Apaisement ou aggravation des conflits?

21-01-2018 32 articles mondialisation.ca 5 min #137165

De la guerre contre la Syrie au face à face sur la péninsule coréenne, en passant par le déchirement de l'Ukraine, l'occupation des territoires palestiniens et les essais de déstabilisation de l'Iran et du Liban, les foyers de non-paix sont multiples et vivaces. 2018 ne marque pas de rupture avec 2017. L'année qui commence verra la maturation de tendances qui se dessinaient.

Deux d'entre elles se côtoient. La première résulte des échecs de la politique américaine et ouvre des perspectives d'apaisement de certains conflits, sinon leur règlement. La seconde sourd du charivari sur le sort de la présidence de Donald Trump et porte en elle des risques pour la sécurité mondiale. Comme les deux visages de Janus, la scène internationale est dichotomique : les éléments favorables à la paix sont appariés à des éléments qui la menacent.

Qu'ont en commun les pourparlers d'Astana sur la Syrie et le dialogue entre les deux Corées ? La superpuissance américaine en est l'absent de marque. Plus exactement, elle n'est pas conviée. La signification de ces faits nouveaux se dégage lorsqu'on les met en contexte.

Épicentre des conflits internationaux, la Syrie a été le terrain d'application à grande échelle de la guerre par procuration, les sous-traitants étant des milices djihadistes. Leur défaite, qui est aussi celle de leurs commanditaires sous l'égide américaine, est en train d'être actée. C'est peu dire que les commanditaires, maîtres d'oeuvre de cette guerre, ne sont pas acquis à une solution politique. Les États-Unis conservent une capacité de nuisance, des bases militaires illégales et des velléités de partage de la Syrie par l'intermédiaire des Kurdes. La mise à l'écart de cette puissance étrangère à la région est un préalable au processus de paix d'Astana, qui débute en 2016 et qui réunit trois grands pays de la zone : la Russie, l'Iran, la Turquie.

Les linéaments d'un scénario similaire se dessinent sur la péninsule coréenne. Logés sur un autre continent à des milliers de kilomètres, les États-Unis régentent les rapports entre les deux Corées. Leur substance se résume à l'affrontement, aux fulminations théâtrales et aux exercices simulant l'invasion de la Corée du Nord. L'acquisition d'armes nucléaires et de missiles balistiques par Pyongyang équivaut à un facteur de dissuasion qui annule l'impunité états-unienne et ouvre la voie à une éventuelle prise en charge de leur destin commun par les deux Corées. D'où leur rencontre le 9 janvier, en l'absence des États-Unis, qui renoue un dialogue rompu depuis longtemps.

Autre terrain possible de règlements régionaux : l'Europe, flasque entité que Washington a beau jeu de manipuler à sa guise. Emportée par le vent russophobe venant d'outre-Atlantique, l'Europe est la première à en faire les frais. Tout espace de liberté qui s'ouvrirait à l'Europe se traduirait en amélioration des rapports avec la Russie, quoique les États-Unis soient, à l'heure actuelle, en mesure d'entraver un tel développement.

Destitution de Trump et retombées internationales

À l'envers du panorama d'apaisement, les risques de dérives belliqueuses sont tangibles et grandissants. Leur source est surtout interne aux États-Unis, où la lutte pour le pouvoir entre Trump et ses adversaires fait craindre des débordements à l'extérieur.

Sa destitution est au programme depuis le jour de son élection. Les motifs ou prétextes changent selon la saison, entre autres : hackers russes, obstruction à la justice, santé mentale douteuse, achat du silence d'une prostituée. Le dossier à charge continuera à s'épaissir. Tout ira crescendo jusqu'au paroxysme des élections au Congrès de fin d'année, l'enquête de Mueller servant aussi à intensifier la pression.

Trump a beau larguer ses adjoints, se chamailler avec ses conseillers et s'entourer de généraux, rien n'y fait. Sa politique étrangère esquissée durant la campagne électorale de 2016 est en lambeaux, depuis longtemps jetée en pâture pour amadouer la meute qui ne le lâche pas. Sur la Russie, l'Arabie saoudite, la Syrie et Cuba, Trump s'est converti au néoconservatisme bon teint, même gonflé aux hormones. On peinerait à trouver néocon plus anti-iranien et plus pro-israélien que Trump. Hélas, cela ne suffit pas. Même domestiqué, Trump est condamné. Ses ennemis n'exigent rien de moins que la Maison-Blanche.

Trump réagit aux coups marqués contre lui par des tentatives de faire diversion : outrances verbales, tweets choquants ou fuites en avant sur le plan international, comme le lancement de missiles de croisière contre la base aérienne syrienne en avril ou la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël en décembre. Acculé dans ses derniers retranchements, il pourrait faire davantage de dégâts. Plus sa tête sera calée sur le billot, plus les risques de gestes intempestifs sur la scène internationale augmenteront. Dans le pugilat malséant de la politique intérieure des États-Unis se situent des dangers réels et immédiats d'insécurité pour le reste du monde en 2018.

Samir Saul

Samir Saul : Professeur d'histoire à l'Université de Montréal - CERIUM

La source originale de cet article est Le Devoir (Opinion)
Copyright © Samir Saul, Le Devoir (Opinion), 2018

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21-01-2018 mondialisation.ca 7 min #137167

Les États-Unis annoncent un déploiement illimité de forces militaires en Syrie

Le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a juré hier que l'impérialisme américain ne céderait pas à son ambition néo-coloniale de renverser le régime syrien du président Bashar al-Assad soutenu par les Russes et les Iraniens. Dans une démonstration d'arrogance impérialiste, Tillerson a déclaré que les États-Unis maintiendraient indéfiniment les forces militaires en Syrie et n'accepteraient aucun gouvernement à Damas qui ne fonctionnerait pas comme un État client des Américains.

21-01-2018 mondialisation.ca 8 min #137168

L'attaque turque contre les Kurdes syriens marque une escalade majeure au Moyen-Orient

Tard dans la nuit de mercredi, l'armée turque a lancé une attaque d'artillerie intensive sur les Kurdes syriens à Afrin, une région multiethnique du nord-ouest de la Syrie contrôlée par le Parti de l'Union démocratique (PYD) soutenu par les États-Unis.

Cette attaque, annoncée depuis longtemps par le président Recep Tayyip Erdogan avec les mots « nous pouvons arriver de façon inattendue du jour au lendemain », prend actuellement la forme d'un bombardement massif d'artillerie.

USA 21-01-2018 mondialisation.ca 17 min #137171

«Vous pénétrez dans le secteur américain.»

La Russie avait évité le bourbier syrien en dépit des prédictions les plus sinistres. Poutine a réduit son empreinte au minimum, sa guerre est pratiquement terminée, Daech est en déroute. Trump pourrait également s'écrier : » accomplie! », et rentrer chez lui. Mais il semble qu'il veuille se précipiter là où même les anges ont peur de mettre les pieds. Trump n'a même pas peur de faire pour le Premier ministre israélien ce que ses prédécesseurs, tant démocrates que républicains refusaient, concrètement livrer la guerre des israéliens en prolongeant indéfiniment l'occupation illégale et hostile de la Syrie.

22-01-2018 voltairenet.org 3 min #137214

L'armée turque entre en Syrie

L'armée turque est entrée officiellement en Syrie, le 20 janvier 2018 à 14h TU, dans le cadre de l'opération « Rameau d'Olivier ».

Les combats avaient commencé en réalité la veille, mais uniquement par des tirs d'obus depuis la Turquie contre des forces kurdes sous commandement US. Le ministre turc de la défense, Nurettin Canikli, avait parlé du début de facto de l'opération.

22-01-2018 arretsurinfo.ch 12 min #137221

Syrie - Les Turcs attaquent Afrin, les Américains se plantent, les Kurdes sont encore dans le mauvais camp

USA 22-01-2018 arretsurinfo.ch 7 min #137222

La Russie offre aux Usa un « rameau d'olivier » turc à Afrin

Par Elijah J. Magnier - @ejmalrai

Publié le 22 janvier 2018 sous le titre Russia is offering the US a Turkish "olive branch" in Afrin]

La Turquie vient de lancer son opération militaire baptisée « Rameau d'olivier » dans la région kurde d'Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Ce nom de code a été révélé par le chef de cabinet turc, qui a expliqué que l'opération visait à empêcher l'expansion des Unités de protection du peuple et du Parti de l'union démocratique le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie, qui représentaient une menace pour la sécurité nationale turque.

23-01-2018 voltairenet.org 6 min #137261

Secrets, mensonges et confusion Us au Nord de la Syrie

par Thierry Meyssan

Les annonces et démentis de l'administration Trump sur les développements militaires au Nord de la Syrie révèlent un lourd secret. Paradoxalement, la Turquie vient au secours des États-Unis pour corriger « l'erreur » de leurs officiers supérieurs.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 23 janvier 2018

Brett McGurk

Le démenti apporté par le secrétaire d'État Rex Tillerson, le 17 janvier aux propos du commandant-en-chef du CentCom, le général Joseph Votel, le 23 décembre et du porte-parole de la Coalition anti-Daesh, le colonel Thomas Veale, le 13 janvier, a semé la confusion.

23-01-2018 histoireetsociete.wordpress.com 5 min #137273

Le chef d'État-major et le chef des services de renseignement turcs à Moscou deux jours avant le début de l'offensive en Syrie

lecourrierderussie.com
En fait, comme nous l'avons analysé depuis le début, l'intervention turque dans la région d'Afrinie a été négociée, les Kurdes ont été prévenus par la Syrie, pour être circonscrite et limitée et faire qu'elle n'engendre pas un effet en chaîne que voulaient les groupes terroristes agissant avec l'accord des saoudiens alliés de fait aux israéliens, même si elle sonne plus ou moins le glas d'un état indépendant kurde.

23-01-2018 francais.rt.com 9 min #137275

Les forces kurdes appellent la population à prendre les armes (Videos)

© Nazeer al-Khatib Source: AFP

Les combats sont amenés à prendre de l'ampleur dans la région d'Afrin où l'armée turque est venue combattre les forces kurdes. Les autorités kurdes ont appelé les civils à venir combattre, tandis que les Turcs envoient des renforts.

Les autorités locales kurdes ont décrété le 23 janvier la «mobilisation générale» pour défendre l'enclave d'Afrin (nord-ouest de la Syrie), appelant les civils à «prendre les armes» au quatrième jour de l'offensive lancée par la Turquie au Kurdistan syrien.

24-01-2018 mondialisation.ca 9 min #137276

La Turquie envahit la Syrie pour attaquer les forces kurdes soutenues par les États-Unis

Dimanche, à 11 h, heure locale, les chars et l'infanterie turcs ont envahi Afrin, une région multiethnique kurde au nord-ouest de la Syrie. Les forces turques ciblent le Parti de l'Union démocratique syro-kurde (PYD) soutenu par les États-Unis, et sa milice, les unités de protection du peuple (YPG), qui contrôlent Afrin. En même temps, l'Armée syrienne libre (FSA), la force par procuration d'Ankara en Syrie, a attaqué Afrin depuis le Sud et l'Est, soutenue par des chars et des forces spéciales turcs.

24-01-2018 entelekheia.fr 6 min #137280

« Stratégie » des Usa en Syrie : est-ce à ça que ressemble la fin d'un empire ?

Par Igor Ogorodnev
Paru sur RT America sous le titre How US went from supporting Syrian Kurds, to backing Turkey against them - in just 9 days

Le Secrétaire d'État Rex Tillerson s'est retrouvé dans l'embarras alors que Washington tente désespérément d'éviter de se faire éjecter de Syrie - à la suite d'une crise qu'elle a elle-même provoquée il y a quelques jours.

26-01-2018 mondialisation.ca 10 min #137347

Les combats font rage alors que les troupes turques progressent dans l'enclave kurde en Syrie

Les combats font rage dans le nord-ouest de la Syrie alors que l'opération Olive Branch (Rameau d'olivier) de la Turquie en était à son troisième jour lundi. Des troupes avançant depuis la ville d'Azaz à l'est et composées de forces spéciales turques et de miliciens islamistes de l'Armée syrienne libre soutenus par la Turquie ont ouvert un deuxième front dans leur assaut contre l'enclave kurde d'Afrin.

26-01-2018 arretsurinfo.ch 9 min #137378

Ankara tend un « rameau d'olivier » à Damas qui attend de relever les Kurdes

Par Elijah J. Magnier

Publié le 25 janvier 2018 sur alraimedia.com

L'opération militaire initiée par la Turquie au début de la semaine sous le nom de code « Rameau d'olivier » fait l'affaire de plusieurs joueurs dans l'arène syrienne, tout en étant susceptible de les mettre dans l'embarras. Les plus grands perdants demeurent les Kurdes, qui ont failli à se trouver un allié à l'intérieur de la Syrie et sur la scène internationale pour les protéger et défendre leur objectif, malgré le fait (et en partie parce) qu'ils se sont proposés comme bons alliés des USA, d'Israël et de l'Arabie saoudite.

USA 27-01-2018 2 articles arretsurinfo.ch 4 min #137386

Les Kurdes face à leurs responsabilités

Mikhail Gamandiy-Egorov | 25 janvier 2018

Déchirés entre ceux qui souhaitent négocier avec le gouvernement syrien le périmètre de leur autonomie et ceux qui jouent la carte jusqu'au-boutiste avec les États-Unis, les Kurdes vont devoir choisir. L'offensive turque dans la région les met face à leurs contradictions, alors que le climat se dégèle entre Damas et Ankara.

Nous avions abordé cette question en octobre dernier, alors que certains éléments kurdes de Syrie, se sentant pousser des ailes grâce aux livraisons massives d'armes étasuniennes, s'étaient crus en position de faire du chantage au gouvernement syrien.

27-01-2018 dedefensa.org 22 min #137392

Une Olive Branch ne fait pas le printemps

07 janvier 2018 - Comme le résumait assez lestement (notre traduction aidant) le colonel Lang sur son site Sic Transit Tyrannis le 24 janvier 2018, « [i]l est foutrement difficile de comprendre ce qui se passe dans l'Opération Olive Branch, car les deux parties, ou devrais-je dire toutes les nombreuses parties en cause, dépensent beaucoup d'énergie pour développer leurs propres narrative.

27-01-2018 entelekheia.fr 8 min #137400

Afrine : L'humiliation des Usa en Syrie est encore pire qu'elle n'en a l'air

En toile de fond de l'opération « Rameau d'olivier » turque à Afrine, un acteur que personne n'attendait... et pourtant, c'est le pays qui a le plus intérêt à une stabilisation du Moyen-Orient : la Chine avec son grand projet, la nouvelle Route de la soie, qui rallie toute la région et intéresse de plus en plus d'investisseurs.

Par David P. Goldman
Paru sur Asia Times sous le titre America's Syrian humiliation is worse than it looks

29-01-2018 entelekheia.fr 8 min #137436

Syrie : les Usa sous pression turque

Erdogan a bien des raisons de se méfier non seulement des Kurdes, mais surtout des USA, qui ont tenté un coup d'État contre lui en 2016, refusé d'extrader son cerveau Fethullah Gulen et pour finir, encouragé les Kurdes à monter un État indépendant au nord de la Syrie qui aurait constitué une épée de Damoclès pour la Turquie. Ce qui fait beaucoup, surtout contre un de leurs alliés de l'OTAN.

29-01-2018 lesakerfrancophone.fr 16 min #137454

Qui a perdu la Turquie ?

Le projet américano-kurde en Syrie menace l'OTAN

Moon of Alabama

Par Moon of Alabama - Le 25 janvier 2018

perdu la Chine]. Si l'administration de Trump poursuit sa trajectoire actuelle, elle sera peut-être bientôt accusée de quelque chose de similaire. Ceux qui seront accusés d'avoir « perdu la Turquie » seront une fois de plus les personnes qui ont averti du danger et non les véritables coupables.

29-01-2018 investigaction.net 5 min #137461

Offensive turque en Syrie : vers une fin de partie ?

29 Jan 2018

Article de : Vijay Prashad

La Turquie fait une avancée décisive contre les combattants kurdes à la frontière syrienne.

Le 20 janvier, le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé le début d'opérations militaires menées par les forces turques aux cotes de l'armée syrienne libre dans la ville syrienne d'Afrin, qui devrait se poursuivre avec une poussée à Manbij.

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