd'hui encore un nombre considérable de Suisses ignore tout de ces intentions du Conseil fédéral d'adhérer à l'Union européenne. Tout simplement parce que vous ne l'en avez jamais informé, parce que vous l'avez dissimulé. Alors même que le mandat qui vous a précisément été confié par le peuple est de l'informer objectivement afin qu'il puisse se former librement son opinion, comme l'indique clairement l'article 93 alinéa 2 de notre constitution.

2.

Dix-sept ans plus tard, en 2016, (on passe les innombrables cas de désinformation continuelle survenus entretemps, ces cas sont documentés), alors que grâce à votre désinformation le peuple suisse est désormais pris dans un engrenage avec l'UE que vous avez donc contribué à lui faire accepter, que ce même peuple dans un vote souverain demande le 9 février 2014 le retour de sa pleine souveraineté en matière migratoire face à l'UE, que ce vote est bafoué par un parlement et un Conseil fédéral qui refusent totalement de l'appliquer, qu'il y a une violation totale du fonctionnement de nos institutions, une violation totale de nos principes démocratiques, qu'il y a constitutionnellement un coup d'Etat, vous passez (à nouveau) toute cette réalité sous silence pour inventer une version abracadabrante des faits en racontant au peuple qu'une solution a été trouvée au vote du 9 février, que les partis politiques ont appliqué le vote, que vos journalistes désignent sous le terme purement inventé d'application light. Travestir plus la réalité est ici impossible.

Ces deux exemples montrent sans conteste que vous avez désinformé le peuple suisse sur des questions essentielles pour sa souveraineté.

Le propre des gens qui ont trop de pouvoir est qu'il arrive toujours un moment où ils finissent par ne plus s'en apercevoir. Ce qui vous a permis de survivre politiquement jusqu'ici c'est le pouvoir excessif qui vous a été confié, c'est les moyens financiers incroyables que le peuple met à votre disposition. C'est la difficulté d'aller en justice pour vous contrer.

La simple logique permet cependant de comprendre qu'il n'est jamais possible qu'un excès ne trouve sa fin, que ce n'est jamais qu'une question de temps. Un nombre certain de citoyens veut aujourd'hui votre disparition, ce n'est pas un hasard.

Il y a une chance cependant qui est la vôtre, c'est que nous vivons dans une démocratie. Mes semblables, la culture de cette société dans laquelle j'ai eu la chance de naître, m'ont appris que s'il existe une possibilité de tendre la main et de trouver une solution alors on doit chercher ce chemin.

J'ai déposé récemment une plainte pour désinformation contre votre entreprise, le journal du 19h30 de la RTS, vous la trouverez jointe à ce pli (réclamation du 18.12.2017).

Si votre Conseil d'administration reconnait le contenu de cette plainte avant la votation, reconnait que depuis plus de vingt ans la SSR viole son mandat d'information du peuple sur les questions européennes et de souveraineté de notre nation, qu'il reconnait que le peuple a été désinformé et qu'il propose une réforme politique de son entreprise, notamment par la mise en place de journalistes et de rédactions politiques reflétant (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui) l'attachement profond des Suisses à leur indépendance et à leur souveraineté, alors je pense, certainement comme des milliers d'autres citoyens, qu'une autre base de discussion pourrait naître dans notre pays.

Dans le cas de cette plainte je demande précisément que vous expliquiez comment il est possible que l'inapplication totale de deux dispositions constitutionnelles votées par le peuple n'ait pas été présentée au public pour ce qu'elle est, c'est-à-dire un coup d'Etat, une violation de notre constitution et un empêchement du fonctionnement normal de nos institutions. Je vous demande de l'expliquer, c'est-à-dire de nous dire d'où vient l'intention de cacher la réalité au peuple, de qui elle vient et ce qui a rendu possible une telle désinformation. Je pense également que vous devrez présenter des excuses et faire des propositions concrètes pour que cela ne puisse plus jamais se reproduire.

Dans le cas inverse, sans réponse de votre part, vous imaginerez sans peine dans quel sens ira mon vote et celui de milliers de concitoyens, et vous prendrez par conséquent l'entier de vos responsabilités. Car vous n'avez eu aucune pitié ni pour la souveraineté de notre pays ni pour la conscience de millions d'hommes et de femmes de ce pays. Si vous persistez à être un problème politique la nature des choses elle-même exige que vous soyez traités comme un problème politique.

Je vous prie, Mesdames et Messieurs, de croire à l'expression de ma considération la plus réservée.

Michel Piccand

N.B. Vous n'êtes pas sans savoir qu'en tant que membres du conseil d'administration, si votre entreprise viole la loi, que vous en êtes informés (c'est le cas désormais) et que vous n'agissez pas, alors votre responsabilité personnelle peut-être engagée.

Copie de la présente lettre est adressée à des médias de réinformation, envoyée à vous-même et à l'ATS (Agence Télégraphique Suisse).

Annexe : la plainte précitée.

[ La plainte pour désinformation est publiée ici

Source:  L'auteur]

 arretsurinfo.ch

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