Paris, un débat, une expédition, une rencontre presque magique

09-02-2018 5 min histoireetsociete.wordpress.com #137818

Je suis rentrée épuisée de ma virée parisienne, la poitrine sifflant comme une forge, la bronchite dont je croyais m'être débarrassée repartie de plus belle. C'était prévisible. Il y avait dans ce rendez-vous à la Librairie tropique au coeur d'une tempête de neige quelque chose de totalement gratuit, un de ces défis adolexscents auquels je n'ai jamais su résiter et aujourd'hui moins que jamais.

Cela s'est poursuivi d'ailleurs le lendemain matin quand il m'a fallu rejoindre la gare de Lyon sans le moindre taxi à l'horizon? 500 mètres de trottoirs verglacés pour m'engouffrer dans la station du métro. Le 14 e arrondissement avait le charme de cette ville Piemontaise dans Amarcord de fellini. Moi petite vieille, mal assurée, c'est une litote, posant un pied après l'autre, j'étais un poupon octogénaire engoncé dans ses pelures de vêtement, un gros culbuto s'appuyant contre les murs. Il y avait aussi un moi profond convaincu que tout cela n'était que déguisement et que j'étais restée la folle créature qui dans le froid terrible de 1956 était allée me baigner aux catalans à Marseille, alors que le bord de la mer était gélé. Je venais d'adhérer au parti communiste, et le rapport Khrouchtchev avait lancé la « destaninisation », tandis que les troupes du pacte de varsovie entrait en Hongrie où l'on pendait les communistes à des croc de boucher. De ce temps là, j'avais tout de même acquis certaines expériences de combat, rester calme, un pas après l'autre, chercher une position asurée et continuer.

Le débat, le repas après, ce retour au bras de mes amis et camarades jusqu'à l'hôtel et le regret d'être si faible alors que je n'aurais rien rêvé tant que de poursuivre à leur côté ce moment miraculeux où j'ai tout de suite perçu qu'ils avaient compris ce que je cherchais. Le pourquoi de tant de voyages, d'écriture, ils lisaient tous ce blog et ils partageaient.

Souvent dans les débats, les rencontres intellectuelles c'est le positionnement de Fichte « le moi se pose en s'opposant ». Là c'était différent, chacun tentait de compléter cette recherche de l'histoire, notre histoire, ses traces, ce qui était vraisemblable, ce qui ne l'était pas comme si personne n'avait rien à prouver si ce n'est l »urgence de comprendre pour transformer.

Comment dire? Nous étions une trentaine à avoir affronté ce déchaînement de 15 centimètres de neige qui semblent avoir bloqué la capitale. Vous allez avoir la video de nos interventions Marianne et moi mais aussi de l'intelligent débat qui a suivi. Je ne sais si c'est cette sensation de nous retrouver blottis au coeur de la tourmente, personne ne sachant très bien où il dormirait le soir même et s'en moquant un peu, mais tout en était à la fois plus essentiel et plus léger, nous avions vraiment envie d'échanger, de comprendre et pas de prendre la pose.

Ils comprenaient ou du moins je le crois ce que signifiait ce projet fou, aller en Russie et y dénoncer « une destalinisation ratée » en laissant flotter les questions non résolues: est-ce que cela signifiait qu'il aurait fallu destaniliniser ou non? Si oui qu'est-ce que c'est réellement le stalinisme? Ce qui est sûr c'est que la manière dont tout cela est dit, décrit, affirmé est indéfendable... Il n'est pas question de « réhabilitation », non simplement du fait que politiquement ce qui ce dit n'a pas de cohérence, que tout est idéologisé à l'extrême et dans un sens qui ne peut convenir à ceux qui souhaitent une émancipation humaine.

Mais vous allez avoir la vidéo et vous en jugerez.

Avant de m'endormir le soir à l'hôtel, j'ai revu en pensée Jorge Risquet, mon ami cubain, me disant avec son accent sud américain: « Que l'on ait peur de Staline, que l'on vénère Fidel, passe encore, oui, mais Robert Hue? » Ce qui est sûr c'est que sans aller plus loin dans la démonstration, il y a là une des illustrations possible de mon affirmation sur « la destalinisation ratée ». Quand de surcroît, le parti communiste français issu de ce refus de penser, va jusqu'à l'extraordinaire bilan de la révolution doctobre par l'actuel secrétaire du PCF, bilan qui revient à considérer qu'après l'élan libertaire détourné par le méchant Staline, il n'y a plus grand chose à sauver, on reste stupéfait. Toute la deuxième guerre mondiale, toute la modernisation de l'Union soviétique, le rapport de forces institué par cette épopée qui a permis l'élan des conquêtes ouvrières et même en matière de mode de vie, la multiplication des révolutions dans le tiers monde, la Chine, etc...

Tout cela passé au prisme de la nécessité des prochaines élections, à la niaiserie des coeurs en écharpe pour ne rien dire, et avec l'unique obsession de la porte étroite des alliances de sommet avec crêpage de chignon...

le plus terrible c'est cette inertie, ce balbutiement, ces gens épuisés que l'on jette dans tous les sens à la fois sans stratégie, sans but autre que ce très réel temps où le capital et ses petites mains font ripaille alors qu'il y a encore tant de bonne volonté, tant de force en eux.

OUi, la destalinisation a visiblement été ratée et ceux qui étaient là dans cette nuit parisienne avaient envie de se poser les problèmes autrement, calmes, entêtés et cordiaux, partout des gens qui réflechissent parce qu'ils sont conscients que ce n'est pas du passé dont il est question mais bien de leur capacité à agir, à faire partout le peu qui s'impose.

Au fait j'allais oublier cette information, le livre 1917-2017, Staline tyran sanguinaire ou héros national est épuisé, il est en ré-impression... Sans rien, sans journaux, sans réclame... Merci à vous tous et aux éditions Delga.

Danielle Bleitrach

histoireetsociete.wordpress.com

newsnet 18/02/09 13:28

j'adore

 commentaire