Pourquoi il n'y aura pas de révolution en Iran

06-01-2018 mondialisation.ca 5 min #136692

Le président iranien Hassan Rouhani a fait ce qu'il fallait faire à la télévision et a au moins reconnu la colère populaire face à une période économique difficile. L'inflation est élevée, à 12%, mais elle est en baisse de 40% par rapport au début du premier mandat de Rouhani. Et la récente augmentation jusqu'à 40% des prix des carburants et des aliments n'a guère aidé.

Cela faisait partie du budget 2018 de l'équipe Rouhani, qui réduit les subventions pour les pauvres - qui était une des principales caractéristiques de l'administration précédente d'Ahmadinejad.

Ensuite, il y a le chômage chez les jeunes, qui tourne autour de 30%. Des chiffres similaires sont récemment sortis concernant l'Espagne, un membre de l'Union Européenne. Bien sûr, cela explique pourquoi la majorité des manifestants sont âgés de moins de 25 ans et issus de la classe ouvrière.

Ce que Rouhani aurait dû expliquer en détail aux Iraniens, ce sont les conséquences directes de la difficile conjoncture économique et des sanctions américaines qui affectent le pays.

Celles-ci étaient associées à des menaces financières contre les entreprises occidentales qui étaient maintenant en affaires, ou du moins envisageaient des opérations d'ouverture, en Iran.

Rouhani a promis, après la signature du Plan d'action global commun, également connu sous le nom d'accord nucléaire iranien, dans la capitale autrichienne de Vienne en 2015, que cela mènerait à plus d'emplois et stimulerait l'économie.

Bien que cela n'ait pas été le cas, les manifestations légitimes qui ont mis en lumière les problèmes économiques n'ont jamais disparu. En fait, ils font partie de l'image iranienne depuis des décennies.

Si nous considérons l'expérience de la République islamique, une sorte de «théocratie avec des caractéristiques démocratiques», l'élément le plus frappant est la profondeur de son enracinement dans le pays.

J'ai appris cela lors de mes nombreux voyages en Iran et cela a beaucoup à voir avec le basij, ou les milices volontaires. Ils ont imprégné tous les aspects de la vie sociale, des syndicats aux associations étudiantes et aux groupes de fonctionnaires.

À cet égard, il existe une forte similitude avec la Chine, où le Parti communiste est ancré dans le tissu même de la société.

Parler aux jeunes dans des endroits comme Kashan ou Mashhad m'a montré à quel point la base populaire était derrière l'expérience de la République islamique. C'était certainement plus stimulant que d'écouter des ayatollahs à Qom.

Pourtant, ce qui se passe actuellement en Iran, c'est que les manifestations légitimes liées aux difficultés économiques ont été détournées par les suspects habituels dans le but d'influencer la minorité. Après tout, l'administration de Rouhani est libérale, en comparaison du gouvernement populiste d'Ahmadinejad.

Donc, ce que nous avons, c'est une tentative concertée de transformer des manifestations légitimes en un mouvement «révolutionnaire» dans le but de provoquer un changement de régime. À toutes fins pratiques, ce serait une guerre civile.

Eh bien, ça ne marchera tout simplement pas. Quiconque connaît l'Iran sait que la société civile du pays est beaucoup trop sophistiquée pour tomber dans un piège si grossier et si évident.

Pour une vision claire de l'influence étrangère, vous devriez regarder le professeur Mohammad Marandi, de l'Université de Téhéran, un universitaire d'une intégrité absolue, discutant avec un ancien employé de la BBC sur le réseau de télévision qatari Al Jazeera.

En effet, ce qui est certain, c'est que des éléments étrangers agissent comme des provocateurs pour influencer les manifestations. Ce ton de «le monde vous regarde» vise à intimider la réponse de Téhéran.

Pourtant, il doit y avoir une répression contre la violence comme Rouhani l'a fortement laissé entendre. Imaginez la réaction de la police si le niveau de violence observé dans les rues iraniennes se produisait en France ou en Allemagne?

Le changement de régime est peu probable, mais ce qui est en jeu prépare le terrain pour un nouveau renouvellement des sanctions économiques contre l'Iran. Peut-être, dans ce cas, par l'UE. Espérons qu'elle ne tombera pas dans ce piège.

Quoi qu'il en soit, Téhéran s'apprête déjà à accroître ses activités dans toute l'Eurasie grâce aux nouvelles routes de la soie en Chine, à l'initiative « Belt and Road » et à l'Union économique eurasiatique.

En fin de compte, il appartient à l'équipe Rouhani d'être créative pour alléger le fardeau sur le front économique.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

Why There Won't be a Revolution in Iran

Asia Times, 3 janvier 2017

Traduction : Avic - Réseau International

La source originale de cet article est Asia Times
Copyright © Pepe Escobar, Asia Times, 2018

mondialisation.ca

 Commenter