Le Printemps arabe agonise précisément à l'endroit où il était né

09-02-2018 5 min entelekheia.fr #137819

Sept ans après le Printemps arabe, il semble que la société tunisienne ait découvert la démocratie libérale à l'occidentale...

Par Vladimir Mashin
Paru sur New Eastern Outlook sous le titre The Arab Spring has Come to an End Right Where it Started

Le dénommé Printemps arabe, qui avait lancé une vague d'événements révolutionnaires en Tunisie est aujourd'hui officiellement clos. Il a vu sa fin le mois dernier, avec de nouvelles manifestations de masse en Tunisie. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de la capitale et d'autres villes du pays.

Les sources médiatiques locales, tout en couvrant les événements, ont parlé de « révolution volée » à leur propos. [L'auteur veut dire que les buts du Printemps arabe ont été dévoyés, volés, et que c'est ce qui a écoeuré la population, NdT]

Officiellement, la révolution tunisienne a démarré en janvier 2011, quand le président Ben Ali, après être resté au pouvoir 23 années de rang, a été forcé de fuir le pays.

Sept ans plus tard, les Tunisiens reprennent les slogans mêmes qui les avaient ralliés quand la révolution avait débuté : « Emploi, liberté, dignité ». Rien d'étonnant si l'emploi occupe la place principale dans ces slogans : l'économie se dégrade sans discontinuer depuis 7 ans, la dette nationale de la Tunisie est passée de 39,2% du PIB en 2010 à 60,6% en 2016. Au cours de cette période, le dinar tunisien a perdu 40% de sa valeur par rapport au dollar américain.

Le chômage, tout comme avant, reste le fléau de l'économie tunisienne, avec plus de 35% de jeunes sans emploi alors que les prix des produits de base continuent d'augmenter. Les Tunisiens sont de plus en plus en colère de ne pas pouvoir joindre les deux bouts, quels que soient leurs efforts, ce qui a poussé des protestataires à descendre dans les rues après l'annonce d'un nouveau projet budgétaire qui autorisait encore une hausse des prix.

Les manifestants se sont opposés à la « pauvreté et à la faim » et aux « voleurs qui ont fait main basse sur le pays ».

A la tête du mouvement populaire, il y avait un groupe dénommé « Qu'est-ce que nous attendons ». Selon les médias, un total de 800 personnes ont été arrêtées pendant les manifestations, dont 200 manifestants âgés de 15 à 25 ans.

Il y a deux ans, la Tunisie a signé un accord avec le FMI qui lui permettait d'obtenir un prêt de 2,8 milliards de dollars sur quatre ans, mais en contrepartie, le gouvernement était censé introduire une série de sévères réformes économiques et sociales. Des manifestations ont répondu à ce plan de réformes.

Rien d'étonnant si les autorités locales se sont empressées de tourner le dos au régime d'austérité qu'elles étaient en passe d'introduire, promettant d'allouer plus de 70 millions de dollars à la lutte contre la pauvreté. Selon la déclaration du ministre tunisien des affaires sociales, Mohamed Trabelsi, cette mesure soulagera un total de 250 000 familles les plus pauvres.

Le Financial Times a noté dans un éditorial que, bien que la Tunisie soit le seul pays arabe à avoir maintenu ses acquis démocratiques après 2011, le processus démocratique dans ce pays est menacé, principalement parce qu'aucun des neuf gouvernements formés après la chute de Ben Ali n'a tenu ses promesses de développement économique, et aussi à cause d'un « mélange inhabituel de nationalisme et de sentiments musulmans qui ne permet pas au gouvernement de choisir le chemin optimum. »

Le terrorisme a porté un coup sévère à l'industrie du tourisme et n'encourage pas les investisseurs à placer leur argent en Tunisie, pendant que le gouvernement, qui consiste en 44 représentants, ne peut pas être considéré comme efficace, puisque les ministres sont plus préoccupés par les élections suivantes que par n'importe quoi d'autre.

Selon Al-Jazeera, cette dernière crise politique montre qu'après le renversement de Ben Ali, les élites se sont graduellement détachées du peuple, avec toutes les principales forces politiques principalement occupées à discuter entre elles de leurs relations et à s'entre-distribuer des postes au gouvernement.

Il est probable qu'à la suite des récentes turbulences en Tunisie, un nouveau premier ministre sera appointé mais qu'essentiellement, rien ne changera, parce que les partis politiques locaux, selon les sources médiatiques mentionnées plus haut, exploitent la colère du peuple pour gagner de l'influence en faisant toutes sortes de promesses creuses à but uniquement électoraliste.

Il est probable que tout cela se solde par une montée des tendances autoritaires [en France, nous parlerions de « montée du populisme », NdT] dans la société tunisienne, parce que la période actuelle de soi-disant changements démocratiques dictés par les pressions occidentales n'ont pas seulement miné les institutions sociales du pays, mais l'a rendu beaucoup plus vulnérable à des crises internes.

Dans la population, une nostalgie envers un gouvernement étatiste centralisé grandit parallèlement à la montée des inégalités sociales. Et le gouvernement actuel n'arrive pas à faire naître au moins un peu d'optimisme dans les coeurs de ses citoyens.

Traduction Entelekheia

entelekheia.fr

newsnet 18/02/09 13:29

c'est pour ça qu'on appelle ça une révolution colorée
on fait miroiter des jolies lumières qui clignotent et tout le monde se hâte de tomber dans le piège de la dictature

 commentaire