Iran : révolution ou pas?

13-01-2018 mondialisation.ca 6 min #136925

Le 28 décembre, des manifestations ont éclaté en Iran pour des raisons économiques. L'augmentation de plus de 40 % du prix des œufs aurait été à l'origine de ce mouvement. Selon des sources iraniennes, aujourd'hui, après deux semaines, la plupart des protestations ont cessé. Cependant, le 5 janvier, des milliers d'Iraniens et d'Iraniennes ont continué à protester contre le gouvernement partout en Iran. Tabriz, une ville dans le nord du pays, aurait connu la plus grande manifestation antigouvernementale et été le lieu d'affrontements violents entre les manifestants et les forces de sécurité locales. Il est difficile d'avoir une vision globale de la situation et des véritables enjeux.

Toujours selon des sources iraniennes, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour manifester leur soutien au gouvernement.

Le président Rouhani s'est voulu conciliant et a reconnu le droit au peuple iranien de s'exprimer. Il a toutefois déclaré que « le gouvernement n'aura aucune tolérance pour ceux qui endommagent les biens publics, violent l'ordre public et fomentent des troubles dans la société » Le pouvoir religieux, quant à lui, a déclaré que les manifestants étaient en guerre contre Dieu « Moharebeh », crime passible de la peine de mort. Puis, des manifestations pro-gouvernementales ont eu lieu. Le chef du Tribunal de la Révolution de Téhéran, Moussa Ghazanfarabadi, a promis de lourdes peines aux manifestants arrêtés. Les Gardiens de la révolution sont intervenus pour remettre de l'ordre. Quelques centaines d'arrestations ou plus de trois mille? La communication avec l'Iran est difficile, les chiffres varient selon les sources. Ce manque de transparence voulu est un moyen de plus de contrôler la situation.

Les États-Unis ont demandé la tenue d'une réunion d'urgence. Pendant cette réunion, la majorité des membres des Nations-Unies a réitéré son soutien au gouvernement iranien, y compris les alliés des États-Unis. La CIA a nié toute ingérence dans les manifestations de ces deux dernières semaines.

Le gouvernement iranien accuse les États-Unis, Israël et l'Arabie Saoudite d'avoir été à l'origine de ce mouvement de révolte. Cela ne serait pas la première fois que les États-Unis seraient intervenus pour organiser un « coup d'état ». En 1953, l'opération Ajax a permis de renverser Mohammad Mossadegh, Premier ministre iranien. Cette opération a été menée de concert par la CIA et le MI6 après la nationalisation du pétrole par Mohammad Mossadegh. La Grande-Bretagne et les États-Unis avaient des intérêts économiques extrêmement importants en Iran.

Révolution ou pas? Chacun y va de sa réponse. Il n'y a aucune certitude. Excepté que le peuple iranien en a assez de vivre dans un pays quasiment laissé à l'abandon, au profit de la religion et de la guerre. Les estimations des dépenses militaires en Syrie varient de 6 milliards de dollars US à 15-20 milliards de dollars US, selon les sources. Cela inclut 4 milliards de frais directs et de financement au Hezbollah et à d'autres groupes contrôlés par l'Iran. D'après les estimations les plus basses, la guerre en Syrie coûterait au gouvernement iranien 9,3 milliards de dollars US par an. Ces dépenses se font au détriment du peuple iranien dont les besoins les plus urgents sont délaissés au profit de la guerre. Le régime de retraite iranien devrait faire faillite à court terme, le système de sécurité sociale manque de financement : les arrérages annuels représentent plusieurs fois le déficit budgétaire officiel. Le vieillissement démographique ne peut être négligé. Selon des prévisions établies en 2009, la proportion des personnes âgées de soixante-cinq ans ou plus devrait passer de 7 à 14 % en vingt ans. Entre 1960 et 2015, le taux de fécondité a baissé de 76 %. De 6,93 en 1960, il a chuté à 1,69. Les sanctions économiques imposées à l'Iran pendant des années ont contribué à laisser le pays exsangue.

L'Iran a prouvé ses capacités de changer. De monarchie, elle est devenue une république islamique. Pourquoi ne deviendrait-elle pas une démocratie?

La révolution française n'aurait pas eu lieu sans les sans-culottes. En Iran, tous les éléments sont en place. Il manque une étincelle et des leaders. Pas de révolution aujourd'hui, ne signifie pas qu'il n'y en aura pas demain. Un peuple qui a faim est une bombe à retardement. Un peuple éduqué ne peut être muselé impunément. Une révolution est possible. Les jeunes Iraniens et Iraniennes sont la force vive de ce pays. Ils détiennent un pouvoir qui fait trembler le régime actuel. La preuve en est la répression implacable des dernières manifestations. Des millions de jeunes qui, une fois regroupés et structurés, n'auront pas de difficulté à faire basculer le régime. Le prix des œufs et le goût de la liberté pourraient servir de point de départ.

Claude Jacqueline Herdhuin

Auteure, réalisatrice

Sources :

Statistiques :  perspective.usherbrooke.ca

Image : La valeur de la monnaie iranienne perd sa valeur par rapport au dollar US.

Source de la photo :  Mehr News Agency

« Depuis plusieurs décennies, l'économie iranienne souffre durement des sanctions imposées par la communauté internationale.»  France24

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